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Sympathie

 

 

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D'après une lecture de : 

Bergson (H.), La pensée et le mouvant, Paris, PUF

 

 

Se disant sumpatheia en grec, la sympathie désignait pour les anciens stoïciens la structure même du monde, une interdépendance harmonieuse et universelle. Elle devint plus tard un attribut de la subjectivité, comme la faculté de partager les passions d'autrui, chez Adam Smith, qui voit en elle le fondement de la morale. Pour Max Scheller elle apparaît comme une condition de la sociabilité et se définit comme une participation compréhensive aux sentiments d'autrui. Elle n'est en aucun cas une fusion sentimentale et, préservant une certaine distance phénoménologique avec son objet, elle se distingue notamment des trois espèces d'identification : 1° idiopathique, où autrui est assimilé à moi-même, 2° hétéropathique, où c'est moi qui me confond avec l'autre, 3° réciproque, comme dans l'union sexuelle ou certains phénomènes de foule. Pour Bergson, c'est dans l'acte même du philosopher qu'amitié et sympathie se rejoignent. Il voit en celle-ci un mode de connaissance propre à la philosophie, l'intuition vivante et concrète de la chose même qui caractérise la métaphysique. Bergson part du principe d'une double connaissance : la science, mesurante et quantifiante, vise les relations entre les choses et reste elle-même relative à l'espace et au temps spacialisé ; tandis que la métaphysique, essentiellement intuitive et qualitative, sympathise avec la réalité et nous introduit dans l'absolu de la durée, c'est-à-dire la durée réelle. Dans ce cas, on ne tourne plus autour de la chose, analytiquement, en la comparant avec ce qu'elle n'est pas ; on saisit au contraire ce qu'elle est vraiment dans son aspect unique et inexprimable. Si l'intuition se sert secondairement du langage et des concepts à des fins de communication, par elle-même elle n'entre pas dans la grande médiation du langage. Ne nous y trompons pas cependant : le métaphysique s'exprime au mieux, chez Bergson, par le psychologique (ou le « spirituel »). L'intuition est décrite souvent comme « imaginative », et c'est vers des « états d'âme » que se porte la sympathie. Le modèle de celle-ci est fourni par l'intuition de nous-mêmes, de notre moi qui dure, à la fois un et multiple dans son écoulement temporel. Car nous sympathisons d'abord avec nous-mêmes. Ensuite la métaphysique nous restitue la réalité avec le plus de souplesse et le moins d'abstraction possible dans l'usage des concepts, là où la pensée analytique, purement conceptuelle, divise cette même réalité et se divise elle-même en autant de points de vue ou de philosophies distinctes. La pensée uniquement conceptuelle prétend généraliser les propriétés d'un objet qu'elle divise préalablement ; au comble du paradoxe, elle voudrait une métaphysique sur la base d'une méthode analytique. En quoi non seulement son rapport à l'objet est proprement antipathique, mais elle se montre inamicale vis à vis d'elle-même, se torture elle-même en entretenant la rivalité des écoles philosophiques. Bergson propose donc un nouvel empirisme qui soit une « auscultation spirituelle », qui atteigne la réalité de l'âme au moyen d'un véritable mouvement de l'âme : l'intuition. En résumé, la sympathie se définit comme intuition, laquelle est connaissance, connaissance métaphysique d'une « durée » dont l'essence est psycholo-gique... Ne sommes-nous pas entrain de tourner en rond ? Ce que l'auteur se donne au départ, c'est une certaine idée (intuition, sympathie) de l'amitié comme exercice légitime et véridique du penser philosophique, une très sympathique idée de l'amitié ramenant néanmoins celle-ci à une série de conditions a priori (l'intuition, la connaissance, et pour finir la paix philosophique). Cela ne veut pas dire que cette amitié sympathique soit une donnée évidente ou naturelle : « Philosopher, écrit Bergson, consiste à invertir la direction habituelle de la pensée ». Cette « inversion » représente donc une violence initiale, une volonté et une décision philosophiques de distinguer l'esprit et la matière, la durée et l'espace-temps, l'homme et le monde, bref toute la litanie spiritualiste. Avec Bergson, le « spirituel » (psychologique) surdétermine la sympathie via l'intuition, de même que la métaphysique représente idéalement le philosopher comme « pensée du mouvant »... Donc il co-détermine également l'amitié, fondée sur la sympathie comme mode de connaissance. Ne laissons plus cette sympathie intuitive et spiritualiste polluer l'amitié en imposant la confusion de l'intuition et du réel dans le « mouvant » ou la « durée » ; déréalisons, unilatéralisons la sympathie intuitive à partir d'une amitié qui ne découlerait d'aucune identification, d’aucune vérité, sauf en l’occurrence d’avoir identifié et intuitionné – c’est-à-dire accueilli dans l’indifférence la plus totale – la sympathique intuition d'un Bergson.

 

 

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