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Philosophie, science, politique : autour de Laurent-Michel Vacher |
MAI 2007

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L'auteur |
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Table des matières |

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Citations |
Extrait de Marco Bélanger
" Philosophie, science et autonomie "
Wittgenstein a dit de la philosophie qu'elle a à voir non pas avec une théorie
ou une doctrine, mais avec une activité. Quoi qu'il ait voulu dire au juste par
cela dans le cadre de sa première philosophie (ou de sa seconde), partons de ce
point de vue minimal, qui, je crois, fait l'unanimité dans la communauté
philosophique - ce qui est rare ! -, à savoir que la philosophie est, à tout le
moins, une activité au même titre que les transactions sur le parquet de la
Bourse constituent une activité dite économique, que l'athlétisme constitue une
activité dite sportive, que la recherche fondamentale en physique constitue une
activité dite scientifique. Par activité, j'entends un ensemble d'actes
coordonnés se rapportant à un même mode d'expression et d'action et obéissant à
un même ensemble de règles plus ou moins explicites ou de dispositions
naturelles. Ainsi je philosophe, je respire, je peins sont des activités,
chacune avec ses particularités, son mode d'expression et d'action. Certaines
ont par exemple une composante publique plus importante que d'autres; la
philosophie, par les débats et les réflexions qu'elle suscite et sollicite, est
de celles-là. Certaines font davantage appel à des jugements rationnels ; la
philosophie est bien entendu de celles-là. On pourrait ainsi continuer à
énumérer les caractéristiques de cette activité qu'est la philosophie, mais il
en est une sur laquelle je veux insister dès à présent afin d'en venir aux
thèses de Laurent-Michel Vacher concernant le rapport de la philosophie à la
science et le rapport de la philosophie à son enseignement.
Si on admet que la philosophie constitue bien une activité, il semble notamment
qu'il faille la défendre de manière plus ou moins insistante selon les époques,
d'autant plus qu'elle est enseignée et qu'elle a la prétention de former les
esprits. Tantôt il faut la justifier devant l'opinion populaire, tantôt il faut
prendre sa défense face aux remises en question ministérielles, tantôt il faut
la justifier sur la place publique face aux impératifs économiques ou
utilitaristes, tantôt il faut la protéger contre les dogmatismes religieux,
politiques ou autres, et tantôt il faut même la défendre contre des attaques qui
viennent de l'intérieur. Car les assauts qu'elle subit ne viennent pas seulement
de l'extérieur, mais aussi de ses propres rangs. Est-ce cela le propre d'une
discipline qui se veut critique en tout, dérangeante et d'inspiration socratique
? Critiquer de l'intérieur, ce n'est pas nécessairement faire un travail de
sape, ce peut être au contraire un travail salutaire et nécessaire. C'est en
tout cas ainsi que Laurent-Michel Vacher entendait son oeuvre polémique. Ses
critiques n'ont pas tant porté sur la philosophie elle-même que sur une certaine
manière de faire de la philosophie, qu'il jugeait impropre, voire indigne. Par
son travail polémique, il a tenté, autrement dit, de réformer de l'intérieur sa
discipline. Ce qui l'a poussé dans cette voie, c'est, entre autres, son intérêt
grandissant pour l'activité scientifique vers la fin de sa vie. Son parcours a
ceci de particulier qu'il en est venu à la science par la philosophie sans
devenir pour autant un scientifique ou un professeur de sciences. Il a continué
d'enseigner la philosophie jusqu'à sa retraite, choisissant plutôt de se faire
défenseur de la science au sein de la communauté philosophique et de s'inspirer
du modèle scientifique pour réformer sa discipline.
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