Philosophie, science, politique : autour de Laurent-Michel Vacher

MAI 2007

 

 

 

 

 

 
 
Liber / "petite collection Liber"
 
2007
 
158 p. / 12,85 euros


 
 

 

Présentation par l'Editeur

 

Laurent-Michel Vacher (1944-2005) nous a laissé une oeuvre engagée où, dans la tradition des Lumières, la raison essaie de faire valoir son droit aussi bien comme tribunal de la connaissance que comme moteur de l'action. Parmi les thèmes qui la traversent, deux ressortent avec une force et une constance particulières, celui du rapport entre la philosophie, qui était son domaine, et la science, et celui de l'engagement politique de la pensée. Nous avons voulu réunir quelques intellectuels autour de ces deux très vastes questions, non pas pour en dresser un portrait encyclopédique ni pour mettre à l'épreuve les convictions de Vacher, mais pour entretenir, «à son occasion» plus que «sur» lui, le dialogue critique dont la raison a besoin pour s'épanouir.



 


 

 

L'auteur

 

Textes de
Rachel Bégin, Marco Bélanger, Philippe Boudreau, Jean-François Chassay, Yves Gingras, Jean-Sébastien Guy, Christian Nadeau, Michel Seymour

 

 


 

 

 

Table des matières

 

        

 

 

 

 

Citations

 


 

Extrait de Marco Bélanger
" Philosophie, science et autonomie "

Wittgenstein a dit de la philosophie qu'elle a à voir non pas avec une théorie ou une doctrine, mais avec une activité. Quoi qu'il ait voulu dire au juste par cela dans le cadre de sa première philosophie (ou de sa seconde), partons de ce point de vue minimal, qui, je crois, fait l'unanimité dans la communauté philosophique - ce qui est rare ! -, à savoir que la philosophie est, à tout le moins, une activité au même titre que les transactions sur le parquet de la Bourse constituent une activité dite économique, que l'athlétisme constitue une activité dite sportive, que la recherche fondamentale en physique constitue une activité dite scientifique. Par activité, j'entends un ensemble d'actes coordonnés se rapportant à un même mode d'expression et d'action et obéissant à un même ensemble de règles plus ou moins explicites ou de dispositions naturelles. Ainsi je philosophe, je respire, je peins sont des activités, chacune avec ses particularités, son mode d'expression et d'action. Certaines ont par exemple une composante publique plus importante que d'autres; la philosophie, par les débats et les réflexions qu'elle suscite et sollicite, est de celles-là. Certaines font davantage appel à des jugements rationnels ; la philosophie est bien entendu de celles-là. On pourrait ainsi continuer à énumérer les caractéristiques de cette activité qu'est la philosophie, mais il en est une sur laquelle je veux insister dès à présent afin d'en venir aux thèses de Laurent-Michel Vacher concernant le rapport de la philosophie à la science et le rapport de la philosophie à son enseignement.
Si on admet que la philosophie constitue bien une activité, il semble notamment qu'il faille la défendre de manière plus ou moins insistante selon les époques, d'autant plus qu'elle est enseignée et qu'elle a la prétention de former les esprits. Tantôt il faut la justifier devant l'opinion populaire, tantôt il faut prendre sa défense face aux remises en question ministérielles, tantôt il faut la justifier sur la place publique face aux impératifs économiques ou utilitaristes, tantôt il faut la protéger contre les dogmatismes religieux, politiques ou autres, et tantôt il faut même la défendre contre des attaques qui viennent de l'intérieur. Car les assauts qu'elle subit ne viennent pas seulement de l'extérieur, mais aussi de ses propres rangs. Est-ce cela le propre d'une discipline qui se veut critique en tout, dérangeante et d'inspiration socratique ? Critiquer de l'intérieur, ce n'est pas nécessairement faire un travail de sape, ce peut être au contraire un travail salutaire et nécessaire. C'est en tout cas ainsi que Laurent-Michel Vacher entendait son oeuvre polémique. Ses critiques n'ont pas tant porté sur la philosophie elle-même que sur une certaine manière de faire de la philosophie, qu'il jugeait impropre, voire indigne. Par son travail polémique, il a tenté, autrement dit, de réformer de l'intérieur sa discipline. Ce qui l'a poussé dans cette voie, c'est, entre autres, son intérêt grandissant pour l'activité scientifique vers la fin de sa vie. Son parcours a ceci de particulier qu'il en est venu à la science par la philosophie sans devenir pour autant un scientifique ou un professeur de sciences. Il a continué d'enseigner la philosophie jusqu'à sa retraite, choisissant plutôt de se faire défenseur de la science au sein de la communauté philosophique et de s'inspirer du modèle scientifique pour réformer sa discipline.

 

 

 

 

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