Cahiers pour l'analyse concrète  n°59

Critique de la "barbarie prometteuse". Contributions

MARS 2007

 

 

 

 

 
 
Centre de Sociologie Historique
 
2007
 
100 pages / 10 €


 
 

 

Présentation par l'Editeur

 

 
Cahiers pour l'analyse concrète
Une revue du Centre de Sociologie Historique

Adresse du secrétariat du Centre de Sociologie Historique
B.P. 215, 45202 MONTARGIS Cedex

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Table des Matières

 

 

Michel VANOOSTHUYSE
Fascisme et distinction littéraire. Le cas Jünger (p.7)

Olivier PASCAULT
Les reflets de l'éclectisme réactionnaire
dans la fiction littéraire. Notes sur la notion de littérature(p. 25)

Bernard PELOILLE
Une théorie « génocratique » et « bio-culturelle » de la nation : Otto Bauer (p. 55)

Christophe SANDLAR
Nationalité et citoyenneté : Critique du sentimentalisme identitaire(p. 77)

 

 

 

 

 

Citations


 

Michel VANOOSTHUYSE
Fascisme et distinction littéraire. Le cas Jünger

« Jünger est un écrivain, ce qui rend franchement secondaires les considérations politiques à son endroit. » Nul ne contestera qu’Ernst Jünger (1885-1998) soit un écrivain, mais la conclusion tirée de cette proposition est l’effet d’une rencontre exemplaire entre une conception fort répandue de la littérature qui n’aurait d’objet qu’elle-même et d’une oeuvre qui n’a eu de cesse de se conformer progressivement à cet idéalisme littéraire. En ce sens, cette formule à l’emporte-pièce d’un des thuriféraires de Jünger signe la réussite éclatante d’un parcours et d’une stratégie d’auteur dont le résultat final est la mise au rencart des «considérations politiques à son endroit». Il y a bien eu dans un passé très lointain ce Jünger excessif, disant son admiration pour Mussolini et pour Hitler, mais ce passé est vraiment le passé, et, depuis, les productions de l’artiste incomparable qu’il est ont rejeté ce lointain dans le secondaire, voire l’inessentiel, bref, vers ce sur quoi, quand on est un fin lettré, il est naturel de faire l’impasse. Cela explique que les livres de Jünger se trouvent sur les étals des fêtes du Front national, mais qu’il est aussi plus d’un bon démocrate pour lui reconnaître non seulement des mérites littéraires incontestables, mais pour voir en sa personne « l’un des écrivains majeurs de ce temps », nonobstant quelques errements de jeunesse. "

 

 

 

 

Dossier de presse / Critiques / Etudes

 

 

" Cette nouvelle livraison de la revue du Centre de sociologie historique confirme sa vocation pluridisciplinaire. Sont ici, en effet, sollicitées l’histoire et spécialement la variante littéraire de la discipline, la philosophie politique et la sociologie. Autour du « cas Jünger », l’écrivain allemand (1895-1998), happé dès sa jeunesse par le romantisme nationaliste, ensuite thuriféraire du fascisme mussolinien et hitlérien, présenté et reconnu à la fin de sa longue vie comme l’un des auteurs européens majeurs du siècle dernier, le débat est rouvert sur la distinction dans une oeuvre entre l’engagement idéologique et la « schöne litteratur » (les belles-lettres). Michel Vanoosthuyse souligne fort justement que d’une critique identique portée par Jünger et Brecht à la culture bourgeoise et à l’idéalisme littéraire, deux types de conclusions différentes peuvent être tirées. Chez l’auteur de léra de quat’sous, la charge s’exerce contre une esthétique qui vise à aliéner le public. Pour l’écrivain des Falaises de marbre, toute commisération dans l’expression artistique est le fruit d’une connivence avec les faibles. L’un appelle à surmonter tout obstacle à la transformation des rapports sociaux de domination. L’autre, plein d’une « vision héroïque du monde », s’en prend aux humiliés et aux offensés qui ne peuvent avoir une pensée d’élite… « La rhétorique antidémocratique, antirationaliste, violemment hostile aux Lumières, se pare des plumes de la distinction : un fascisme pour aristocrates, en somme un "fascisme noble". » La même démarche décapante inspire la contribution de Bernard Peloille sur Otto Bauer, l’un des plus notables représentants de l’austro-marxisme, qui suscita une vive polémique de la part de Lénine, dans les années 1900. C’est que ce penseur de la social-démocratie d’Europe centrale « reflète les conditions baroques de l’Empire austro-hongrois attardé, en lequel prévaut le régime économique et social capitaliste ». L’autonomie nationale-culturelle qui est son credo s’oppose à des « formes nationales et étatiques unifiées et centralisées » conditionnant un dépassement socialiste de l’ordre existant. Pour être archéologique en apparence, le conflit n’en demeure pas moins assez contemporain :

les particularismes culturels, les aspirations régionalistes qui les soutiennent, sont-ils des vecteurs d’émancipation, ou bien des freins au changement ? Doit-on seulement « respecter » leurs « identités » ou « satisfaire

leurs exigences de souveraineté » ? Il n’est pas inutile de confronter la démarche bauerienne, qualifiée en son temps de « gothique » par ses adversaires à l’intérieur du courant marxiste, à celle qui finalement prévalut chez

les communistes de Russie et à l’éclatement terminal

de l’URSS. L’ensemble des réflexions proposées et prolongées ici, par une approche de la notion

de réaction dans la littérature, complétées , par une étude remarquable de Christophe Sandlar sur le rapport « découplé » entre nationalité et citoyenneté, montrent que l’exigence de théorie ne s’est pas effondrée sous la chute d’un mur un soir de novembre 1989…"

Michel Boissard, historien

L'humanité, 19 septembre 2007


 


 

 

 

 

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