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Sylvain Dzimira, Marcel Mauss, savant et politique |
OCTOBRE 2007

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Présentation par l'Editeur |
Le destin de l’œuvre de Marcel Mauss est étrange. Fondateur de
l’ethnologie scientifique française, héritier intellectuel principal d’Émile
Durkheim et de l’École française de sociologie, inspirateur revendiqué de
Georges Bataille, Roger Caillois, Claude Lévi-Strauss – et, à travers lui, de
Jacques Lacan – et, plus généralement, de toute l’intelligentsia française
d’après-guerre, Mauss reste le plus inconnu des hommes illustres de la tradition
sociologique et anthropologique.
Pourquoi son parcours intellectuel, dont le fameux Essai sur le don
représente le point culminant, est-il si mal compris ? Très probablement parce
que Mauss, principal ami et collaborateur de Jaurès, infatigable militant du
socialisme associationniste, n’a jamais accepté de dissocier amour de la science
et passion du politique. En cela il s’est montré le fidèle descendant des
Saint-Simon, Auguste Comte et Durkheim qui, à l’encontre de la prescription de
Max Weber, se voulaient en même temps savants et politiques.
Sylvain Dzimira montre ici, de manière particulièrement éclairante, comment la
pensée anthropologique de Mauss ne se comprend qu’à la lumière de sa philosophie
politique, et réciproquement. Et comment cette posture épistémologique (très
éloignée de ce que nous recommande la vulgate aujourd’hui dominante), la seule
qui donne à la science sociale toute sa vitalité et sa fécondité véritable,
inspire également les travaux du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en science
sociale).
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L'auteur |
Sylvain Dzimira,
docteur en sociologie, chercheur associé au SOPHIAPOL (Laboratoire de
sociologie, philosophie et anthropologie politiques de Paris-X-Nanterre), est
professeur de science économique et sociale au lycée des Francs-Bourgeois. Il
collabore régulièrement à La Revue du MAUSS et anime La Revue du MAUSS
permanente (www.journaldumauss.net).
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Table des matières |
Marcel Mauss : l’intellectuel, préface de Marcel Fournier - Introduction - Marcel Mauss, un auteur majeur de la sociologie française - L’Essai sur le don : des raisons d’un « chef-d’oeuvre » - Héritages maussiens - La question de la cohérence entre les dimensions positive et normative de l’oeuvre de Marcel Mauss - Un objectif à la fois modeste et ambitieux - I / La morale et le politique dans la science - 1. La paix, la vie, la guerre, la mort - Transformer ses ennemis en amis - … mais pas à n’importe quel prix ! De l’ambivalence - Donner la mort - 2. De la générosité - Être grand : donner plus qu’on n’a reçu - « Il faut savoir thésauriser pour dépenser » - Du quasi-contrat et des « choses » inaliénables - 3. De l’agôn et de son rapport à l’ethos démocratique - « Il faut savoir s’opposer sans se massacrer. » De l’esprit de concorde - « Il faut avoir un sens aigu de soi-même et des autres. » De l’esprit civique - « Il est bon qu’il n’y ait pas que le don » - Conclusion - Annexe. De la concorde, de la discorde et de l’amitié - 4. Du souhaitable au possible - Naturalisme universaliste et déconstructionnisme nostalgique - Constructivisme relativiste et constructionnisme joyeux - La voie du milieu. Le sens pratique maussien - II / La science dans la morale et le politique - 5. Marcel Mauss pacifiste et socialiste anglophile - Pour la paix - Mauss socialiste - « La grande et noble politique anglaise » - 6. Marcel Mauss anti et procapitaliste - Marcel Mauss en anticapitaliste non marxiste (« il faut savoir dépenser ») - Marcel Mauss en procapitaliste (« il faut savoir thésauriser pour dépenser ») - La protection sociale (« ne jamais se croire quitte ») - Les nationalisations (« ne jamais se croire seul propriétaire ») - 7. Démocratie et critique du bolchevisme. Qu’il faut savoir s’opposer sans se massacrer - Condamnation du bolchevisme - Les motifs honorables des bolcheviks - Le sens pratique : ne pas s’interdire des alliances futures - Que retenir du bolchevisme ? - 8. Pour un socialisme associationniste - Coopération, civisme et démocratie (« avoir un sens aigu de soi et des autres ») - Pour une économie plurielle (« il est bon qu’il n’y ait pas que le don ») -Conclusion - Un optimisme raisonné, entre don, foi et espoir - Pour conclure - Bibliographie.
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Citations |
Début de l'Introduction (p. 17)
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Tout étudiant en sociologie ou en philosophie connaît, au moins de nom, les deux célèbres conférences de Max Weber, « La profession et la vocation de savant» (Wissenschaft als Beru!) et « La profession et la vocation de politique » (Politik als Beru!), très généralement réunies sous un titre commun : Le Savant et le politique. Dans une optique néokantienne, il y défend fermement la thèse de l'irréductibilité foncière de ces deux vocations soumises à des exigences opposées. Savant ou politique, il faut choisir. Non que l'homme politique soit dispensé de recourir à des analyses scientifiques, pas plus qu'il n'est interdit au savant de se livrer à des activités politiques - et d'ailleurs Weber lui-même ne s'en est pas privé. Mais ce qui est interdit au savant - et plus spécifiquement au spécialiste en science sociale, davantage soumis que d'autres à la tentation par la nature même de son objet - comme au professeur, c'est de prétendre déduire des conclusions éthiques ou politiques de ses recherches proprement scientifiques. |
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Dossier de presse / Etudes / Critiques / Documents liés |
Sylvain Dzimira
Marcel Mauss, le mouvement coopératif et
l’esprit du don
Depuis une quinzaine d’années l’économie sociale - et le mouvement coopératif en particulier - a retrouvé une certaine actualité avec l’émergence de ce que l’on appelle l’économie solidaire qui a interrogé à nouveaux frais le sens dont l’économie sociale est porteuse. C’est dans cet esprit que nous examinons la dimension éthique du mouvement coopératif, en questionnant les vues de l’un de ses militants historiques en France, qui est en même temps l’un des tous premiers représentants de la tradition sociologique française : Marcel Mauss. Loin d’être sans rapports, ses écrits scientifiques et politiques ne sont pleinement intelligibles qu’à lire les uns sous les lunettes des autres et réciproquement. Nous verrons plus précisément que si Mauss encourage précocement le mouvement coopératif en raison de l’éthique dont il est porteur et qui définit le socialisme démocratique qu’il défend, on ne trouve la formulation précise de cette éthique et n’en saisit véritablement la portée qu’à la relire à la lumière de son Essai sur le don, écrit relativement tardivement, lui-même apprécié sous le signe d’un court extrait de l’un de ses écrits politiques sur les coopératives. En conclusion, nous nous saisirons de ses vues ainsi éclairées pour nous interroger sur le sens que peut revêtir aujourd’hui un projet de « gestion de la dimension éthique du mouvement coopératif ». Mais avant d’aller au cœur du sujet, prenons le temps de présenter rapidement le savant et le militant coopérativiste qu’était M. Mauss.