Slavoj Zizek, Le sujet qui fâche

FEVRIER 2007

 

 

 

 

 
Flammarion / Essais
2007
 
540 pages - 24 €

 
 
traduit par Stathis Kouvélakis

 

 

Présentation par l'Editeur

 

Un spectre hante les intellectuels occidentaux, le sujet cartésien, prétendument dominateur, exploiteur de la nature et aveugle aux particularismes. Ils ont beau se livrer officiellement une lutte à mort, tous sont unis en une Sainte-Alliance destinée à exorciser ce spectre: l'obscurantiste New Age et le déconstructionniste postmoderne; le théoricien habermassien de la communication et le partisan heideggérien d'une pensée de l'Être; le scientifique cognitiviste et l'écologiste intégriste; le (post)marxiste critique et la féministe. Le Sujet qui fâche s'engage au contraire à réaffirmer le sujet cartésien, à démontrer que l'attitude productiviste moderne ne constitue pas la réalisation de son potentiel profond. Il ne propose pas un retour au cogito dans la forme sous laquelle cette notion a dominé la pensée moderne (le sujet pensant transparent à lui-même), mais tente de mettre en lumière son envers oublié, le noyau non reconnu du cogito, toujours en excès, très loin d'une image pacifiante du Soi. Slavoj Zizek entreprend une confrontation détaillée avec la tradition de l'idéalisme allemand, Heidegger, Kant, Hegel; puis avec les quatre philosophes actuels qui, d'une manière ou d'une autre, ont pris Althusser pour point de départ avant de développer leur propre théorie de la subjectivité politique: Laclau, Balibar, Rancière et Badiou. Enfin, il analyse le glissement «déconstructionniste» de la problématique du sujet vers celle de la multiplicité des positions subjectives et des modes de subjectivation, en discutant notamment la théorie de la formation du genre de Judith Butler. Mais la portée de ce livre n'est pas seulement philosophique. Il s'agit d'une intervention politique engagée, qui traite la question de notre époque: comment reformuler un projet politique anticapitaliste de gauche à l'époque où dominent le capitalisme mondialisé et son complément idéologique, le multiculturalisme libéral-démocrate?
 

 
 

 

 

L'auteur

 

Slavoj Zizek est né le 21 mars 1949 à Ljubljana, en ex-Yougoslavie. Se partageant entre son pays natal, l'Europe occidentale et les États-Unis, Slavoj Zizek est un philosophe dont les travaux portent aussi bien sur la politique que sur la psychanalyse (Lacan). Nombre de ses ouvrages ont déjà été traduits en français.

> Zizek l’Américain, fils naturel d’Europe et de Marx (café babel)

> Entretien avec Slavoj Zizek - Le nouveau philosophe (nouvel obs 2004)

 

Bibliographie

bullet 1983 : Perspectives psychanalytiques sur la politique (avec Mladen Dolar et Pierre Naveau), Navarin;
bullet 1988 : Le plus sublime des hystériques : Hegel passe, Point hors ligne;
bullet 1988 : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lacan sans jamais oser le demander à Hitchcock (dir.), Navarin;
bullet 1990 : Ils ne savent pas ce qu'ils font : le sinthome idéologique, Point hors ligne;
bullet 1993 : L'Intraitable : psychanalyse, politique et culture de masse, Économica;
bullet 1997 : Essai sur Schelling : le reste qui n'éclôt jamais, L'Harmattan;
bullet 1999 : Subversion du sujet : psychanalyse, philosophie, politique, Presse universitaires de Rennes
bullet 2002 : Le spectre rode toujours. Actualité du manifeste du parti communiste, Nautilus ;
bullet 2004 : Vous avez dit totalitarisme ? Cinq interventions sur les (més)usages d'une notion, Paris, Editions Amsterdam, traduction de l'anglais par Delphine Moreau et Jérôme Vidal (la table des matières et l'introduction peuvent être lues sur le site des Editions Amsterdam) ;
bullet 2004 : La subjectivité à venir, série de textes écrits entre 1998 et 2004 ;
bullet 2004 : Plaidoyer en faveur de l'intolérance, Climats ;
bullet 2005 : Que veut l'Europe? Réflexions sur une nécessaire réappropriation, Climats ; rééd. Flammarion, coll. « Champs » 2007;
bullet 2005 : Lacrimæ rerum. Essais sur Kieslowski, Hitchcock, Tarkovski et Lynch, Paris, Editions Amsterdam, traduction de Christine Vivier (un large extrait de l'essai sur Lynch peut être lu sur le site des Editions Amsterdam) ;
bullet 2005 : Bienvenue dans le désert du réel, Flammarion ;
bullet 2005 : Irak, le chaudron cassé, Climats;
bullet 2006 : La marionnette et le nain. Le christianisme entre perversion et subversion, Le Seuil.
bullet 2006 : La Seconde Mort de l'Opéra, Circé.
bullet 2006 : Bienvenue dans le désert du réel, éd. Flammarion
bullet 2007 : Le Sujet qui Fâche, Flammarion.


 

 

 

 

Table des matières

 

 

Préface à la présente édition

Introduction : L'éthique maintenant

I. De la morale à l'éthique

II. Sur l'injustice (du corps)

III. Tractatus 6.45
Prologue
A. Le Mystique et l'éthique
B. Le présent et la grâce

IV. Du bonheur et du malheur de vivre

Conclusion: Éloge de la réjouissance

Post-scriptum: Sur le concept d'esth/éthique

Appendice: Variations sur " Il y a "
 

 

 

 

Citations

 

Fin de l'ouvrage (pp. 343-344) :


" Qu'est-ce alors que ce don qui fait ainsi, et sans réserves, don de soi ?
Il est absolument nécessaire que nous nous posions pareille question si nous ne voulons pas retomber dans l'abstraction formaliste de la métaphysique du «sujet» (ou de l'hypokeimenon, pour parler comme Aristote). Il est absolument nécessaire de donner une matière au don - sinon rien n'est dit, et tout est à repenser. Or, il n'y a qu'une seule matière qui ait la capacité de se donner soi-même, c'est-à-dire de se donner comme un «soi ». Il n'y a qu'une seule instance où le donateur ne diffère absolument pas du donné. Cette instance est le sentiment. Seul le sentiment en son affectivité (en son «se sentir soi-même» constitutif) est ce don qui ne saurait, en se donnant, être refusé, seul le Gefiihl est la venue en soi de ce qui ne peut être écarté ou séparé de soi. Seul le Gefühl fait résolument échec aux lois de la transcendance (ce qui n'est du reste pas le cas de l'Anschauung, de l'intuition). Seul le Gefühl n'a pas de sujet, sinon lui-même. Bref, seule la conquête du plan de l'immanence identique à l'affectivité (au « vouloir ») est la vraie garantie d'une sortie hors de la métaphysique. Tel est le non-dit de l'aphorisme 6.45 du Tractatus, tel est aussi ce qui s'y montre. Or le fait est que toutes les grandes philosophies du siècle, celle de Wittgenstein compris, ont considéré que le langage était ceci: « un immense "il y a" à la troisième personne, c'est-à-dire à l'opposé de la personne », pour formuler à la façon de Gilles Deleuze (cf. Pourparlers, Paris, Minuit, 1990, p. 157). Pour elles toutes, c'est le langage, l'anonymat essentiel du langage, qui confère au « plan» sa planéité.
Peut-être est-il temps maintenant, peut-être est-ce la grande chance du xxr siècle, de pouvoir reconnaître enfin que cet immense « il y a» à l'opposé de la personne (en tant que sujet de la représentation ou en tant que produit de l'identité) est le « soi », le Soi engendré par le sentiment de soi, le Soi comme présent vivant du sentiment de l'existence, tel que le suggère aussi Wittgenstein en lâchant ce mot de Gefühl (= pathos, passio) qu'aucun commentateur n'a jamais commenté, même si, alors, l'auteur du Tractatus n'a cru bon d'en tirer des conclusions que sur le seul plan de l'éthique. "


 

 

 

Dossier de presse / Critiques / Etudes

 

 

Slavoj Zizek : c'est à quel sujet ?

Libération du 15 février 2007

 

" Pour la presse américaine, il est le «géant de Ljubljana». On ne sait pas si on veut ainsi l'inscrire, hâtivement, dans le cercle restreint des «grands philosophes», si on fait allusion à sa taille de «colosse un peu effrayant» (1), au volume qu'il occupe quand il gesticule ou parle en public, ou bien si on désigne la notoriété mondiale à laquelle il est arrivé à pas de géant. Mais une chose est sûre : Slavoj Zizek a une faim d'ogre, si on en juge par la quantité de livres qu'il publie et le nombre infini de thèmes qui mobilisent sa réflexion. Eclairer «la rupture de Hegel avec l'idéalisme kantien» en se référant à la «révolution cinématographique accomplie par David Lynch», passer de Leibniz au cyberespace, gyrovaguer entre le «grand Autre» de Lacan, Lénine et Matrix, la pornographie et la commedia dell'arte, l'intolérance et le multiculturalisme, l'opéra, le 11-Septembre, saint Paul, l'Irak, The Full Monty, Toni Negri, Tony Blair, la «perversion du christianisme» (2), Schelling et Kieslowski (3), les gender studies, Adorno, X-files, les tendances New Age, le postmodernisme, la postpolitique, et cætera, a en effet assuré à Zizek, dans le pire des cas, la réputation de «toutologue» et, dans le meilleur, celle de penseur transversal ou frontalier. De fait, par sa formation de philosophe et de psychanalyste lacanien, par son oscillation entre la force tranquille de la rationalité et l'énergie de l'imaginaire artistique, par sa situation, entre Est et Ouest, entre expérience communiste et mondialisation libérale, Zizek s'est fait le champion des traversées et des contaminations des savoirs, le héraut de l'interprétation de la culture de masse via la philosophie ­ et ce dans le but avoué de démonter les catégories du discours sociologique, philosophique et politique contemporain, voire d'en extraire le refoulé. Il est apparu, dès lors, comme un théoricien des plus originaux, provocant, politiquement incorrect, toujours capable de dribbler les idées reçues. Cela a fait aussi qu'on lui accole des étiquettes certes scintillantes («pop' philosophe» , «Marx brother» , «superstar slovène du marxisme pop»...) et aptes à attirer foule dans les campus ou les salles de conférences, mais susceptibles de ne plus faire voir une oeuvre derrière la myriade de livres, de la délocaliser ou de l'éparpiller, comme est délocalisée sa vie même, dans les trains et les avions, de Paris à Mantoue, de Copenhague ou Londres à Buenos Aires (où habite sa femme), entre l'institut de sociologie de Ljubljana, le Kulturwissenschaftliches Institut d'Essen, l'European Graduate School (Suisse) et une bonne dizaine d'universités américaines... " > lire la suite

 

 

 

 

 

     www.philosophie-en-france.net/Edition