SUJETS DU BACCALAUREAT DE PHILOSOPHIE 2006
SERIE L
1. N'avons-nous de devoirs qu'envers autrui?
2. Cela a-t-il un sens de vouloir échapper au temps?
3. Expliquer le texte suivant :
« Celui qui se nourrit des glands qu'il a ramassés sous un chêne, ou des
pommes qu'il a cueillies aux arbres d'un bois, se les est certainement
appropriés. Personne ne peut nier que ces aliments soient à lui. Je demande donc
: Quand est-ce que ces choses commencent à être à lui ? Lorsqu'il les a
digérées, ou lorsqu'il les a mangées, ou lorsqu'il les a fait bouillir, ou
lorsqu'il les a rapportées chez lui, ou lorsqu'il les a ramassées ? Il est clair
que si le fait, qui vient le premier, de les avoir cueillies ne les a pas
rendues siennes, rien d'autre ne le pourrait. Ce travail a établi une
distinction entre ces choses et ce qui est commun ; il leur a ajouté quelque
chose de plus que ce que la nature, la mère commune de tous, y a mis ; et, par
là, ils sont devenus sa propriété privée.
Quelqu'un dira-t-il qu'il n'avait aucun droit sur ces glands et sur ces pommes
qu'il s'est appropriés de la sorte, parce qu'il n'avait pas le consentement de
toute l'humanité pour les faire siens ? était-ce un vol, de prendre ainsi pour
soi ce qui appartenait à tous en commun ? si un consentement de ce genre avait
été nécessaire, les hommes seraient morts de faim en dépit de l'abondance des
choses [...]. Nous voyons que sur les terres communes, qui le demeurent par
convention, c'est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de
l'arracher à l'état où la laisse la nature qui est au commencement de la
propriété, sans laquelle ces terres communes ne servent à rien. Et le fait qu'on
se saisisse de ceci ou de cela ne dépend pas du consentement explicite de tous.
Ainsi, l'herbe que mon cheval a mangée, la tourbe qu'a coupée mon serviteur et
le minerai que j'ai déterré, dans tous les lieux où j'y ai un droit en commun
avec d'autres, deviennent ma propriété, sans que soit nécessaire la cession ou
le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui était le mien, d'arracher
ces choses de l'état de possessions communes où elles étaient, y a fixé ma
propriété. »
Locke, Second traité du gouvernement civil
SERIE ES
1. Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?
2. Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ?
3. « On serait tenté d'expliquer toute l'organisation sociale par le besoin de
manger et de se vêtir, l'Economique dominant et expliquant alors tout le reste ;
seulement il est probable que le besoin d'organisation est antérieur au besoin
de manger. On connaît des peuplades heureuses qui n'ont point besoin de
vêtements et cueillent leur nourriture en étendant la main ; or elles ont des
rois, des prêtres, des institutions, des lois, une police ; j'en conclus que
l'homme est citoyen par nature. J'en conclus autre chose, c'est que l'Economique
n'est pas le premier des besoins. Le sommeil est bien plus tyrannique que la
faim. On conçoit un état où l'homme se nourrirait sans peine ; mais rien ne le
dispensera de dormir, si fort et si audacieux qu'il soit, il sera sans
perceptions, et par conséquent sans défense, pendant le tiers de sa vie à peu
près. Il est donc probable que ses premières inquiétudes lui vinrent de ce
besoin-là ; il organisa le sommeil et la veille : les uns montèrent la garde
pendant que les autres dormaient ; telle fut la première esquisse de la cité. La
cité fut militaire avant d'être économique. Je crois que la Société est fille de
la peur, et non pas de la faim. Bien mieux, je dirais que le premier effet de la
faim a dû être de disperser les hommes plutôt que de les rassembler, tous allant
chercher leur nourriture justement dans les régions les moins explorées.
Seulement, tandis que le désir les dispersait, la peur les rassemblait. Le
matin, ils sentaient la faim et devenaient anarchistes. Mais le soir ils
sentaient la fatigue et la peur, et ils aimaient les lois. »
Alain, Propos sur les pouvoirs
SERIE S
1; Peut-on juger objectivement la valeur d'une culture?
2; L'expérience peut-elle démontrer quelque chose ?
3. Expliquer le texte suivant :
En s'écartant, même sans le vouloir, de la vérité, on contribue beaucoup à diminuer la confiance que peut inspirer la parole humaine, et cette confiance est le fondement principal de notre bien-être social actuel; disons même qu'il ne peut rien y avoir qui entrave davantage les progrès de la civilisation, de la vertu, de toutes les choses dont le bonheur humain dépend pour la plus large part, que l'insuffisante solidité d'une telle confiance. C'est pourquoi, nous le sentons bien, la violation, en vue d'un avantage présent, d'une règle dont l'intérêt est tellement supérieur n'est pas une solution; c'est pourquoi celui qui, pour sa commodité personnelle ou celle d'autres individus, accomplit, sans y être forcé, un acte capable d'influer sur la confiance réciproque que les hommes peuvent accorder
à leur parole, les privant ainsi du bien que représente l'accroissement de cette confiance, et leur infligeant le mal que représente son affaiblissement, se comporte comme l'un de leurs pires ennemis. Cependant c'est un fait reconnu par tous les moralistes que cette règle même, aussi sacrée qu'elle soit, peut comporter des
exceptions: ainsi - et c'est la principale - dans le cas où, pour préserver quelqu'un (et surtout un autre que soi-même) d'un grand malheur immérité, il faudrait dissimuler un fait (par exemple une information à un malfaiteur ou de mauvaises nouvelles à une personne dangereusement malade) et qu'on ne pût le faire qu'en niant le fait. Mais pour que l'exception ne soit pas élargie plus qu'il n'en est besoin et affaiblisse le moins possible la confiance en matière de véracité, il faut savoir la reconnaître et, si possible, en marquer les limites.
MILL, L'Utilitarisme.
SERIES TECHNOLOGIQUES
1. Quel besoin
avons-nous de chercher la vérité ?
2. L'intérêt de l'histoire, est-ce d'abord de lutter contre l'oubli ?
3. Puisque le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense
être seul à tout savoir et qu'il est impossible que tous donnent la même opinion
et parlent d'une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l'individu
n'avait renoncé à son droit d'agir suivant le seul décret de sa pensée. c'est
donc seulement au droit d'agir par son propre décret qu'il a renoncé, non au
droit de raisonner et de juger ; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger
pour le droit du souverain, agir contre son décret, mais il peut avec une
entière liberté donner son opinion et juger et en conséquence aussi parler,
pourvu qu'il n'aille pas au delà de la simple parole ou de l'enseignement, et
qu'il defende son opinion par la Raison seule, non par la ruse, la colère ou la
haine, ni dans l'intention de changer quoi que ce soit dans l'Etat de l'autorité
de son propre décret.
SPINOZA
* Souverain : autorité individuelle ou collective à qui seule "il appartient
de faire des lois" (selon Spinoza)
QUESTIONS :
1/ Dégagez la thèse du texte et précisez les étapes de son raisonnement.
2/ Expliquez :
a - " peut avec une entière liberté donner son opinion et juger et en
conséquence aussi parler" (lignes 7 et 8)
b - " ni dans l'intention de changer quoi que ce soit dans l'Etat de
l'autorité de son propre décret" (lignes 10 et 11)
3/ La liberté d'expression doit-elle être illimitée?