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Anti-humanisme -
Anti-conformisme -
Bonheur - Culture -
Enseignement - Héritage -
Irruption - Liberté -
Liberté sexuelle - Moralisme -
Mythe - Penser-femme
Anti-humanisme
Titre : Réflexions d’un dinosaure sur l’anti-humanisme
Auteur : Pierre Macherey
Source :
http://multitudes.samizdat.net
Philosophe(s) cité(s : Ferry, Renaud
Le livre que L. Ferry et A. Renaut ont consacré à ce qu’ils
appellent "la pensée 68" [1] constitue un indispensable instrument de
travail pour quiconque veut réfléchir sur l’histoire de la philosophie en
France pendant ces trente dernières années. Il a en effet le mérite de
baliser un champ d’études, auquel les auteurs de ce livre reconnaissent
peut être une continuité et une clôture illusoires, mais que, avant eux,
on ne considérait que de manière dispersée, sans cette perspective
d’ensemble dont ils esquissent les grandes lignes. La thématique de l’anti
humanisme qui soutient leur interprétation n’a sans doute que la clarté et
la netteté d’un "topos" scolaire, la valeur formelle d’un artifice
d’exposition, dans la manière d’une leçon type de philosophie bien
ficelée, comme on en présente sans prendre de risques à l’oral de
l’agrégation : et l’effet de banalisation que produit cette mise en forme
présente des aspects pervers auxquels il ne faut pas se laisser prendre ;
mais il rend possible en même temps un recul propice à la réflexion, il
permet de relier les textes, de résumer des positions, d’en entamer la
confrontation, sur des bases qui, pour être problématiques, n’en sont pas
moins fécondes, dans la mesure où elles enclenchent la dynamique d’une
remise en question. >
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Anti-conformisme
Titre : Honnie soit la nouvelle bien-pensance
Auteur : Elisabeth Badinter
Source :
Libération
Philosophe(s) cité(s) : Cohn-Bendit
Le
conformisme de l'anticonformisme: telle est une des leçons que l'on doit
tirer de mai 1968. Ou comment une révolution des mentalités engendre son
contraire. Rien de bien nouveau, dira-t-on. Il y a deux siècles déjà, ce
sont les tenants de la liberté qui ont fini par emprisonner et guillotiner
les ennemis de la liberté.
Certes, 1 968 n'était pas une vraie révolution, ni dans la forme, ni dans
le fond. Pas une goutte de sang versée pour opérer un bouleversement de
nos valeurs, plutôt qu'un changement de société. Par la magie du verbe, la
génération 68 a fait éclater les normes et les codes d'un XIXe siècle
persistant dans nos têtes victoriennes, et mis à l'ordre du jour les
libertés privées de l'individu. L'heure était à l'épanouissement du moi, à
l'écoute de nos désirs et au relativisme culturel, contre l'étouffoir
judéo-chrétien de la société et la tyrannie de la loi universelle. Au-delà
des conquêtes fondamentales que nous valut ce printemps historique, c'est
tout un état d'esprit qui nous a longtemps imprégné, qu'il faut
interroger. >
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Bonheur
Titre : Mai 68, un
souvenir de bonheur
Auteur : André Comte-Sponville
Source :
http://www.psychomag.com
Philosophe(s) cité(s) :
Mai 68, pour les gens de ma génération, c’est d’abord un
souvenir de bonheur. Que la révolution était belle, cette année-là !
Qu’elle était gaie, et légère, et libre ! Tout le contraire des années de
plomb qui ont suivi… C’est qu’il ne s’agissait pas d’une révolution. Une
révolte ? Certes. Mais aussi une fête, une libération, un printemps… Nous
ne voulions plus de ce vieux monde, de ce vieux pays, de ce vieil homme…
De Gaulle, la France, le capitalisme, tout cela nous semblait d’un autre
âge, dépassé, mortifère. Nous étions – sans le savoir, sans le vouloir –
les enfants du baby-boom et des trente glorieuses. Nous avions beaucoup de
chance et de générosité. Il n’y avait pour ainsi dire ni chômage ni
licenciements économiques. Mais il y avait des bidonvilles. Mais il y
avait de la misère. Mais il y avait des bourgeois arrogants et des
ouvriers harassés… >
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Culture
Titre :
"Dépasser Mai 68, oui. L'effacer, non"
Auteur : Jean-Pierre Legoff
Source :
L'expansion
Philosophe(s) cité(s) :
C'est dans
les années 80, avec François Mitterrand, que la société a paru se
réconcilier avec Mai 68 et les années contestataires qui ont suivi. Les
générations qui avaient formé le mouvement étudiant arrivaient à des
postes de responsabilité, porteuses de nouveaux thèmes : antiautoritarisme,
féminisme, écologie, multiculturalisme... Cela coïncide avec le succès du
livre Génération, de Hervé Hamon et Patrick Rotman, qui est la
première grande célébration des soixante-huitards, ou du moins d'une
partie d'entre eux. C'est aussi à cette période que Libération
devient un journal branché, coqueluche des yuppies, et non plus un organe
gauchiste. Le PS, qui ne vient pourtant pas de cette culture, va récupérer
ces thèmes au moment où le projet socialiste entre en crise et où s'opère
un retournement de la politique économique. La gestion des contraintes va
s'habiller d'une nouvelle idéologie qui se traduit dans le tout culturel
de Jack Lang et la célébration de la modernisation dans tous les domaines.
Au bout du compte, cette reconnaissance de la « pensée 68 » se produit
quand toutes les grandes idéologies s'effondrent. Mais elle semble
aujourd'hui arrivée à son terme, malgré ses défenseurs attitrés et ses
héritiers dans quelques grands médias. >
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Enseignement
Titre : Les limites de la critique de la pensée 68
Auteur : Netlex
Source :
Netlex blog
Philosophe(s) cité(s) :
Une partie du corps enseignant dont les mythes sont
toujours inspirés par la pensée 68 a cru opérer sa mutation en se
raidissant sur la légitimité de sa fonction.
Elle a dénoncé trois confusions morales qui ont notamment fait le succès
de la pensée "souverainiste" venue à la rescousse d'une école laïque et
républicaine fragilisée. A l'instar des "nouveaux réactionnaires", et non
sans pointer fort justement des dérives patentes, ceux qui plaident pour
une reprise en main de l'institution ont dénoncé :
1) la confusion entretenue entre l'idéologie 68 de la libération et la
liberté (refus de l'autorité);
2) la confusion entre l'égalitarisme et l'équité (refus de la sélection,
etc);
3) la montée du relativisme au détriment de la responsabilité (dénoncer
l'insécurité est jugé politiquement incorrect)
Ce règlement de compte d'une partie de la Gauche avec ses propres mythes a
été dénoncé vigoureusement par certains, comme étant de nature
"réactionnaire". Cette démarche commandée par une lucidité exigeante
appelant au sursaut est louable à bien des égards dans ses objectifs, mais
laisse perplexe quant à ses chances de succès.
En effet, en voulant "'substituer l'ascendant des moeurs à celui des
hommes" pour reprendre la formule de Saint Just, cette "réaction" tentait
de "civiliser" à nouveau une institution dont la société elle-même
semblait se détourner. Réduit à sa fonction technique, privé de son
autorité et du prestige symbolique associé jadis à sa fonction,
l'enseignant se sentit méprisé. Déconsidéré.
Pour autant, cette tentative de reconquête nous semble vouée à l'échec
tant que la société n'aura pas traité le problème de fond attaché à la
question de l'éducation. L'Education Nationale n'a pas d'avenir en dehors
des enseignants. Ne pas traiter le problème de leur "reconnaissance" dans
toutes ses dimensions (pédagogiques, économiques, symboliques), c'est
condamner l'Education à de nouvelles crises, ce qui par ailleurs ne
dispense pas le corps enseignant d'avoir à s'adapter aux conditions
nouvelles de son exercice, comme le ferait n'importe quelle autre
profession.
Héritage
Titre : Cette génération qui voulait changer le monde a
été désillusionnée
Auteur : Jean-Pierre Le Goff
Source :
http://www.humanite.fr
Philosophe(s) cité(s) :
Après plus de trente ans, les événements sont toujours
présents dans les mémoires. Les fantômes de Mai 68, comme ceux de la grève
de Lip ou de la lutte du Larzac, continuent de hanter l’imaginaire de la
société et toute une génération d’intellectuels et d’ex-militants qui a
bien des difficultés à en faire son deuil. Ils n’arrivent pas à prendre de
distance par rapport aux idées et à la confusion dont était porteur le
mouvement. Si quelqu’un attaque leurs idées, ils ont l’impression que la
passion démocratique qui les animait à l’époque est remise en cause. >
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Titre : Pour une critique rationnelle de Mai 68
Auteur : Jean-François Poncet
Source :
Libération
Philosophe(s) cité(s) : Jean-Pierre Legoff
Mai 68 fut un
épisode historique court (deux mois), un mouvement culturel et politique
considérable, un déverrouillage de la pensée immensément précieux mais
aussi un séisme aux répliques dangereuses. «Mai 68 était un des
derniers états de l'enchantement du monde des idées. Vingt ans plus tard,
on peut aussi penser qu'il a largement contribué à le désenchanter»,
écrivait le chercheur Jean-Pierre A. Bernard en 1988 au moment de
l'anniversaire du mouvement. Il poursuivait: «En quelques années, il
dévalue les références idéologiques et politiques vieilles de deux siècles
On ne peut désormais parler que de "retour": de la famille, de la morale,
de la religion, de l'école...» (1) Autrement dit, tout rappel à
l'ordre, au collectif, au droit, à la famille ou tout simplement au «lien»
(social, humain...) passe pour réac, ringard, anti-glamour et liberticide.
Ce n'est pas toujours faux, loin de là. A l'inverse, toute expression ou
revendication militante (sociale, féministe, homosexuelle...),
générationnelle et même... libertaire passe pour «déjà-vue/déjà pensée»
donc frappée d'illégitimité et d'inefficacité.
Là encore, ce
n'est pas par hasard. Comme l'a écrit le sociologue Jean-Pierre Le Goff
dans un livre au titre explicite (2): «Ces années contestataires n'ont
pas seulement amené la fin d'un mythe révolutionnaire, elles ont sapé les
fondements éthiques et rationnels du politique et porté le doute sur la
possibilité d'une reconstruction. En ce sens, elles constituent bien "un
héritage impossible" et c'est hors de leur horizon qu'il faut chercher le
renouveau possible de la politique.» C'est un ancien soixante-huitard
qui écrit cela, en introduction d'un ouvrage tout entier consacré aux
apports culturels de Mai. C'est bien cet «héritage impossible»
qu'il faut collectivement débrouiller, sans rejouer la partition infantile
du conflit générationnel (les 20-30 ans contre les 50-60), l'opposition
idiote souverainistes/libéraux, et surtout sans se tromper de problème
(tout le monde sent bien que le supposé dérapage pédophile de Cohn-Bendit
n'est pas LE problème). >
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Irruption
Titre : Note sur Mai 68, l'irruption, Henri Lefebvre,
Syllepse , 1998
Auteur : Anonyme
Source :
Ed. Syllepse
Philosophe(s) cité(s) : Henri Lefebvre
Un étrange et long article du philosophe marxiste Henri
Lefebvre - « suspendu » du Parti communiste en 1958 - heureusement réédité
... Titrée à l'origine L'lrruption de Nanterre au sommet, forte de
16 chapitres, l'analyse se présente comme autant de coups de sonde
théoriques, sans lien évident les uns avec les autres. Lefebvre avait le
marxisme fortement trempé, mais singulièrement hétérodoxe. Il n'aimait
rien mieux que la confrontation de la doctrine avec les aspérités du réel
... Les événements du printemps 68 vont lui fournir un extraordinaire
terrain de travail à ce sujet. Pourtant, dans son article, ceux-ci ne
trouvent aucune place du point de vue descriptif ou émotionnel. Lefebvre
utilise Mai 68 dans le champ unique de la pensée. Dans sa démarche visant
à "discerner l'acquis du nouveau, le certain de l'incertain", le
philosophe saute d'une exploration en profondeur à l'autre, de l'Etat
moderne au phénomène urbain, de la jeunesse à la pratique
autogestionnaire, de la mondialité à l'usine. Pour déboucher sur l'espace
du "ni-ni" : ni "mouvement radicalement nouveau" ni "retour à la lutte des
classes", mai 68 était "une situation révolutionnaire sans révolution".
Liberté
Titre : Liberté, je récupère ton nom
Auteur : Clémentine Autain
Source :
http://www.humanite.presse.fr
Philosophe(s) cité(s) :
De liberté à libéralisme, n’y aurait-il qu’un pas ? Avec
Daniel Cohn-Bendit, nous avons pu récemment constater que, même à gauche,
de douteux glissements se font jour. Centré autour du concept de liberté,
le projet politique porté par les militants des mouvements issus de mai 68
est aujourd’hui récupéré sans complexe par les pourfendeurs du
libéralisme. Ils en font même leur beurre, en détournant allègrement les
messages révolutionnaires. Ainsi, l’imagerie et les idéaux qui ont fait
rêver toute une génération utopique se voient-ils récupérés à des fins
marchandes. La publicité, support idyllique de notre société capitaliste,
traduit à merveille ce glissement sémantique et idéologique. Les exemples
font florès. En tête : les vendeurs de téléphones. La marque Intercall a
envahi le métro parisien : une image en noir et blanc nous présente une
manifestation des années soixante-dix avec ce slogan : " Vive la
libération du téléphone ! " Au premier plan, une jeune femme brandit une
pancarte : " On veut téléphoner moins cher. " D’autres, en arrière-plan,
reprennent une formule très évocatrice : " On veut téléphoner sans
entraves ! " ; clin d’oil au fameux " Jouissons sans entraves ! ",
emblématique de l’univers des années soixante-dix. >
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Liberté sexuelle
Titre : Mai 68, révolution pédonazie ?
Auteur : Mona Chollet
Source :
http://www.uzine.net
Philosophe(s) cité(s) : Cohn-Bendit
A travers les accusations de pédophilie portées contre
Daniel Cohn-Bendit, certains tentent de faire le "procès de Mai 68".
Toutefois, l’affaire s’inscrit dans le contexte bien plus large d’un
nouvel ordre moral : l’étau se resserre ; la liberté des individus, dont
l’idéologie sécuritaire triomphante fait peu de cas, est de plus en plus
ressentie comme une menace pour l’ordre établi. Une critique qui porte sur
bien plus que sa cible explicite, et qui avance en brandissant l’étendard
de l’enfance, de sorte que ceux qui se sentiront visés par les attaques
implicites, et qui tenteront de les contrer, se retrouveront à défendre
malgré eux la pédophilie... Voilà un procédé que tous ceux qui tentent de
promouvoir la liberté d’expression sur Internet connaissent bien. Un
procédé qui revient à dire : quand on cherche la liberté, on trouve le
crime. Mais de quelle liberté s’agit-il, au juste ? >
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Titre : L'HERITAGE DE FOURIER. Utopie amoureuse et
libération sexuelle (à propos d'un livre de Michel Bris)
Auteur : Antoine Hatzenberger
Source :
http://www.snark.fr
Philosophe(s) cité(s) : Fourier
L'essai de Michel Brix questionne une ligne de
pensée qui court de Charles Fourier, concepteur du phalanstère, à Breton
et au surréalisme, puis passe par Wilhem Reich et de façon plus ténu par
Herbert Marcuse, avant de se répandre dans l'entrelacs des passions, des
croyances et des excès de mai 68 et du situationnisme de Guy Debord ou de
Raoul Vaneigem. La thèse du livre est assez simple. Il s'agit pour
l'auteur de montrer que la libération sexuelle telle qu'elle s'envisage
dans les sociétés idéales décrites par l'ensemble de ces penseurs est en
réalité une forme d'asservissement du désir et particulièrement du désir
féminin à un corset idéologique aussi astreignant que ne l'était la morale
bourgeoise du siècle de Fourier. Autrement dit, vouloir bannir la
monogamie des relations humaines, imposer une norme sexuelle abondante et
imaginative à tous les citoyens d'une société n'est ni plus ni moins
tyrannique que de réprimer l'adultère, l'échangisme ou l'homosexualité.
Michel Brix montre au travers de nombreuses citations qu'il est moins
question d'émanciper l'individu, que de faire de la sexualité une force
révolutionnaire en réduisant la libido à une variation d'énergie qu'il est
nécessaire de réguler. Il y a, selon lui, double négation : du sujet (vidé
de sa subjectivité) et de l'objet (interchangeable, inaltérant). La femme
de surcroît fait particulièrement les frais de cette soi-disant
émancipation. Elle a avant tout la charge de séduire et donc, selon
l'auteur, pourvue d'un voile islamique ou de talons aiguilles, de se
fondre dans le fantasme masculin. Elle est pour les surréalistes, le
simple médium qui ouvre l'accès à la beauté du monde. Sa divinisation est
en quelque sorte la pire négation de son libre arbitre. >
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Moralisme
Titre : Leçons d'humanisme et de moralisme chez les
philosophes français contemporains
Auteur : Didier Moulinier
Source : le livre de Dominique Lecourt, Les piètres
penseurs, Flammarion, 1999
Philosophe(s) cité(s) : Lecourt, Glucksmann, Ferry, Renaut,
Comte-Sponville...
Le livre de Dominique Lecourt fustige l'indigence théorique d'une certaine
philosophie française qui, durant ces trente dernières années, a prétendu
réhabiliter l'éthique pour mieux dissimuler une absence totale de réflexion
politique, et qui ne cesse de donner des leçons d'humanisme à grand renfort
de prestations mass-médiatiques. Le constat est plutôt amer : "Il semble que notre
société ne reconnaisse plus comme penseurs que quelques moralistes portés au
pinacle. Ayant adopté sur le monde le point de vue du spectateur, ces
derniers se bornent, au mieux, à commenter l'actualité quand ils ne se
contentent pas de mettre en scène leurs propres états d'âme. Indignation,
compassion, admonestation constituent leur registre préféré" (p. 13). Avant
d'exposer la thèse explicitement politique du livre délivrée dans le dernier
chapitre, parcourons rapidement quelques étapes de cette peu glorieuse
histoire, dont l'auteur lui-même fut à la fois témoin et acteur. Le premier
acte se déroule, comme il se doit, à l'Ecole Normale Supérieure, dans ces
années 65 où domine largement la figure d'Althusser. En ces temps et lieu la
Théorie faisait bon ménage avec le militantisme, le marxisme en appelait aux
sciences humaines (et réciproquement), et une certaines anti-philosophie
accompagnait volontiers la critique du conservatisme bourgeois. Une
épistémologie proprement révolutionnaire semblait pendre son envol et
annonçait des lendemains qui chantent, du moins en théorie, car le climat
social demeurait étouffant. C'est sans doute pourquoi, tout à leur
théoricisme studieux et boulimique, les étudiants de la rue d'Ulm se
laissèrent surprendre par une cohorte de révolutionnaires autrement
radicaux, dont l'arrière-base était l'Internationale Situationiste fondée en
57 par Guy Debord (La société du spectacle) et quelques autres. Avec
ceux-ci il s'agissait de changer la vie immédiatement, d'en finir non
seulement avec le modèle bourgeois dominant mais aussi avec la soumission et
le misérabilisme étudiants, ce qui pour le moins remettait à leur place les
questions théoriques débattues rue d'Ulm, comme par exemple la scientificité
du marxisme ! Tout ceci se termina comme on sait derrière les barricades de
Mai, au terme d'un processus contestataire qui devait fédérer les intérêts
les plus hétéroclites. Voilà bien le premier argument du livre de Lecourt,
qui va lui permettre de tancer les auteurs d'un certain pamphlet (Luc Ferry
et Alain Renaut, La Pensée 68), à savoir "il n'y a jamais eu de
véritable unité de pensée entre les groupes qui ont déclenché les
manifestations de mai 68" (p. 38) ; "ce n'est qu'après coup, presque vingt
ans plus tard, que des penseurs en mal de notoriété forgèrent la fiction de
cette unité pour mieux canaliser et orienter vers leurs positions
philosophiques le reflux de la pensée politique qui s'était amorcé dès 1976"
(p. 39). Ce qui est faux, note Lecourt, c'est d'attribuer à un hypothétique
anti-humanisme les revendications de mai 68, alors qu'au contraire leur
coloration humaniste (certes dans une version "libertaire") en constitue
peut-être le seul dénominateur commun. Il n'est pas plus pertinent
d'articuler les critiques nietzschéennes ou déconstructionnistes du Sujet et
l'individualisme triomphant de 68, lequel se serait insidieusement répandu
dans toute la société jusqu'à devenir une nouvelle "forme de vie". Le
triomphe de l'individu aurait pour corollaire la dégradation de la notion de
subjectivité, et comme conséquence la perte fatale des Valeurs morales... Ce
n'est pas seulement l'unité idéologique du mouvement 68 qui se trouve
surestimée, mais bien plus encore la compatibilité entre elles de ces
fameuses "philosophies de la différence", ces "anti-humanismes" que sont le
marxisme d'Althusser, la déconstruction derridienne, l'archéologie
foucaldienne, la psychanalyse lacanienne ou la schizo-analyse deleuzienne :
ces deux derniers exemples, mis quasiment dans le même panier, montre bien
la légèreté scandaleuse avec laquelle ces textes sont examinés par Ferry et
Renaut. Pas plus qu'il n'existe d'unité de la "pensée 68", il n'existe
d'essence commune de l"anti-humanisme", fût-ce en remontant à l'inspiration
nietzschéenne. > lire la suite
Mythe
Titre : Mort à mai 68 !
Auteur : Arno
Source :
http://www.scarabee.com
Philosophe(s) cité(s) :
En 68, le pouvoir était déjà aux mains des
quinquagénaires. Ils possédaient et contrôlaient tous les lieux de
l’autorité : le politique (à part De Gaulle, qu’avait déjà passé la date
de péremption), l’économique et le médiatique. Pour justifier cette
domination sur l’ensemble de la société (notamment sur la jeunesse), cette
génération avait son propre mythe fondateur : le mythe gaulliste de la
Résistance.
Ce mythe est central à la fin des années soixante :il justifie l’autorité
des anciens (qui ont tous fait - ben tiens ! - de la résistance...) ; il
donne des valeurs-alibi à une société dont la référence centrale est
devenue l’argent et le consumérisme ; il exclue de fait la jeunesse, née
après la guerre.
La jeunesse en révolte contre la domination des quinquagénaires attaque
donc en priorité ce mythe gaulliste (« Crève, Général ! »), ce à quoi les
vieux répondent que, les jeunes n’ayant pas connu la guerre, ils ne
peuvent pas savoir (« ah, là, là, tu aurais connu la guerre, tu ferais
moins ton difficile »).
Il faudra ensuite plusieurs décennies pour solder le mythe gaulliste :
lors du procès Papon, le RPR s’est encore inquiété que l’on s’attaque
ainsi au Gaullisme (par Papon interposé). De toutes façons, on s’en tape,
une génération a chassé l’autre ; l’important n’est pas que le mythe de la
France unanimement résistante s’avère historiquement faux, en réalité il
est devenu socialement obsolète (et inutile).
Aujourd’hui, re-bellotte, la génération qui a cinquante ans domine tous
les aspects de la société. Elle fait la politique (tous les premiers
ministres d’Europe ont 50 ans), elle possède les médias (le point commun
entre tous les présentateurs des journaux télévisés, c’est l’âge), elle a
le pouvoir économique (quel âge ont votre patron, votre propriétaire,
votre banquier... ?).
Pour justifier sa domination absolue sur la société, il faut également à
cette génération un mythe fondateur. Inutile de chercher bien loin, ce
mythe on nous l’a fait bouffer pendant tout ce mois de mai 98 : le mythe
fondateur des dominants d’aujourd’hui, c’est mai 68. >
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Penser-femme
Titre : Les filles de joie de la pensée 68
Auteur : Anne Querrien
Source :
http://multitudes.samizdat.net
Philosophe(s) cité(s) : Ce numéro s’affirme avec délices un
rejeton de la pensée 1968. Cette tige isolée est un « sauvageon ». Nous
sommes une des multiples tiges d’un rhizome qui s’étend sur tous les
continents par des médias multiples.
Notre pensée est impertinente, nous l’assumons. Le rire est le propre de
l’homme, a dit Bergson. Chose curieuse, cette pensée 68 que pourfendent
nos ministres de l’Éducation nationale successifs - Jean Pierre
Chevènement le fut avant Luc Ferry - est d’origine principalement
française. Elle a eu le culot de métisser la pensée en faisant copuler le
marxisme avec tout ce qu’il rejetait dans les ténèbres extérieures, en
organisant des greffes systématiques, en emmanchant ce qui lui passait
sous la main, et en multipliant les rejetons différents, voire
antagonistes. Quelle horreur ! Arrière Satan, disent nos ministres : tout
pourrait devenir bon à la condition d’être cultivé, les prostituées
auraient à apprendre quelque chose à nos femmes, les sauvageons auraient
fait une musique qu’écoutent nos enfants ? Halte-là, la reproduction se
perd ! Où est notre domesticité : femmes, valets, chiens de garde, revenez
! >
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