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"Pensée 68"

 

 

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Anti-humanisme - Anti-conformisme - Bonheur - Culture - Enseignement - Héritage - Irruption - Liberté - Liberté sexuelle - Moralisme - Mythe - Penser-femme

 

 

Anti-humanisme

Titre : Réflexions d’un dinosaure sur l’anti-humanisme

Auteur : Pierre Macherey

Source : http://multitudes.samizdat.net

Philosophe(s) cité(s : Ferry, Renaud

 

Le livre que L. Ferry et A. Renaut ont consacré à ce qu’ils appellent "la pensée 68" [1] constitue un indispensable instrument de travail pour quiconque veut réfléchir sur l’histoire de la philosophie en France pendant ces trente dernières années. Il a en effet le mérite de baliser un champ d’études, auquel les auteurs de ce livre reconnaissent peut être une continuité et une clôture illusoires, mais que, avant eux, on ne considérait que de manière dispersée, sans cette perspective d’ensemble dont ils esquissent les grandes lignes. La thématique de l’anti humanisme qui soutient leur interprétation n’a sans doute que la clarté et la netteté d’un "topos" scolaire, la valeur formelle d’un artifice d’exposition, dans la manière d’une leçon type de philosophie bien ficelée, comme on en présente sans prendre de risques à l’oral de l’agrégation : et l’effet de banalisation que produit cette mise en forme présente des aspects pervers auxquels il ne faut pas se laisser prendre ; mais il rend possible en même temps un recul propice à la réflexion, il permet de relier les textes, de résumer des positions, d’en entamer la confrontation, sur des bases qui, pour être problématiques, n’en sont pas moins fécondes, dans la mesure où elles enclenchent la dynamique d’une remise en question. > lire la suite

 

Anti-conformisme

Titre : Honnie soit la nouvelle bien-pensance

Auteur : Elisabeth Badinter

Source : Libération

Philosophe(s) cité(s) : Cohn-Bendit

 

Le conformisme de l'anticonformisme: telle est une des leçons que l'on doit tirer de mai 1968. Ou comment une révolution des mentalités engendre son contraire. Rien de bien nouveau, dira-t-on. Il y a deux siècles déjà, ce sont les tenants de la liberté qui ont fini par emprisonner et guillotiner les ennemis de la liberté.
Certes, 1 968 n'était pas une vraie révolution, ni dans la forme, ni dans le fond. Pas une goutte de sang versée pour opérer un bouleversement de nos valeurs, plutôt qu'un changement de société. Par la magie du verbe, la génération 68 a fait éclater les normes et les codes d'un XIXe siècle persistant dans nos têtes victoriennes, et mis à l'ordre du jour les libertés privées de l'individu. L'heure était à l'épanouissement du moi, à l'écoute de nos désirs et au relativisme culturel, contre l'étouffoir judéo-chrétien de la société et la tyrannie de la loi universelle. Au-delà des conquêtes fondamentales que nous valut ce printemps historique, c'est tout un état d'esprit qui nous a longtemps imprégné, qu'il faut interroger. > lire la suite

 

Bonheur

Titre : Mai 68, un souvenir de bonheur

Auteur : André Comte-Sponville

Source : http://www.psychomag.com

Philosophe(s) cité(s) :

 

Mai 68, pour les gens de ma génération, c’est d’abord un souvenir de bonheur. Que la révolution était belle, cette année-là ! Qu’elle était gaie, et légère, et libre ! Tout le contraire des années de plomb qui ont suivi… C’est qu’il ne s’agissait pas d’une révolution. Une révolte ? Certes. Mais aussi une fête, une libération, un printemps… Nous ne voulions plus de ce vieux monde, de ce vieux pays, de ce vieil homme… De Gaulle, la France, le capitalisme, tout cela nous semblait d’un autre âge, dépassé, mortifère. Nous étions – sans le savoir, sans le vouloir – les enfants du baby-boom et des trente glorieuses. Nous avions beaucoup de chance et de générosité. Il n’y avait pour ainsi dire ni chômage ni licenciements économiques. Mais il y avait des bidonvilles. Mais il y avait de la misère. Mais il y avait des bourgeois arrogants et des ouvriers harassés… > lire la suite

 

Culture

Titre : "Dépasser Mai 68, oui. L'effacer, non"

Auteur : Jean-Pierre Legoff

Source : L'expansion

Philosophe(s) cité(s) :

 

C'est dans les années 80, avec François Mitterrand, que la société a paru se réconcilier avec Mai 68 et les années contestataires qui ont suivi. Les générations qui avaient formé le mouvement étudiant arrivaient à des postes de responsabilité, porteuses de nouveaux thèmes : antiautoritarisme, féminisme, écologie, multiculturalisme... Cela coïncide avec le succès du livre Génération, de Hervé Hamon et Patrick Rotman, qui est la première grande célébration des soixante-huitards, ou du moins d'une partie d'entre eux. C'est aussi à cette période que Libération devient un journal branché, coqueluche des yuppies, et non plus un organe gauchiste. Le PS, qui ne vient pourtant pas de cette culture, va récupérer ces thèmes au moment où le projet socialiste entre en crise et où s'opère un retournement de la politique économique. La gestion des contraintes va s'habiller d'une nouvelle idéologie qui se traduit dans le tout culturel de Jack Lang et la célébration de la modernisation dans tous les domaines. Au bout du compte, cette reconnaissance de la « pensée 68 » se produit quand toutes les grandes idéologies s'effondrent. Mais elle semble aujourd'hui arrivée à son terme, malgré ses défenseurs attitrés et ses héritiers dans quelques grands médias. > lire la suite

 

Enseignement

Titre : Les limites de la critique de la pensée 68

Auteur : Netlex

Source : Netlex blog

Philosophe(s) cité(s) :

 

Une partie du corps enseignant dont les mythes sont toujours inspirés par la pensée 68 a cru opérer sa mutation en se raidissant sur la légitimité de sa fonction.
Elle a dénoncé trois confusions morales qui ont notamment fait le succès de la pensée "souverainiste" venue à la rescousse d'une école laïque et républicaine fragilisée. A l'instar des "nouveaux réactionnaires", et non sans pointer fort justement des dérives patentes, ceux qui plaident pour une reprise en main de l'institution ont dénoncé :
1) la confusion entretenue entre l'idéologie 68 de la libération et la liberté (refus de l'autorité);
2) la confusion entre l'égalitarisme et l'équité (refus de la sélection, etc);
3) la montée du relativisme au détriment de la responsabilité (dénoncer l'insécurité est jugé politiquement incorrect)
Ce règlement de compte d'une partie de la Gauche avec ses propres mythes a été dénoncé vigoureusement par certains, comme étant de nature "réactionnaire". Cette démarche commandée par une lucidité exigeante appelant au sursaut est louable à bien des égards dans ses objectifs, mais laisse perplexe quant à ses chances de succès.
En effet, en voulant "'substituer l'ascendant des moeurs à celui des hommes" pour reprendre la formule de Saint Just, cette "réaction" tentait de "civiliser" à nouveau une institution dont la société elle-même semblait se détourner. Réduit à sa fonction technique, privé de son autorité et du prestige symbolique associé jadis à sa fonction, l'enseignant se sentit méprisé. Déconsidéré.
Pour autant, cette tentative de reconquête nous semble vouée à l'échec tant que la société n'aura pas traité le problème de fond attaché à la question de l'éducation. L'Education Nationale n'a pas d'avenir en dehors des enseignants. Ne pas traiter le problème de leur "reconnaissance" dans toutes ses dimensions (pédagogiques, économiques, symboliques), c'est condamner l'Education à de nouvelles crises, ce qui par ailleurs ne dispense pas le corps enseignant d'avoir à s'adapter aux conditions nouvelles de son exercice, comme le ferait n'importe quelle autre profession.

 

Héritage

Titre : Cette génération qui voulait changer le monde a été désillusionnée

Auteur : Jean-Pierre Le Goff

Source : http://www.humanite.fr

Philosophe(s) cité(s) :

 

Après plus de trente ans, les événements sont toujours présents dans les mémoires. Les fantômes de Mai 68, comme ceux de la grève de Lip ou de la lutte du Larzac, continuent de hanter l’imaginaire de la société et toute une génération d’intellectuels et d’ex-militants qui a bien des difficultés à en faire son deuil. Ils n’arrivent pas à prendre de distance par rapport aux idées et à la confusion dont était porteur le mouvement. Si quelqu’un attaque leurs idées, ils ont l’impression que la passion démocratique qui les animait à l’époque est remise en cause. > lire la suite

 

 

Titre : Pour une critique rationnelle de Mai 68

Auteur : Jean-François Poncet

Source : Libération

Philosophe(s) cité(s) : Jean-Pierre Legoff

 

Mai 68 fut un épisode historique court (deux mois), un mouvement culturel et politique considérable, un déverrouillage de la pensée immensément précieux mais aussi un séisme aux répliques dangereuses. «Mai 68 était un des derniers états de l'enchantement du monde des idées. Vingt ans plus tard, on peut aussi penser qu'il a largement contribué à le désenchanter», écrivait le chercheur Jean-Pierre A. Bernard en 1988 au moment de l'anniversaire du mouvement. Il poursuivait: «En quelques années, il dévalue les références idéologiques et politiques vieilles de deux siècles On ne peut désormais parler que de "retour": de la famille, de la morale, de la religion, de l'école...» (1) Autrement dit, tout rappel à l'ordre, au collectif, au droit, à la famille ou tout simplement au «lien» (social, humain...) passe pour réac, ringard, anti-glamour et liberticide. Ce n'est pas toujours faux, loin de là. A l'inverse, toute expression ou revendication militante (sociale, féministe, homosexuelle...), générationnelle et même... libertaire passe pour «déjà-vue/déjà pensée» donc frappée d'illégitimité et d'inefficacité.

Là encore, ce n'est pas par hasard. Comme l'a écrit le sociologue Jean-Pierre Le Goff dans un livre au titre explicite (2): «Ces années contestataires n'ont pas seulement amené la fin d'un mythe révolutionnaire, elles ont sapé les fondements éthiques et rationnels du politique et porté le doute sur la possibilité d'une reconstruction. En ce sens, elles constituent bien "un héritage impossible" et c'est hors de leur horizon qu'il faut chercher le renouveau possible de la politique.» C'est un ancien soixante-huitard qui écrit cela, en introduction d'un ouvrage tout entier consacré aux apports culturels de Mai. C'est bien cet «héritage impossible» qu'il faut collectivement débrouiller, sans rejouer la partition infantile du conflit générationnel (les 20-30 ans contre les 50-60), l'opposition idiote souverainistes/libéraux, et surtout sans se tromper de problème (tout le monde sent bien que le supposé dérapage pédophile de Cohn-Bendit n'est pas LE problème). > lire la suite

 

Irruption

Titre : Note sur Mai 68, l'irruption, Henri Lefebvre, Syllepse , 1998

Auteur : Anonyme

Source : Ed. Syllepse

Philosophe(s) cité(s) : Henri Lefebvre

Un étrange et long article du philosophe marxiste Henri Lefebvre - « suspendu » du Parti communiste en 1958 - heureusement réédité ... Titrée à l'origine L'lrruption de Nanterre au sommet, forte de 16 chapitres, l'analyse se présente comme autant de coups de sonde théoriques, sans lien évident les uns avec les autres. Lefebvre avait le marxisme fortement trempé, mais singulièrement hétérodoxe. Il n'aimait rien mieux que la confrontation de la doctrine avec les aspérités du réel ... Les événements du printemps 68 vont lui fournir un extraordinaire terrain de travail à ce sujet. Pourtant, dans son article, ceux-ci ne trouvent aucune place du point de vue descriptif ou émotionnel. Lefebvre utilise Mai 68 dans le champ unique de la pensée. Dans sa démarche visant à "discerner l'acquis du nouveau, le certain de l'incertain", le philosophe saute d'une exploration en profondeur à l'autre, de l'Etat moderne au phénomène urbain, de la jeunesse à la pratique autogestionnaire, de la mondialité à l'usine. Pour déboucher sur l'espace du "ni-ni" : ni "mouvement radicalement nouveau" ni "retour à la lutte des classes", mai 68 était "une situation révolutionnaire sans révolution".

 

Liberté

Titre : Liberté, je récupère ton nom

Auteur : Clémentine Autain

Source : http://www.humanite.presse.fr

Philosophe(s) cité(s) :

 

De liberté à libéralisme, n’y aurait-il qu’un pas ? Avec Daniel Cohn-Bendit, nous avons pu récemment constater que, même à gauche, de douteux glissements se font jour. Centré autour du concept de liberté, le projet politique porté par les militants des mouvements issus de mai 68 est aujourd’hui récupéré sans complexe par les pourfendeurs du libéralisme. Ils en font même leur beurre, en détournant allègrement les messages révolutionnaires. Ainsi, l’imagerie et les idéaux qui ont fait rêver toute une génération utopique se voient-ils récupérés à des fins marchandes. La publicité, support idyllique de notre société capitaliste, traduit à merveille ce glissement sémantique et idéologique. Les exemples font florès. En tête : les vendeurs de téléphones. La marque Intercall a envahi le métro parisien : une image en noir et blanc nous présente une manifestation des années soixante-dix avec ce slogan : " Vive la libération du téléphone ! " Au premier plan, une jeune femme brandit une pancarte : " On veut téléphoner moins cher. " D’autres, en arrière-plan, reprennent une formule très évocatrice : " On veut téléphoner sans entraves ! " ; clin d’oil au fameux " Jouissons sans entraves ! ", emblématique de l’univers des années soixante-dix. > lire la suite

 

Liberté sexuelle

Titre : Mai 68, révolution pédonazie ?

Auteur : Mona Chollet

Source : http://www.uzine.net

Philosophe(s) cité(s) : Cohn-Bendit

 

A travers les accusations de pédophilie portées contre Daniel Cohn-Bendit, certains tentent de faire le "procès de Mai 68". Toutefois, l’affaire s’inscrit dans le contexte bien plus large d’un nouvel ordre moral : l’étau se resserre ; la liberté des individus, dont l’idéologie sécuritaire triomphante fait peu de cas, est de plus en plus ressentie comme une menace pour l’ordre établi. Une critique qui porte sur bien plus que sa cible explicite, et qui avance en brandissant l’étendard de l’enfance, de sorte que ceux qui se sentiront visés par les attaques implicites, et qui tenteront de les contrer, se retrouveront à défendre malgré eux la pédophilie... Voilà un procédé que tous ceux qui tentent de promouvoir la liberté d’expression sur Internet connaissent bien. Un procédé qui revient à dire : quand on cherche la liberté, on trouve le crime. Mais de quelle liberté s’agit-il, au juste ? > lire la suite

 

 

Titre : L'HERITAGE DE FOURIER. Utopie amoureuse et libération sexuelle (à propos d'un livre de Michel Bris)

Auteur : Antoine Hatzenberger

Source : http://www.snark.fr

Philosophe(s) cité(s) : Fourier

 

 L'essai de Michel Brix questionne une ligne de pensée qui court de Charles Fourier, concepteur du phalanstère, à Breton et au surréalisme, puis passe par Wilhem Reich et de façon plus ténu par Herbert Marcuse, avant de se répandre dans l'entrelacs des passions, des croyances et des excès de mai 68 et du situationnisme de Guy Debord ou de Raoul Vaneigem. La thèse du livre est assez simple. Il s'agit pour l'auteur de montrer que la libération sexuelle telle qu'elle s'envisage dans les sociétés idéales décrites par l'ensemble de ces penseurs est en réalité une forme d'asservissement du désir et particulièrement du désir féminin à un corset idéologique aussi astreignant que ne l'était la morale bourgeoise du siècle de Fourier. Autrement dit, vouloir bannir la monogamie des relations humaines, imposer une norme sexuelle abondante et imaginative à tous les citoyens d'une société n'est ni plus ni moins tyrannique que de réprimer l'adultère, l'échangisme ou l'homosexualité. Michel Brix montre au travers de nombreuses citations qu'il est moins question d'émanciper l'individu, que de faire de la sexualité une force révolutionnaire en réduisant la libido à une variation d'énergie qu'il est nécessaire de réguler. Il y a, selon lui, double négation : du sujet (vidé de sa subjectivité) et de l'objet (interchangeable, inaltérant). La femme de surcroît fait particulièrement les frais de cette soi-disant émancipation. Elle a avant tout la charge de séduire et donc, selon l'auteur, pourvue d'un voile islamique ou de talons aiguilles, de se fondre dans le fantasme masculin. Elle est pour les surréalistes, le simple médium qui ouvre l'accès à la beauté du monde. Sa divinisation est en quelque sorte la pire négation de son libre arbitre. > lire la suite

 

Moralisme

Titre : Leçons d'humanisme et de moralisme chez les philosophes français contemporains

Auteur : Didier Moulinier

Source : le livre de Dominique Lecourt, Les piètres penseurs, Flammarion, 1999

Philosophe(s) cité(s) : Lecourt, Glucksmann, Ferry, Renaut, Comte-Sponville...

Le livre de Dominique Lecourt fustige l'indigence théorique d'une certaine philosophie française qui, durant ces trente dernières années, a prétendu réhabiliter l'éthique pour mieux dissimuler une absence totale de réflexion politique, et qui ne cesse de donner des leçons d'humanisme à grand renfort de prestations mass-médiatiques. Le constat est plutôt amer : "Il semble que notre société ne reconnaisse plus comme penseurs que quelques moralistes portés au pinacle. Ayant adopté sur le monde le point de vue du spectateur, ces derniers se bornent, au mieux, à commenter l'actualité quand ils ne se contentent pas de mettre en scène leurs propres états d'âme. Indignation, compassion, admonestation constituent leur registre préféré" (p. 13). Avant d'exposer la thèse explicitement politique du livre délivrée dans le dernier chapitre, parcourons rapidement quelques étapes de cette peu glorieuse histoire, dont l'auteur lui-même fut à la fois témoin et acteur. Le premier acte se déroule, comme il se doit, à l'Ecole Normale Supérieure, dans ces années 65 où domine largement la figure d'Althusser. En ces temps et lieu la Théorie faisait bon ménage avec le militantisme, le marxisme en appelait aux sciences humaines (et réciproquement), et une certaines anti-philosophie accompagnait volontiers la critique du conservatisme bourgeois. Une épistémologie proprement révolutionnaire semblait pendre son envol et annonçait des lendemains qui chantent, du moins en théorie, car le climat social demeurait étouffant. C'est sans doute pourquoi, tout à leur théoricisme studieux et boulimique, les étudiants de la rue d'Ulm se laissèrent surprendre par une cohorte de révolutionnaires autrement radicaux, dont l'arrière-base était l'Internationale Situationiste fondée en 57 par Guy Debord (La société du spectacle) et quelques autres. Avec ceux-ci il s'agissait de changer la vie immédiatement, d'en finir non seulement avec le modèle bourgeois dominant mais aussi avec la soumission et le misérabilisme étudiants, ce qui pour le moins remettait à leur place les questions théoriques débattues rue d'Ulm, comme par exemple la scientificité du marxisme ! Tout ceci se termina comme on sait derrière les barricades de Mai, au terme d'un processus contestataire qui devait fédérer les intérêts les plus hétéroclites. Voilà bien le premier argument du livre de Lecourt, qui va lui permettre de tancer les auteurs d'un certain pamphlet (Luc Ferry et Alain Renaut, La Pensée 68), à savoir "il n'y a jamais eu de véritable unité de pensée entre les groupes qui ont déclenché les manifestations de mai 68" (p. 38) ; "ce n'est qu'après coup, presque vingt ans plus tard, que des penseurs en mal de notoriété forgèrent la fiction de cette unité pour mieux canaliser et orienter vers leurs positions philosophiques le reflux de la pensée politique qui s'était amorcé dès 1976" (p. 39). Ce qui est faux, note Lecourt, c'est d'attribuer à un hypothétique anti-humanisme les revendications de mai 68, alors qu'au contraire leur coloration humaniste (certes dans une version "libertaire") en constitue peut-être le seul dénominateur commun. Il n'est pas plus pertinent d'articuler les critiques nietzschéennes ou déconstructionnistes du Sujet et l'individualisme triomphant de 68, lequel se serait insidieusement répandu dans toute la société jusqu'à devenir une nouvelle "forme de vie". Le triomphe de l'individu aurait pour corollaire la dégradation de la notion de subjectivité, et comme conséquence la perte fatale des Valeurs morales... Ce n'est pas seulement l'unité idéologique du mouvement 68 qui se trouve surestimée, mais bien plus encore la compatibilité entre elles de ces fameuses "philosophies de la différence", ces "anti-humanismes" que sont le marxisme d'Althusser, la déconstruction derridienne, l'archéologie foucaldienne, la psychanalyse lacanienne ou la schizo-analyse deleuzienne : ces deux derniers exemples, mis quasiment dans le même panier, montre bien la légèreté scandaleuse avec laquelle ces textes sont examinés par Ferry et Renaut. Pas plus qu'il n'existe d'unité de la "pensée 68", il n'existe d'essence commune de l"anti-humanisme", fût-ce en remontant à l'inspiration nietzschéenne. > lire la suite

 

Mythe

Titre : Mort à mai 68 !

Auteur : Arno

Source : http://www.scarabee.com

Philosophe(s) cité(s) :

 

En 68, le pouvoir était déjà aux mains des quinquagénaires. Ils possédaient et contrôlaient tous les lieux de l’autorité : le politique (à part De Gaulle, qu’avait déjà passé la date de péremption), l’économique et le médiatique. Pour justifier cette domination sur l’ensemble de la société (notamment sur la jeunesse), cette génération avait son propre mythe fondateur : le mythe gaulliste de la Résistance.
Ce mythe est central à la fin des années soixante :il justifie l’autorité des anciens (qui ont tous fait - ben tiens ! - de la résistance...) ; il donne des valeurs-alibi à une société dont la référence centrale est devenue l’argent et le consumérisme ; il exclue de fait la jeunesse, née après la guerre.
La jeunesse en révolte contre la domination des quinquagénaires attaque donc en priorité ce mythe gaulliste (« Crève, Général ! »), ce à quoi les vieux répondent que, les jeunes n’ayant pas connu la guerre, ils ne peuvent pas savoir (« ah, là, là, tu aurais connu la guerre, tu ferais moins ton difficile »).
Il faudra ensuite plusieurs décennies pour solder le mythe gaulliste : lors du procès Papon, le RPR s’est encore inquiété que l’on s’attaque ainsi au Gaullisme (par Papon interposé). De toutes façons, on s’en tape, une génération a chassé l’autre ; l’important n’est pas que le mythe de la France unanimement résistante s’avère historiquement faux, en réalité il est devenu socialement obsolète (et inutile).
Aujourd’hui, re-bellotte, la génération qui a cinquante ans domine tous les aspects de la société. Elle fait la politique (tous les premiers ministres d’Europe ont 50 ans), elle possède les médias (le point commun entre tous les présentateurs des journaux télévisés, c’est l’âge), elle a le pouvoir économique (quel âge ont votre patron, votre propriétaire, votre banquier... ?).
Pour justifier sa domination absolue sur la société, il faut également à cette génération un mythe fondateur. Inutile de chercher bien loin, ce mythe on nous l’a fait bouffer pendant tout ce mois de mai 98 : le mythe fondateur des dominants d’aujourd’hui, c’est mai 68. > lire la suite

 

Penser-femme

Titre : Les filles de joie de la pensée 68

Auteur : Anne Querrien

Source : http://multitudes.samizdat.net

Philosophe(s) cité(s) : Ce numéro s’affirme avec délices un rejeton de la pensée 1968. Cette tige isolée est un « sauvageon ». Nous sommes une des multiples tiges d’un rhizome qui s’étend sur tous les continents par des médias multiples.

Notre pensée est impertinente, nous l’assumons. Le rire est le propre de l’homme, a dit Bergson. Chose curieuse, cette pensée 68 que pourfendent nos ministres de l’Éducation nationale successifs - Jean Pierre Chevènement le fut avant Luc Ferry - est d’origine principalement française. Elle a eu le culot de métisser la pensée en faisant copuler le marxisme avec tout ce qu’il rejetait dans les ténèbres extérieures, en organisant des greffes systématiques, en emmanchant ce qui lui passait sous la main, et en multipliant les rejetons différents, voire antagonistes. Quelle horreur ! Arrière Satan, disent nos ministres : tout pourrait devenir bon à la condition d’être cultivé, les prostituées auraient à apprendre quelque chose à nos femmes, les sauvageons auraient fait une musique qu’écoutent nos enfants ? Halte-là, la reproduction se perd ! Où est notre domesticité : femmes, valets, chiens de garde, revenez ! > lire la suite
 

 

 

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