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Les Lumières

 

 

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Ambiguïté - Egalité - Liberté - Littérature - Lumières - Révolution - Rousseau - Voltaire - Ultras

 

 

 

Ambiguïté

Titre : Les Illuminés

Auteur : Antoine Bertetto

Source : http://iconoclastedepinal.blogspot.com

 

La France, L’Europe, les démocraties civilisées, arborent fièrement l’héritage, la philosophie des Lumières.Selon la pensée unique, les philosophes guidés par la raison, auraient tous contribué à la Révolution, Révolution qui à sorti l’homme de l’hébétude la plus totale, l’ayant extrait du côté obscur. La philosophie lumineuse guidait le peuple, avec raison en plus.
Il convient de noter en premier lieux que les philosophes des Lumières ne s’adressaient pas au petit peuple, mais étaient confinés à un milieux d’aristocrate et de haute bourgeoisie passant leur temps à penser. Il pensaient à refaire le monde. Le peuple n’avait rien à dire, il n’avait qu’à suivre.« Il est à propos que le peuple soit guidé (sic), et non instruit, il n’est pas digne de l’être » Voltaire. Pour la plupart des philosophes de cette époque, l’instruction n’est pas utile pour les pauvres qui doivent s’occuper de leurs occupation (raison oblige), un penseur proposa même de renvoyer tous les élèves pauvres (il y en avait) à leur parents… Sinon, Condorcet lui favorisa l’idée d’instruction, dans le seul but d’accroître l’attachement républicain (à des fins politiques donc).
Il est intéressant de voir que même le père de la démocratie, Rousseau, envisageait l’image du guide (sic), le peuple étant incapable de s’imposer des lois justes.Oui le peuple est bête : pour Voltaire les paysans sont des « rustres vivant dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux », pour La Bruyère, ce sont des « animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés » et se nourrissant de ‘racines’ (les livres d’Histoire oublie de préciser qu’au XVIII, les racines sont les légumes). Les Lumières méprisent le peuple. Ils ont créé cette méfiance, qui perdure, à l’encontre des ‘paysans’, méfiance qui restera tout au long de la République (peuple qu’elle éduquera pour la domestiquer) jusqu’à sa disparition (quoique) assez récente.
Ensuite, toujours au nom de la raison, les Lumières ont aussi inventé le concept de ‘l’inutile’ pour ne pas dire du nuisible. Etaient dans le collimateur des Lumières le clergé. Les membres du clergé ne font pas d’enfants, ils passent leur temps à prier. Ils ne servent donc à rien. Pour certains philosophes, le clergé est même à éliminer puisque abrutissant… Les Lumières tolèrent tout, sauf ce qu’elles estiment intolérants. Cette vision du clergé, et de la religion même, comme quelque chose de nuisible, s’est diffusée et est même à son apogée dans la société moderne. Petite parenthèse, Voltaire bien que haineux à l’encontre de la religion ne la juge pas inutile : « Si vous avez une bourgade à gouverner, il faut qu’elle ait une religion », la religion c’est pour les idiots et les ploucs, et le religion doit être compatible avec le régime en place, voilà une pensée d’actualité. > lire la suite

 

Egalité

Titre : Egalité naturelle

Auteur : Jaucourt

Source : L'Encyclopédie (Diderot et D'Alembert)

 

ÉGALITÉ NATURELLE (Droit Nat.) est celle qui est entre les hommes par la constitution de leur nature seulement. Cette égalité est le principe et le fondement de la liberté (...).

                Puisque la nature humaine se trouve la même dans tous les hommes, il est clair que, selon le droit naturel, chacun doit estimer et traiter les autres comme autant d’êtres qui lui sont naturellement égaux, c’est-à-dire, qui sont hommes aussi bien que lui. (...)

            Il résulte de ce principe, que tous les hommes sont naturellement libres, et que la raison n’a pu les rendre dépendants que pour leur bonheur.

            Que, malgré toutes les inégalités produites dans le gouvernement politique par la différence des conditions, par la noblesse, la puissance, les richesses, etc., ceux qui sont les plus élevés au-dessus des autres, doivent traiter leurs inférieurs comme leur étant naturellement égaux, en évitant tout outrage, en n’exigeant rien au-delà de ce qu’on leur doit et en exigeant avec humanité ce qui leur est dû le plus incontestablement.

            Que quiconque n’a pas acquis un droit particulier, en vertu duquel il puisse exiger quelque préférence, ne doit rien prétendre plus que les autres, mais au contraire les laisser jouir également des mêmes droits qu’il s’arroge à lui-même.

            Qu’une chose qui est de droit commun, doit être ou commune en jouissance, ou possédée alternativement, ou divisée par égales portions entre ceux qui ont le même droit, ou par compensation équitable et réglée. (...)

                Cependant qu’on ne me fasse pas le tort de supposer que, par un esprit de fanatisme, j’approuvasse dans un État cette chimère de l’égalité absolue, que peut à peine enfanter une république idéale; je ne parle ici que de l’égalité naturelle des hommes; je connais trop la nécessité des conditions différentes, des grades, des honneurs, des distinctions, des prérogatives, des subordinations qui doivent régner dans tous les gouvernements. (...) Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité, mais ils n’y sauraient rester; la société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par les lois. (...)

 

Liberté

Titre : Les racines de la liberté

Auteur : Jacques de Saint Victor (émission radio)

Source : http://www.canalacademie.com

(Présentation de l'émission) - Notre conception, notre regard unilatérales de la Liberté telle qu’elle est proclamée en 1789 sont uniquement associés à la philosophie des Lumières. Pourtant, tout au long du XVIIIè siècle, le concept de Liberté n’est pas nouveau. Il naît d’ailleurs sous la monarchie et prend des formes multiples, complexes et diverses. Il est aussi attaché à des personnalités qui ne sont pas seulement philosophes mais bien acteurs de la vie politique et publique de l’Ancien Régime. Il existe surtout ce courant politique qui, puisant dans le passé l’expérience des autres hommes, se rattache aux vieilles libertés germaniques du Haut Moyen Âge ; ce courant étudie avec assiduité l’évolution de la liberté ou des libertés qui, au XVIIIème siècle, ne sont pas au sens propre des idées nouvelles.

Par ailleurs, notre vision tocquevillienne de l’histoire du siècle des Lumières nous fait penser qu’il a existé une continuité entre l’Ancien Régime, incarné par l’absolutisme, et la Révolution française centralisatrice et égalitaire. L’historien Jean Christian Petitfils, dans sa biographie monumentale de Louis XVI remet en cause cette théorie tocquevillienne qui met entre parenthèse toute la période de 1715 à 1789 pendant laquelle l’historien observe, écrit Jean-Christian Petitfils, « la violence des turbulences centrifuges, la puissance de la réaction nobiliaire, la révolte égoïste et envieuse des communautés et des groupes. » Comment s’expriment dans les idées, ces forces centrifuges ? Quels sens ces nobles, ces bourgeois et ces penseurs donnent-ils au mot Liberté ? Quelles sont les racines de la Liberté et peut on cantonner cette idée de Liberté à la philosophie des Lumières ? Surtout, pouvait on éviter comme en Angleterre la radicalisation de la révolution ? C’est ce que Christophe Dickès vous propose de voir avec son invité, Jacques de Saint-Victor, auteur du livre Les racines de la Liberté, Le débat français oublié 1689-1789 paru aux éditions Perrin en 2007. > lire la suite

 

Littérature

Titre : Littérature et philosophie : les Lumières françaises (Discours de soutenance de thèse)

Auteur : Anne LEON-MIEHE

Source : http://www.cerphi.net

 

Eu égard aux multiples enjeux que recèle la question du commencement dans la pensée des Lumières françaises, je commencerai ici par l'évocation de Voltaire : conclusion impossible d'une époque qui résiste à la synthèse et à la taxinomie. Le moins philosophe des philosophes des Lumières, le polémiste taraudé par la métaphysique autant qu'il est dégoûté d'elle, le littérateur en contradiction avec l'écrivain, le dramaturge en débat avec le conteur, la rapidité et la légèreté littéraire venant répondre à la lenteur et la gravité philosophique, lorsque l'érudit dissimule et déforme le travail documentaire : Voltaire l'inclassable est le meilleur représentant de cette complexité, ce mouvement, cette crise à laquelle on donne la dénomination plurielle de «Lumières». A l'instar des tribulations de Candide, c'est la vie même de Voltaire, turbulente et pérégrine jusque dans la fausse retraite de Ferney, qui nous donne à voir la dynamique des Lumières (work in progress) comme la danse de la pensée dans un monde où la fin de la situation entraîne la position perpétuelle : le monde est au «sujet» des Lumières - devrait-on dire plutôt l'homme ou l'individu ? mais aucun de ces termes n'est vraiment satisfaisant, car c'est plutôt la fiction par le discours d'un incertain auteur de la parole - ce qu'est le rêve pour le rêveur : une image labile dans laquelle il glisse sans jamais être ici ou là. Le rêve des Lumières n'est pas de ceux qui se laissent interpréter, ni de ces images qui naissent de la torpeur en consolation de l'angoisse ou du découragement ; c'est un songe lucide, transparent et gracieux, un songe rococo où se dessinent l'élan du déséquilibre, l'énergie du vague (l'esquisse) et le mouvement de l'unité en devenir. > lire la suite

 

Lumières

Titre : La philosophie des Lumières

Auteur : Encyclopédie Hachette Muiltimedia

Source : http://www.philonet.fr

Qu'est-ce que les Lumières ?

Pierre Bayle, l'auteur du Dictionnaire historique et critique (1696-1697), la première machine de guerre contre l'ignorance et le fanatisme, avait prédit que le siècle à venir serait «de jour en jour plus éclairé». La métaphore de la lumière désigne le mouvement intellectuel critique, la floraison d'idées nouvelles, qui caractérise le XVIIIe siècle européen: illuminismo en italien, ilustración en espagnol, Aufklärung en allemand désignent le passage de l'obscurité au jour, de l'obscurantisme à la connaissance rationnelle. Les Lumières en effet sont un processus, une méthode, une attitude intellectuelle, plutôt qu'une doctrine achevée.

Kant, en 1784, écrit: «Les Lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. Sapere aude! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières

Pour les intellectuels du XVIIIe siècle européen, l'homme se caractérise par ses facultés cognitives, dont il doit faire un usage critique à l'encontre des préjugés et des superstitions. En cela, ils sont les héritiers de Galilée, de Descartes puis de Newton (dont les recherches théologiques et alchimiques sont alors inconnues), qui les premiers ont donné la priorité à la raison et à l'expérience sur la Révélation divine et l'autorité religieuse. À la suite de John Locke et de Pierre Bayle, ils définissent une méthode critique pour réfuter les prétendues vérités révélées, comme la vie des saints ou les explications par le surnaturel. Ils en viennent du même coup à critiquer la monarchie de droit divin. > lire la suite

 

Révolution

Titre : Machiavel en France : Des Lumières à la Révolution

Auteur : Amady Aly Dieng (à propos d'un livre de Nizar Ben Saad)

Source : http://www.sudonline.sn

 

A la croisée de la critique littéraire et de l’histoire des idées, le livre de Nizar Ben Saad, docteur ès Langue, Littérature et Civilisation françaises et ancien chef du Département de français de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Sousse (Tunisie), redonne à l’œuvre de machiavel la place centrale qu’il eut pour le XVIIe siècle français. Loin d’être un traité que l’on peut envisager d’un bloc, Le Prince en particulier a pu servir de prétexte de condamnations religieuses ou rationalistes. Mais les Lumières ont aussi réhabilité Machiavel. Même, il a pu servir paradoxalement à un renouvellement politique dont la Révolution de 1789 a gardé l’empreinte. Tout en servant de livre synthétique de référence pour toute étude ultérieure qui se spécialiserait sur tel ou tel aspect de la « réception » de Machiavel, cet ouvrage est une passionnante et érudite traversée des idées politiques des Lumières (Michel Delon).
Une des caractéristiques du siècle des Lumières, comme l’a vu Emmanuel Kant, l’avènement du « penser par soi-même » : l’inauguration d’un nouveau rapport au savoir, fondé sur la raison critique qui accomplit sa tâche sans complaisance et crée de nouveaux concepts. En réclamant une liberté inconditionnelle, les hommes des Lumières partent en croisade contre la domination, conçue comme le mal absolu, en vue d’émanciper la raison de toutes normes contraignantes. > lire la suite

 

Rousseau

Titre : Politique de la pitié chez Rousseau

Auteur : Nicolas Martin

Source : http://www.sens-public.org

 

L’œuvre de Rousseau est à la fois et indissociablement une anthropologie, une morale et une politique. Son anthropologie, fondée sur la description de l’homme « à l’état naturel », fait comprendre que c’est l’état de société qui est à l’origine du mal sur la terre. Pour Rousseau, le mal social se présente quotidiennement à nos yeux sous les espèces de la misère, de la violence et de l’oppression. Son anthropologie est pour le moins désespérante : depuis la nuit des temps, quelques puissants, à l’abri des lois, exploitent l’immense majorité sans défense. Pourtant l’œuvre de Rousseau ne se borne pas à une simple dénonciation, si brillante soit-elle, de la réalité sociale. Comme le démontrent sa politique et sa morale, le règne universel de l’injustice n’est pas une fatalité. Car si Rousseau refuse d’admettre une quelconque « nature humaine » pouvant éventuellement fonder en raison une communauté d’hommes, c’est pour se donner les moyens de penser une communauté politique affective fondée sur un sentiment naturel : la pitié. > lire la suite

 

Voltaire

Titre : Voltaire. Il était à lui seul l’opinion publique

Auteur : Robert Redeker

Source : Marianne n°546, 6-12 octobre 2007

           Il y a bien eu un siècle de Voltaire comme il y a eu un siècle de Louis XIV. Le Régent ? Louis XV ? Louis XVI ? Effacés. Réduits à des seconds rôles. Devant la postérité, le vrai roi de son siècle, c’est lui, le poète, le dramaturge, le philosophe, François-Marie Arouet, devenu M. de Voltaire (1694-1778). Malgré les déboires, les humiliations, les disgrâces, en dépit de ses innombrables ennemis, des bastonnades et des autodafés, c’est lui qui sort vainqueur de son siècle. C’est lui qui donnera à son siècle son nom. Telle est la leçon du grand livre de Pierre Milza, une biographie d’historien plus haletante que le meilleur des romans : Voltaire (Pierre Milza, Voltaire, 2007, Perrin).

            Nous sommes le 30 mars 1778. Les manuels scolaires ont omis d’en faire une date de l’histoire de France. Et pourtant ? L’atmosphère de cette journée anticipe celle du printemps 1789. Peut-être même est-ce la première fois que cette atmosphère est perceptible avec autant d’évidence ? Aux portes de la mort, qu’il franchira dans quelques semaines, rentré de Ferney, Voltaire traverse Paris en carrosse pour se rendre à l’Académie. La foule – le peuple de Paris -  le reconnaît, l’acclame ; l’attelage ne se fraye un passage qu’avec peine au milieu de l’enthousiasme populaire. Des gens montent sur la galerie de la voiture afin de voir le héros. Les acclamations, les cris de joie n’ont fait que s’amplifier tout au long de la journée. Evénement immense, dont les funérailles d’Hugo seront un écho : pour la première fois un écrivain est fêté par une foule aussi nombreuse qu’admirative, pour la première fois une marée humaine acclame un écrivain. Ou plutôt : ce n’est pas autour de l’écrivain qu’elle se presse, mais de l’écrivain devenu intellectuel, le défenseur de Calas, du chevalier de La Barre, le pourfendeur des injustices et des barbaries. Le roi, ce n’est pas Louis XVI, le roi, pour cette foule, c’est Voltaire ! Toute une vie pour en arriver là. Toute une vie pour cette apothéose. Né sous Louis XIV, Voltaire s’éteint à la veille de la Révolution : son nom, ce printemps de 1778 le laisse deviner, va peser sur l’histoire.

            Nul n’est plus méconnu que Voltaire. L’ouvrage de Pierre Milza restitue l’écrivain dans sa complexe vérité : il y a loin en effet entre le poète mondain, dévoré par un insatiable besoin de reconnaissance, une ambition le traînant de cour en cour, et le premier intellectuel de l’histoire, celui qui tracera la voie à Hugo, à Zola et à Sartre. « L’intellectuel, a écrit Sartre, est quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». A savoir : le pouvoir. Exactement ce que sera le dernier Voltaire : quelqu’un qui se mêle du pouvoir. Le poète mondain des débuts n’aspirait qu’à briller devant le pouvoir, obtenir les faveurs des Princes, attirer le regard des monarques et de leurs favorites, fasciner Louis XV et Frédéric II jusqu’à prendre le risque d’être leur bouffon. L’intellectuel des dernières années, l’avocat des persécutés, au contraire, affronte directement le pouvoir. Milza en signale la grandeur : « ce qui fait sa grandeur (…) c’est le caractère solitaire de son entreprise Aucun parti, aucune force politique, aucune coterie derrière lui, pas même la maçonnerie ». L’affaire Calas fut un combat solitaire comme le sera, deux siècles plus tard, celui de Soljenitsyne. Les philosophes – Diderot, Rousseau – ne se sont pas rangés à son côté. Qu’à cela ne tienne ! Il s’appuiera sur l’opinion publique, que, de fait, il invente, et qu’il définit comme la voix publique : « je parle de cette voix, de toutes les honnêtes gens réunis qui réfléchissent, et qui, avec le temps, portent un jugement infaillible ». Appuyé sur l’opinion  publique il obtient la réhabilitation de Calas.  

            Rien de plus romanesque que sa vie ! Un trait, aux yeux de Milza, la caractérise : lorsqu’il est parvenu à son ambition, entrer dans l’intimité des Rois, briller à la cour du plus bel éclat, il commet invariablement quelque imprudence qui le précipite dans la disgrâce. C’est le ressort du roman, non ? Boudé, en représailles à ses incartades, par Louis XV, qui le fit auparavant officier de la chambre du roi et historiographe officiel, il se précipite à la cour du roi-philosophe, « le Salomon du Nord », Frédéric II de Prusse. Là, comme partout, il aurait pu jouir de sa situation, d’autant plus que le monarque lui vouait une amitié sincère. Il en arrive cependant à changer ce roi en ennemi. Avant de finir symbole pour toujours de la liberté d’expression, Voltaire aura tout été : brillant élève des jésuites à Louis-le-Grand, clerc de notaire, libertin dévergondé, courtisan à Versailles, tragédien aux succès instables, premier historien moderne, chambellan de Frédéric II, financier de haute volée, hobereau à Ferney, patriarche du parti des philosophes. Il aura tout connu : la gloire et l’infortune, l’exil et l’errance, l’amitié et la trahison, l’amour d’une femme qu’il tenait, non sans raisons, pour supérieure à lui, Emilie du Châtelet. Jusqu’aux guet-apens dignes de films de cape et d’épée commis par des coquins sur commande de nobles seigneurs, le chevalier de Rohan ou Frédéric II lui-même. Il aura été aimé, admiré, jalousé et haï comme personne. Il aura montré les mille facettes, dont certaines particulièrement déplaisantes, de sa personnalité. On le découvre à chaque page de cette biographie : autant qu’un siècle, Voltaire aura été un roman !  

            « Ecraser l’infâme » - cette formule revenant souvent sous sa plume constitue le fil rouge de sa vie. L’infâme : l’alliance despotique du trône et de l’autel, de la superstition et de la barbarie, dont le règne social passe par l’intimidation et la terreur. L’infâme : tout ce qui, issu du christianisme fait obstacle au progrès de l’humanité. Le chevalier de La Barre s’était rendu coupable d’abominables crimes : blasphème et impiété. Il fut condamné à avoir la langue coupée, la tête tranchée, le corps mutilé brûlé en même temps que le Dictionnaire Philosophique de Voltaire, œuvre diabolique qui avait été retrouvée dans son appartement. La France du siècle des Lumières est bien ce pays où l’infâme pousse à commettre de sang-froid « des barbaries qui feraient frémir des sauvages ivres ». L’infâme qui, à travers quelques prêtres sans scrupules, travaillèrent en vain à arracher au Voltaire à l’article de la mort une rétractation de ses impiétés et une profession de foi. Ne concluons pas cependant à l’athéisme de l’auteur de Candide. Adversaire des religions révélées, pourfendeur des fétichismes, Voltaire, ce qui l’opposait à Diderot, croyait sincèrement en Dieu – un Dieu horloger. En déiste, sans croire la Bible, ni l’Evangile.

            Voltaire n’a rien été de moins qu’un tournant de l’histoire. Avec lui commencent l’intellectuel et l’opinion publique. Partout dans le monde, il se dit : Voltaire, c’est la France. La France libératrice, la France émancipatrice, la France étendard des droits de l’homme. L’encre de Voltaire fut le berceau du message de la France au monde. Au-delà de l’hexagone, le mythe de la France et le mythe de Voltaire correspondent. Ainsi, au terme de son parcours, une mue intérieure suivie pas à pas par Milza, Voltaire était devenu plus que l’homme-siècle : l’homme, pour toujours et à tout jamais, au-delà de sa propre mort, symbole universel de la liberté. Les fanatismes égorgeurs trouveront toujours le souvenir de Voltaire sur leur route. Milza fait bien d’approuver, à la dernière ligne de son livre, l’appréciation d’Hugo : Voltaire, « l’homme qui est mort le 30 mai 1778 est mort immortel ». (Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.)

 

Ultras

Titre : Les ultras des lumières / Conférences

Auteur : Michel Onfray (résumés et docs. sonores)

Source : http://latotaliteindefinie.over-blog.com

 

Le titre même de ce cours annonce son contenu : le XVIIIème fut le siècle des «lumières» , métaphore dont Michel Onfray nous brosse l’origine, ce fut aussi un siècle d’obscurantisme, durant lequel se multiplient sectes, théories sans fondements, escrocs philosophiques, anti-philosophes… Les «lumières» officielles ont leurs limites: tâches d’ombre chez Voltaire, Diderot, Kant, Rousseau restés très conservateurs par certains cotés. A coté, on trouve les «ultras des lumières» qui s’autorisent à tout critiquer : Meslier, La Mettrie, Helvétius, D’Holbach, Sade.

Cela ne constitue pas une part avouée des «lumières» officielles. On trouve des salons cachés, des manuscrits clandestins, car on n’écrit pas librement sur la religion ou la monarchie ainsi apparaît une critique plus libre du catholicisme et le déisme. Les ultras font un siècle plus radical: athéisme, matérialisme, hédonisme révolutionnaire, communisme. > lire la suite

> pour acheter le livre de Michel Onfray : Contre-histoire de la philosophie - Volume 4 - Les ultras des Lumièr

 

 

 

27/12/2007

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