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Antiaméricanisme - Constitution européenne - Correspondance - Cosmopolitisme - Critique - Décadence - Engagement - Exil - Histoire - Impérialisme - Internationalisme - Islam - Marxisme - Politique - Progressisme - Québec - Religion - République - Vie quotidienne

 

 

Antiaméricanisme

Titre : Chronique. Semaine du 2 au 8 septembre 2002

Auteur : ?

Source : http://www.dedefensa.org

Philosophe(s) cité(s) : JeanFrançois Revel, Emmanuel Todd

 

Le débat Revel-Todd est bien significatif. Il se fait entre deux auteurs dont l'intelligence est au-dessus de tout soupçon. Il est significatif de la démarche française, en ce moment comme à tant d'autres moments. Dans les bruits du désordre de l'histoire lorsqu'elle menace de devenir chaos, les Français, — disons, les intellectuels français, c'est plus sûr, — prennent grand soin de poser leurs bardas, ou leurs stylos, et de s'asseoir, et de s'interpeller : causons, maintenant. Cela, après avoir écrit un livre ou avant d'écrire un livre ; et, si possible, devant des caméras de télévision.

En fait d'antiaméricanisme, ils n'en parlent pas vraiment. Ils parlent de l'Amérique, ce qui est un sujet honorable, ils parlent des erreurs ou, c'est selon, des qualités de l'Amérique, des critiques justes qu'on peut lui faire ou des calomnies qu'on déverse sur elle. Ils parlent de quelque chose qui est à la fois la cause et l'objet de l'antiaméricanisme, ils ne parlent pas de l'antiaméricanisme. Et ils parlent de ce quelque chose “à la française”, c'est-à-dire en voulant passionnément comprendre, c'est-à-dire, d'abord, en exposant leur propre méthodologie, leur propre humanisme, leur propre morale, c'est-à-dire, d'abord en parlant d'eux-mêmes ; puis, traçant un cadre approprié, “à la française”, qui soit leur reflet et leur miroir, où ils mettront l'objet de leur étude ainsi sorti du cadre naturel. Ensuite, ils excuseront ou condamneront, selon leurs propres règles bien plus que selon les mérites de l'objet de leur observation, en fonction des codes qui leur sont propres et communs, attentifs aux modes et aux consignes, tout cela éclairé brillamment, comme a giorno, par l'intelligence française. > suite

 

Titre : Misère de l'antiaméricanisme

Auteur : Jacques Julliard

Source : http://perso.wanadoo.fr/fromveur

Philosophe(s) cité(s) :

 

Pourquoi faut-il que depuis le début du siècle, une fois passé l'épisode glorieux de l'affaire Dreyfus, les intellectuels français se soient mis à choisir systématiquement le camp des ennemis de la liberté? Avec l'irruption de l'hyperterrorisme, le 11 septembre, la question est posée de nouveau avec acuité. Un tel entêtement dans l'erreur, avec il est vrai quelques exceptions, demande explication. Mais il faut savoir demeurer un moment dans la perplexité, de peur de prendre trop vite son parti de comportements aussi obscènes.
Voyons la chose. Après le fracas du World Trade Center, il ne se passe pas trois jours que ne retentisse à tous les coins de l'univers une seconde série d'explosions: celle de l'antiaméricanisme intellectuel. A vrai dire, rien de nouveau dans celui-ci. J'avais cru pouvoir naguère définir l'antiaméricanisme comme le socialisme des imbéciles. Je me trompais. Ou plutôt, ma définition, que je croyais fort large, était encore trop restrictive. Il y manquait la grande complainte de la frustration. Avec l'effondrement du marxisme, cette vieille chanson qui, un siècle durant, avait bercé le cœur des intellectuels, l'antiaméricanisme était devenu la valeur refuge de presque toute la classe éduquée, le négatif de toutes les espérances passées et - qui sait? - la pierre d'attente pour de nouvelles illusions. > suite

 

 

Titre : L'Essoufflement de la rancune: Cioran, les intellectuels français et l'Amérique.

Auteur : Stéphane Pillet

Source : http://linguaromana.byu.edu

Philosophe(s) cité(s) : Cioran, Beauvoir, Baudrillard

Le discours français sur les Etats-Unis est la chose du monde français la mieux partagée car il a le rare avantage de mettre tous les intellectuels français d’accord. Qu’ils soient de gauche ou de droite, une fois n’est pas coutume, ils se joignent à l’unisson pour partager la même vision, la plus souvent négative de l’Amérique. Certes la cible et l’approche varient mais l’attaque est générale. Il faut rappeler dès le départ que quelles que soient les couleurs politiques, les Français sont plutôt de tradition aristocratique et nourrissent une méfiance innée pour la démocratie à l’américaine, préférant une république à la française, autrement dit fondée sur l’excellence, comme tend à le prouver l’existence même du concours général pour ne citer qu’un exemple. > suite

 

Constitution européenne

Titre : Les intellectuels français entre un oui critique et un non hésitant

Auteur : Nicolas Weill

Source : http://multitudes.samizdat.net

Philosophe(s) cité(s) : divers

 

Jusqu’à présent, on les a peu vus, peu entendus. A croire que le débat autour de la Constitution européenne, qui agite depuis des semaines les milieux politiques, mais aussi les milieux syndicaux, n’inspire guère ceux que l’on appelle les intellectuels.

Seuls quelques-uns d’entre eux comme les philosophes Bernard-Henri Lévy et Sylviane Agacinski, l’ancien ministre et dissident polonais Bronislaw Geremek, l’écrivain Philippe Sollers, les historiens Pierre Rosanvallon et Alfred Grosser, le journaliste Jean Daniel se sont engagés franchement et publiquement. C’était il y a une semaine et c’était en faveur du oui, à l’occasion du lancement d’un comité de soutien à la campagne du PS (Le Monde du 23 mars). > suite

 

 

Titre : Les intellectuels et l'Europe

Auteur : Nicolas Weill

Source : http://www.u-blog.net/FulcanelliPolitik

Philosophe(s) cité(s) :

 

La  relative apathie des intellectuels français dans la campagne sur la Constitution tranche avec l'engagement de certains de leurs homologues étrangers.

Olivier Duhamel, ancien eurodéputé (socialiste) et ancien membre de la Convention sur la refondation européenne, ouverte le 21 mars 2002 et présidée par Valéry Giscard d'Estaing, voit à cela une explication : ils sont peu en France ceux qui, à l'instar du philosophe allemand Jürgen Habermas, placent les questions européennes au coeur même de leurs travaux et de leur réflexion.

"Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de l'Europe, était une personnalité à part, dans la mesure où il combinait les qualités d'intellectuel et d'entrepreneur", commente l'ancien conventionnel, professeur de droit à Sciences-Po et auteur de Pour l'Europe, la Constitution commentée et expliquée (Seuil, 2005). "Aujourd'hui, ajoute-t-il, les philosophes qui, comme Jean-Marc Ferry, formé d'ailleurs dans les universités allemandes, travaillent sur l'Europe constituent des exceptions." > suite

 

Correspondance

Titre : Correspondances d'intellectuels. Le cas des lettres d'Henri Lefebvre à Norbert Guterman (1935-1947)

Auteur : Michel Trébitsch

Source : http://www.ihtp.cnrs.fr

Philosophe(s) cité(s) : Henri Lefebvre, Norbert Guterman

Conservées dans les archives de Norbert Guterman, les 59 lettres que lui a envoyées Henri Lefebvre de 1935 à 1947 sont une source majeure sur une amitié intellectuelle et sur le cas assez rare d'une oeuvre à quatre mains. Elles sont aussi un document politique et un témoignage d'autant plus aigu sur les réseaux de sociabilité qu'il provient d'intellectuels marginalisés par l'instance académique comme par l'instance politique pour leur tentative d'élaborer un marxisme critique. Ce corpus est néanmoins incomplet et hétérogène : malgré nos recherches, nous ne disposons pas, sauf rares exceptions, des réponses de Norbert Guterman et sans doute pas non plus de la totalité des lettres d'Henri Lefebvre. Celles antérieures à 1935 ont disparu et une lacune de deux ans et demi sépare le premier ensemble, - 35 lettres d'octobre 1935 à mai 1936, soit plus de la moitié du total -, d'une lettre isolée de l'automne 1938 et de dix lettres d'avril à la fin août 1939. La collaboration directe entre les deux hommes s'arrête à cette date, mais si nous poursuivons l'analyse jusqu'en 1947, c'est parce que l'immédiat après-guerre et l'avant-guerre s'éclairent mutuellement. Perturbée, puis interrompue par la guerre (cinq cartes ou lettres de 1940 à 1942), la correspondance reprend en septembre 1944 et Lefebvre tentera jusqu'en 1947 (huit lettres) de rétablir cette collaboration. A partir de la guerre froide en revanche, les deux itinéraires divergent de plus en plus, même si la correspondance amicale se poursuit jusqu'à la mort de Norbert Guterman en 1984. > suite

 

Cosmopolitisme

Titre : Les intellectuels, la politique et la guerre

Auteur : Alain Finkielkraut

Source : http://www.amb-croatie.fr

Philosophe(s) cité(s) :

 

Quitte à lasser, il nous faut exiger inlassablement la justice et la liberté pour la Bosnie-Herzégovine, pour la Croatie et pour le Kosovo. Mais, préalablement à toute nouvelle action des intellectuels, il nous faut remettre chaque chose à sa place : la nation à son rang de réalité charnelle, le cosmopolitisme à son rang de valeur et de travail sur soi des nations.

DANS un entretien publié au printemps 1992 par la revue française Commentaire, l'historien et ancien dissident polonais Bronislaw Geremek nous adjurait, nous Européens de l'Ouest, de montrer un peu de compréhension pour le phénomène national. Inquiet de voir le mur du malentendu survivre au mur de Berlin, il nous criait : " N'ayez pas peur des nations ! " Rappelant que la victoire de la communauté civile sur le pouvoir totalitaire s'était accompagnée dans l'autre Europe d'une victoire de la nation sur l'empire, il demandait à tous les démocrates de ne pas abandonner " la défense de ce fort et légitime sentiment d'appartenance à une communauté naturelle aux courants extrémistes de type national-populiste ". > suite

 

Critique

Titre : De l’intellectuel critique à la critique intellectuelle (Esprit, mars 2000)

Auteur : Olivier Mongin, entretien avec Vincent Descombes

Source : http://perso.orange.fr/leuven

Philosophe(s) cité(s) : Divers

 

ESPRIT — Vincent Descombes, votre travail s’est engagé dans plusieurs directions depuis votre premier ouvrage publié en 1977, l’Inconscient malgré lui. Un premier aspect consiste en une généalogie critique du dis­cours intellectuel à la française, je pense particulièrement au Même et l’autre. Quarante-cinq ans de philosophie française (1933-1978) (1979), qui revient sur la philosophie hexagonale depuis la guerre, et à Philosophie par gros temps (1989), qui porte en partie sur la figure de l’intellectuel et du philosophe. Un autre aspect revient à jeter les bases, dans le sillage de Louis Dumont, d’une réflexion anthropologique portant sur les sociétés démocratiques. Si nous nous arrêtons d’abord sur votre généalogie critique, quelle est l’origine de votre critique du discours intellectuel français et quels en sont les ressorts ? Visiez-vous, vous qui avez longtemps enseigné de l’autre côté de l’Atlantique, une rhétorique à la française, des effets de langage spécifiques, des modalités de parole et de pensée fort singuliers ? Mais, au-delà de la dénonciation d’une certaine posture de l’intellectuel français, est-ce que vous ne vous en prenez pas particulièrement au personnage du philosophe ? Enfin, la critique radicale de la posture critique que vous proposez conduit-elle à renoncer à toute posture critique ? N’y aurait-il donc d’autre choix qu’entre la posture critique ou le scepticisme généralisé ?

Vincent DESCOMBES — Partons justement de ces deux termes, celui d’intellectuel et celui de philosophe. Philosophie par gros temps met en scène deux personnages — l’homme moderne qui lit son journal et le philosophe qui voudrait être un « superlecteur » de ce même jour­nal — dans le but de savoir précisément si ces deux termes de philo­sophe et d’intellectuel se confondent ou s’ils doivent être distingués. Ce qui me conduit à rappeler qu’à une époque de notre histoire, celle des Lumières, on a appelé philosophes des gens qu’on appellerait maintenant intellectuels. Mais il faut préciser : on appelle des gens philosophes au moment des Lumières non pas parce qu’ils construi­sent des systèmes de philosophie, non pas parce qu’ils sont des philo­sophes de métier, mais en raison de leurs opinions et surtout de leur attitude progressiste, de leurs idéaux de raison et de tolérance.
C’est de ce constat que je suis parti. Du point de vue du métier de philosophe, nous sommes obligés de faire une différence entre celui qui est favorable aux idées modernes et se trouve par là même du bon côté de l’histoire, et celui qui se livre à l’activité philosophique. Autrement dit, pour être philosophe, il faut faire de la philosophie et pas seulement avoir des idées bonnes. Une fois établie cette distinction nécessaire entre intellectuel et philosophe, il devient concevable que certains philosophes espèrent bénéficier d’une espèce de privilège parmi les intellectuels, privilège qu’ils devraient cette fois-ci à la philosophie entendue au sens le plus ardu, le plus spéculatif. C’est ce que donne à penser une certaine figure, construite moins chez Hegel que chez les jeunes hégéliens, de quelqu’un qui est un intellectuel parce qu’il commente l’actualité à l’aide de catégories métaphysiques, parce qu’il manie avec plus ou moins d’habileté un vocabulaire spéculatif qui impressionne, tout en traitant des mêmes sujets que d’autres intellectuels, historiens, écrivains, et que le tout-venant — n’importe qui. > suite

 

Décadence

Titre : Grandeur ou décadence des intellectuels français

Auteur : Dominique Dhombres

Source : www.race.nuca.ie.ufrj.br

Philosophe(s) cité(s) : Régis Debray

 

À intervalles réguliers, la fin des intellectuels est annoncée. A chaque fois, la disparition de l'espèce serait prochaine. Les intellectuels français, dit-on, n'ont pas fait ce qu'ils auraient dû faire. Ils se sont mal conduits, se sont trompés, ils ont trahi. Et ils vont disparaître. Il existe selon les époques de notables variantes, mais la mélodie demeure semblable. On se souvient, par exemple, de Julien Benda fustigeant La Trahison des clercs (1927) ou de Jean-François Lyotard préparant un Tombeau pour l'intellectuel (1984). Tout récemment, l'historien Pierre Nora, en tête du numéro qui fêtait les vingt ans de la revue Le Débat, intitulait son article «Adieu aux intellectuels?»
C'est à présent Régis Debray qui diagnostique leur fin prochaine. Cette extinction, toujours jugée imminente, ne s'est jamais produite. Depuis qu'en France des écrivains se sont mêlés de vérité, de justice et de politique, il s'est toujours trouvé quelques-uns des leurs pour continuer. De l'affaire Dreyfus aux luttes pour les sans-papiers, en passant par mille autres combats retentissants ou obscurs, les intellectuels persistent. Et lls signent, évidemment, des manifestes, des pétitions, des tribunes. Tout comme ils organisent des manifestations, des meetings ou des comités. Il s'agit là d'une vieille invention française. Comme chacun sait, elle trouve ses commencements, avant même le «J'accuse » de Zola, chez le Voltaire de l'affaire Calas et les prises de parti de Diderot et des Encyclopédistes. Ceux que l'on nomme « intellectuels », dans ce contexte, ne sont donc pas tous les individus qui font métier de chercheurs et d'enseignants. Parmi ceux qui travallient aux choses de l'esprit, on a dénommé «intellectuels », en France, ceux qui interviennent dans le débat public, en particulier dans les questions morales et politiques, en prenant appui sur leur notoriété. Ceux-là, comme disait Sartre, «se mêlent de ce qui ne les regarde pas ». > suite

 

Engagement

Titre : Analyse des formes d’engagement des intellectuels français. Les cas de Aron, Sartre et Foucault

Auteur : Zhu Xiaohan

Source : http://www.antenne-pekin.com

Philosophe(s) cité(s) : Aron, Sartre, Foucault

 

Depuis l’affaire Dreyfus, qui marque l’entrée de la France dans le vingtième siècle, et la « naissance » de la catégorie « intellectuels », jusqu’au début des années 1980, qui voient la disparition de Sartre, Aron, et Foucault, les intellectuels français ont exercé une grande influence dans leur société. Aucun autre pays n’a vu un tel rôle dévolu à des hommes de culture ou de science. En France, depuis la fin des années 1980, les interrogations sur la crise et la « fin des intellectuels » ont suscité dans le champ historique français un nombre important de recherches sur les formes d’engagement des intellectuels français [Sirinelli, Winock, Ory, Julliard, Nora, Le Goff , Charle, Mandrou…]. Ces travaux d’historiens français posent plusieurs interrogations : si la naissance des intellectuels français est souvent datée de l’affaire Dreyfus, ne peut-on cependant dégager une tradition d’engagement intellectuel plus ancienne, présente dès l’Ancien Régime ? Quelles sont les différentes formes d’engagement des intellectuels français ? Dans l’histoire française, quelles conséquences ont eu ces différentes formes d’engagement ? Si l’on insiste en général sur les effets positifs de l’intervention des intellectuels dans la société, ne faut-il pas également s’interroger sur les insuffisances, les manques de ce modèle d’intervention ? > suite

 

 

Exil

Titre : Des hommes entre plusieurs mondes. Étude sur une situation d'exil. Intellectuels français réfugiés aux États-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale

Auteur : Laurent Jeanpierre

Source : http://actualites.ehess.fr

Philosophe(s) cité(s) : André Maurois, Jules Romains, Claude Lévi-Strauss, Georges Gurvitch

 

L'objet de cette enquête est d'analyser une situation migratoire particulière, celle d'un exil consécutif à une crise politique, à partir du cas des intellectuels français réfugiés aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Envisagé ici comme fait social total, l'exil est étudié dans toutes ses dimensions, des conditions sociales et des contraintes juridico-politiques qui l'ont rendu possible et qui définissent ses contours généraux, sa composition sociale notamment, (première partie) aux formes que prend l'activité politique en exil (deuxième partie), des différents secteurs sociaux qui le composent et de leurs rapports (troisième partie) à ses conséquences à plusieurs échelles, pour les trajectoires sociales des exilés, au plan national ainsi que pour les relations internationales (quatrième partie). Tous ces aspects sont interdépendants : la situation d'exil est construite comme inscrite dans un espace social spécifique, relativement autonome par rapport aux pays d'origine et de départ, espace à la fois national et trans-national, mettant en relations plusieurs groupes d'émigrés eux-mêmes distribués dans des espaces sociaux, notamment professionnels, aux frontières plus ou moins cloisonnées, aux normes plus ou moins contraignantes, abritant des comportements et des pratiques oscillant entre la rupture avec les habitudes acquises avant le départ et, au contraire, le maintien de celles-ci. > suite
 

Titre : Les intellectuels français en exil aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale : aller et retour

Auteur : Anne-Marie Duranton-Cabrol

Source : http://www.persee.fr

Philosophe(s) cité(s) : divers

 

L'exil des intellectuels français aux Etats-Unis est une réalité qui a beaucoup tardé à être prise ne compte en France. Y aurait-il eu oubli et pourquoi ? > suite

 

Histoire

Titre : Groupe de recherche sur l'histoire des intellectuels (GRHI)

Auteur : GRHI

Source : http://www.ihtp.cnrs.fr

Philosophe(s) cité(s) : Michel Winock, Pierre Bourdieu, etc.

 

L'histoire des intellectuels, qui s'est constituée en France comme champ de recherche spécifique il y a une quinzaine d'années, a donné lieu à de nombreuses recherches, individuelles et collectives, autour de Jean-François Sirinelli, Michel Winock, Pierre Bourdieu, Christophe Charle, Jacques Julliard, Christophe Prochasson. L'évolution du Groupe de recherche sur l'histoire des intellectuels (GRHI), fondé en 1985, reflète assez bien cette histoire ; ouvert à la pluridisciplinarité et à la diversité méthodologique, il a cherché à s'affranchir des apories d'une historiographie française souvent trop hexagonale. Formé d'un noyau initial d'une quinzaine de chercheurs, le GRHI, sous la direction de Nicole Racine (directeur de recherche au CEVIPOF) et Michel Trebitsch (chargé de recherches à l'IHTP), s'est progressivement élargi à des étudiants de 3e cycle et des doctorants, à des collègues de province et de l'étranger, pour former désormais un réseau de recherche en relation avec 150 chercheurs, qui a établi des coopérations avec d'autres institutions et groupes de recherche. Aux réunions mensuelles de 20 à 30 participants s'ajoutent désormais plusieurs projets de recherche thématiques et une activité de diffusion de l'information scientifique. > suite

 

Impérialisme

Titre : Bêtisier impérial, les intellectuels «moraux». Operation « Bullshit Unlimited »

Auteur : Daniel Bensaïd

Source : http://www.alencontre.org

Philosophe(s) cité(s) : Jean Baudrillard, Monique Canto-Sperber, Stéphane Courtois, Alain Fienkielkraut, Claude Lanzmann, etc.

 

Hier encore, les intellectuels français (les I.F. selon la nomenclature de Régis Debray) débordaient de réserves compassionnelles. De la Bosnie à la Tchétchénie en passant par le Kosovo, ils se multipliaient sur tous les fronts du désordre mondial. Leur silence devant la croisade impériale en Afghanistan et devant la politique criminelle du gouvernement Sharon en Palestine n'en est que plus assourdissant. Cette démission peu glorieuse n'est hélas pas sans rapport avec la faiblesse relative des mobilisations anti-guerre en France, par comparaison avec les manifestations qui ont eu lieu depuis le 7 octobre dans la plupart des grands pays européens.

Elle sanctionne une débâcle idéologique commencée dès la fin des années 70 avec la montée en puissance médiatique de la « nouvelle philosophie ». Déjà, « l'homme blanc » commençait à ravaler ses sanglots, à faire ses adieux à l'anti-colonialisme d'antan, à monter au créneau de l'anti-totalitarisme au nom de la démocratie vertueuse occidentale. Cette conversion en masse n'a pas eu lieu dans les mêmes proportions en Angleterre ou en Italie. Le test de la guerre en Afghanistan permet de mesurer l'ampleur des dégâts et les conséquences de cette capitulation de la pensée critique, parfaitement résumée par le leitmotiv de Bernard-Henri Lévy dans son bloc-notes du point : chercher à comprendre, c'est commencer à justifier. De crainte de justifier, il faudrait donc renoncer à comprendre. Circulez : il n'y a plus rien à comprendre. Tous les efforts consentis pour comprendre les âneries de BHL, d'Alain Minc ou de Jacques Julliard ne suffiront pourtant jamais à les justifier ! D'où vient, demandait le subtil Pascal, qu'un esprit boiteux nous irrite alors qu'un boiteux ne nous irrite point ? C'est, répondait-il qu'un boiteux sait fort bien qu'il boite, alors qu'un esprit boiteux l'ignore. > suite

 

Internationalisme

Titre : Internationalisme, universalisme et cosmopolitisme : les représentations du monde dans les milieux intellectuels français, d'une guerre à l'autre

Auteur : Michel Trébitsch

Source : http://www.ihtp.cnrs.fr

Philosophe(s) cité(s) : Nizan, Lefebvre, Morand, etc.

« We are the World ! Nous sommes le Monde ! », lançait au moment de la chute du Mur de Berlin une brochette de chanteurs de rock internationaux, vingt ans après Woodstock, deux cents ans après que la Révolution eut proclamé : « Nous sommes l'Humanité ! ». Faut-il avouer que c'est cet épisode dérisoire de la world music naissante qui a déclenché une réflexion, déjà esquissée ailleurs, sur la conscience mondiale comme forme fondamentale de la modernité.. Si des expressions telles que « nouvel ordre économique international » (NOI), des métaphores comme « conflits régionaux » qualifiant de régions du globe des ensembles nationaux, des thèmes écologiques de défense du patrimoine planétaire sont entrés dans le langage courant, ne le doit-on pas plus aux chansons de rock ou aux publicités pour Coca-Cola qu'aux discours politiques et culturels des « décideurs » ? Une interrogation de même nature peut se formuler pour l'entre-deux-guerres. Du 14 juillet 1919 au 14 juillet 1935, de la grande fête de la victoire aux manifestations politiques des années trente, les trois événements internationaux qui ont le plus mobilisé les foules sont l'arrivée à Paris du président Wilson, le match de boxe Carpentier-Dempsey et surtout l'arrivée au Bourget le 21 mai 1927 de Charles Lindbergh, le « nouveau Christ » du XXe siècle, accueilli par des grappes humaines dont la fascination ne sera jamais égalée, même pas lorsque les astronautes américains mettront le pied sur la Lune. En plein regain des nationalismes, une nouvelle vision du monde commence à pénétrer l'ensemble de la société française, sous les formes sommaires et travesties de la culture de masse naissante. > suite

 

Islam

Titre : A propos d’Edward Saïd, des tiers-mondismes et du discours sur l’Islam en France

Auteur : Houari Bouissa

Source : http://oumma.com

Philosophe(s) cité(s) : Edward Saïd, Olivier Mongin, Pascal Bruckner

Dans un précédent article consacré, à l’intellectuel musulman1, j’évoquais le rôle de l’ouvrage d’Edward Saïd dans le discours des intellectuels en France, je soumettais l’idée que le livre du professeur américain d’origine palestinienne avait sans doute créé une rupture idéologique entre l’Orient et l’Occident, particulièrement nette dans le discours des intellectuels français. Je me doutais que cette affirmation allait sans doute créer des réactions affectives, et particulièrement vives dans le monde arabe. Cependant, le travail de l‘historien est surtout de raisonner à partir des faits et non pas seulement à partir des objectifs et des intentions des auteurs, afin de faire abstraction des réactions trop émotionnelles. Aussi, est-il bon de revenir sur la chronologie du discours des intellectuels français sur l’Islam et de l’influence du livre d’Edward Saïd sur les réactions d’une partie de l’intelligentsia française, ce qui nous permettra sans doute de clarifier certains aspects que nous n’avons pas pu développer auparavant. La problématique de l’Islam, qui se développe au début des années 1980, a amené à une double rupture marquée par la fin du discours tiers mondiste et la remise en cause de l’orientalisme traditionnel. > suite

 

Marxisme

Titre : Henri Lefebvre, Critique of Everyday Life. Volume III. (1981). Vingt ans après.

Auteur : Michel Trebitsch

Source : http://www.ihtp.cnrs.fr

Philosophe(s) cité(s) : Henri Lefebvre, divers

 

Ce livre est un adieu – et d’abord pour Henri Lefebvre lui-même, puisqu’il vient clore un long cycle, qui n’avait rien de planifié à l’origine, menant du premier volume de Critique de la vie quotidienne, publié en 1947, à ce troisième volume, qui date de 1981. Le philosophe, qui a pris sa retraite en 1973, disparaîtra dix ans plus tard, à l’âge de 90 ans. Comment mieux dire qu’à travers ces trois volumes, c’est près d’un demi-siècle d’histoire intellectuelle que l’on parcourt, surtout si l’on ajoute, d’un côté, que le questionnement d’Henri Lefebvre s’inspire de pistes théoriques remontant à l’avant-guerre et, de l’autre côté, qu’il faut évidemment adjoindre à cet ensemble, sans même parler d’un certain nombre d’articles, un des livres emblématiques des années 1968, La Vie quotidienne dans le monde moderne.

Voilà pourquoi cette préface ne sera pas seulement – comme pour les deux précédents volumes – une présentation ou plutôt une mise en contexte, les décennies séparant chacun des ouvrages étant si lourdement chargées de bouleversements historiques. Ici, rien de moins simple que de faire le saut entre ces années 1968, postérieures au 2e volume, et, pour s’en tenir à la France, l’arrivée de la gauche au pouvoir, contemporaine de ce livre-ci, sans même parler des effondrements qui s’esquissent à l’Est avec les événements polonais. Mais il faut aller plus loin, il aurait peut-être fallu le faire dans les précédentes préfaces, en pensant non seulement au contexte, à la reconstitution des conditions de production de chacun de ces ouvrages pris à part, mais aussi aux effets qu’ils ont pu produire, c’est-à-dire aux conditions de leur réception. Ainsi, on le sait bien, c’est le premier volume de Critique de la vie quotidienne qui a eu l’effet essentiel sur Cobra, puis sur les situationnistes, et le second volume (pourtant fort théorique, et même abstrait), directement contemporain des relations les plus étroites avec ces derniers, a donc été lu par eux comme une confirmation de l’appel à la révolution totale qu’ils avaient cru déchiffrer dans le premier et dans les textes de Lefebvre qu’ils considérèrent d’abord comme de vrais manifestes, notamment sur le « romantisme révolutionnaire ». C’est pourquoi il n’est pas inutile de revenir sur ce qui est en fait au cœur de la réception de la conception lefebvrienne du quotidien, la relation étroite entretenue entre cet effort de conceptualisation et une partie de la « pensée 68 », celle précisément qui échappe – tant ils sont obsédés par l’anti-humanisme – à l’analyse si unilatérale de Luc Ferry et Alain Renaut. Surtout, il faudra prolonger cette réflexion en essayant de comprendre l’évolution qui mène Henri Lefebvre de la « critique radicale » des années 1960, à la posture plus complexe, même si elle est toujours marquée par le besoin de radicalité critique, qui caractérise les années 1980. > suite

 

Politique

Titre : Les intellectuels dans le Maitron. Essai de typologie

Auteur : Michel Trébitsch

Source : http://www.ihtp.cnrs.fr

Philosophe(s) cité(s) : Jean Maitron, Pierre Bourdieu, etc.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, Bergson a été chargé par le gouvernement français de deux missions auprès du président des Etats-Unis, Woodrow Wilson. L'une comme l'autre ont eu lieu à des moments critiques, l'entrée en guerre des Etats-Unis (printemps 1917), la sortie de la Russie par la paix de Brest-Litovsk (août 1918). Quels qu'aient été les objectifs et les résultats de ces missions, ce qui importe, y compris pour les contemporains, c'est la dimension symbolique du tête-à-tête. Entre «l'homme de vérité» et l'homme d'action, entre Bergson et Wilson, se rejoue la scène primitive de la rencontre entre le «philosophe-roi» et le «roi-philosophe». On voit bien ce qui les lie, ce qui rend possible leur communication. Ils sont du même monde des lettrés, du même milieu académique. Qui plus est, le philosophe, dont la fonction est de reconstruire le monde, magnifie le politique dont l'idéal de paix et de «Ligue des nations» déferla sur l'Europe en 1918 comme un grandiose «fait lyrique», selon le mot de Jean-Richard Bloch.
Mais il faut aussi examiner ce qui distingue le «roi-philosophe» du «philosophe-roi», analyser ce que signifie cette différence dans l'ordre des mots. C'est cette interrogation qui, d'une certaine manière, a guidé toute notre enquête sur les «intellectuels du Maitron». Autrement dit, c'est en saisissant les intellectuels sur le vif de leur rapport au politique qu'on a voulu tenter d'analyser en quoi consiste la démarcation entre le champ intellectuel et le champ politique. En regroupant sous la désignation d'«intellectuels engagés», par commodité et parce que l'expression est d'époque, des formes diverses de militantisme et de compagnonnage aux côtés du «mouvement ouvrier», on est parti de l'hypothèse que l'intervention des intellectuels dans le champ politique est par définition métapolitique. C'est-à-dire qu'il s'agit certes d'un engagement, scellé par des prises de position et de responsabilité publiques, mais qu'il se distingue, par ses formes comme par ses contenus, de l'action proprement politique, a fortiori de la politique professionnelle. Echappera-t-on, par cet angle de vue, à l'interminable débat sur la définition et sur le comptage des intellectuels ? Le Maitron, avec ses imperfections et ses lacunes, offre ici une masse documentaire sans égale, à condition de ne pas en faire un instrument statistique trop trompeusement exact, mais une base quantitative suffisante pour lire l'histoire des intellectuels comme une histoire des représentations autant qu'une histoire politique ou sociale.
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Progressisme (1)

Titre : Crime d'Etat : la récidive

Auteur : Didier Moulinier

Source : Jean-Claude Milner, L'Archéologie d'un échec, 1950-1993, Seuil, 1993

Philosophe(s) cité(s) : Sartre, Althusser, divers

 

L'affaire du sang contaminé fut un crime d'Etat, scandaleusement occulté, non seulement par les gouvernements successifs mais aussi par la justice elle-même. A cela il y a une raison : ce ne fut pas seulement un crime d'Etat, en vérité, mais un crime idéologique. Jean-Claude Milner y voit une conséquence de ce qu'il appelle le "progressisme", en tant qu'il est "devenu, au sens propre, une figure criminelle". Le progressisme, c'est-à-dire l'habitude du raisonnement massif, basé sur la méconnaissance des compétences positives, et l'incapacité à regarder les données empiriques autrement que par le filtre du discours social se voulant rassurant. Le pouvoir devient aveugle à force de refléter la société et de prétendre servir les intérêts du peuple. Impudence morale et idéologique qui se joint à l'imprudence proprement politique des responsables, puisque la théorie du reflet les dispense par avance de toute culpabilité : "responsable mais pas coupable", puisqu'aussi bien nous sommes tous coupables... C'est cette vague philosophie et cette bonne conscience à toute épreuve qui tiennent lieu, en France, depuis maintenant fort longtemps, de doctrine politique officielle. Or, tout crime suppose un sujet ; le fait que l'Etat ne reconnaissance pas sa faute engage et entache par contre-coup la philosophie sociale qui justifie son existence. Le progressisme, justement, sous sa forme néo-libérale faisant suite à sa forme socialiste (avec laquelle elle fait, plus exactement, système). Dix ans plus tard les mêmes causes produisent malheureusement les mêmes effets : le mépris des compétences spécifiques, en l'occurrence la paupérisation du savoir et des instances médicales sous le gouvernement Raffarin s'est traduit par la mort de quelques 15000 personnes âgées, à l'occasion (et non à cause) de la canicule de l'été 2003. Le plus incroyable dans cette affaire en tout point comparable à celle du sang contaminé, c'est que la démission du gouvernement dans son ensemble n'a été réclamée par personne : bien au contraire "nous" en sommes venus à compatir, pas tant avec les victimes qu'avec les responsables manifestes de ce crime (homicide par imprudence, pour le moins), à savoir l'Etat lui-même. Celui-ci nous a tellement convaincu que ses décisions étaient nécessairement les nôtres, que ses fautes par conséquent étaient aussi les nôtres ! Le discours médiatique s'est joint complaisamment aux déclarations officielles pour rejeter la faute sur les familles, particulièrement, et sur la société civile en général, noyant le tout dans un appel à davantage de solidarité à l'égard des personnes âgées et des handicapés. Il ne faut pas trop espérer une auto-critique des gouvernements ; la justice, quant à elle, jugera les responsables intermédiaires, les gérants des maisons de retraite... Mais ce que la bonne conscience intellectuelle ne songera nullement à condamner, c'est cette affreuse mentalité qui nous fait accepter tout ce qui provient de l'Etat, même le pire, même finalement ce que l'on s'accorde à dénoncer. Croyance quasi-superstitieuse selon laquelle l'Etat et le gouvernement ont toujours raison, finalement, même si l'on juge que les choix politiques sont mauvais. L'impunité du Crime s'explique par cette tradition philosophique française, véritable idéologie d'Etat, qui identifie ce dernier (ainsi que son Chef) au lieu ultime de la Très-Précieuse Vérité. Voilà pour le Crime.

Les interlocuteurs d'élection du progressisme sont les intellectuels, les Lettrés en général, répartis autour de deux pôles d'institution : l'Université et la Littérature. Il fut un temps où le discours politique de la république radicale - prenons le cas d'Alain, par exemple - s'adressait plutôt à la petite bourgeoisie laborieuse, elle-même lettrée il est vrai. Mais le progressisme est plus particulièrement lié aux institutions d'enseignement ; il concerne majoritairement les agents et les patients de l'école et de l'université. Pour autant l'on ne saurait parler d'une idéologie corporative puisque le progressisme, en tant que discours essentiellement social, vise à l'universalisme : il a suffit de faire en sorte que rien de l'école, ou de l'université, ne ressortisse du métier ni de l'institution. Etre professeur, cela peut représenter pour certains une vocation, mais pour l'intellectuel ce n'est rien qu'un pis-aller. Tel est du moins le modèle que Sartre a réussi à imposer au progressisme 50 tout entier et, par là, à l'ensemble des Lettrés. "Un sujet ne mérite d'être dit intellectuel, énonce Milner, que dans la mesure stricte où il ne tombe pas sous la loi du métier". L'écrivain, le romancier pour être plus précis, sera l'essence de l'intellectuel. Etant comme tel sans métier, il sera d'autant mieux prédisposé à trahir sa classe d'origine au bénéfice de la classe populaire. Son mode d'existence passera même le modèle secret de la société parfaite : une société égalitaire et délivrée du poids du travail. A ces sujets censément désarrimés, le progressisme dans sa version 1950 propose rien de moins que la Révolution, mais il la propose dans son style propre, qui est la transaction, soit une forme de commerce. Il pose tout simplement qu'un écrivain, en tant qu'écrivain, qu'un savant, en tant que savant, a tout intérêt à la victoire de la Révolution, indépendamment des préférences politiques des intéressés. Cela signifie que l'Art et le savoir sont a priori du côté de la Révolution. En bref, le progressisme tient que les écrivains, artistes, savants sont constitutivement progressistes. Implicitement ou non, le progressisme des intellectuels suppose que le pouvoir d'Etat soit non seulement distant, mais par définition hostile. Or, par la magie d'une transaction réussie, il advint en 1981 un Pouvoir se réclamant ouvertement des intellectuels et du progressisme (ce qui revient au même). En bonne logique, il aurait fallu que les intellectuels eussent un poids matériel qui leur permît de soutenir un éventuel affrontement avec les politiques. Mais rien de tel n'existait plus. Le pouvoir devenait progressiste aux temps d'une dépossession des intellectuels comme sujets indépendants. Le pouvoir intellectuel fut massivement transféré aux journalistes, lesquels depuis passent pour des intellectuels (du moins auprès de ceux qui ne le sont pas). La puissance des journalistes ne doit rien à leur compétence ni à leur éthique professionnelle ; elle doit tout à la position historique des intellectuels, à condition que tout discours intellectuel indépendant du Journal (soi-disant reflet de la réalité) soit écarté. Politiquement, les intellectuels n'avaient compté dans le progressisme 50 que par le pouvoir qu'ils avaient de faire honte aux politiques parlementaires. Or, ce maigre pouvoir, ils l'ont perdu en 1981 à cause du développement du progressisme lui-même. Mais comme ils se sont voulus, en tant qu'intellectuels, sans position institutionnelle, sans aucun savoir spécifique, ils ont supprimé tout contre-pouvoir aux divers appareils administratifs et économiques ; ils se sont dépouillés eux-mêmes de toute possibilité de résistance à l'encontre du pouvoir médiatique. Les gestionnaires les ont désormais traités comme un gibier voué à la domestication. Le mépris à l'égard des professeurs, par exemple, n'était pas incompatible avec une révérence affichée à l'égard des intellectuels, récupérés par le Journal. Pareille description vaut des Arts et du Livre, de la "culture" en général. Les victimes de ce système furent les intellectuels eux-mêmes, en tant que possesseurs d'un savoir particulier, mais aussi les artistes, comme sujet de pratiques spécifiques - le tout au bénéfice de l'intellectuel indistinct dont le concept relève purement d'une idéologie sociale "à la française".

 

De la Révolution, le progressiste années 50 attendait qu'elle transige avec la réalité telle que le Journal peut la représenter : "la réalité, c'est ce dont parle le Journal". La pratique du sujet transactionnel prend donc une forme d'élection : la conquête du Journal, passant par la soumission au Journal et à ses règles. Le progressiste attend de la Réalité qu'elle transige avec la Révolution, mais une Révolution elle-même transigeante. Et puisque la réalité c'est ce dont parle le Journal, il faut bien que le Journal transige avec la Révolution en tant qu'elle intègre elle-même les lois du Journal. Cet amalgame transactionnel du journalisme progressiste et de la Révolution se matérialisa par exemple, bien avant l'épisode 1981, par le quotidien Libération ou l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, puis il se dilua dans nombre de publications toujours plus soumises aux lois (elles-mêmes transactionnelles, il est vrai) de la publicité et de la Mode. Dans le même temps, les publications spécialisées (artistiques et scientifiques) furent rarement complices du progressisme, protégées par leur confidentialité même. Ni destinées aux intellectuels, ni écrites par eux, la plupart des revues d'art ou de poésie des années 60 à 80 (sauf Art Press ou Tel Quel, naturellement), dont certaines particulièrement intransigeantes, se sont tenues en marge du progressisme comme de toute idéologie. Mais précisément le média d'élection de l'intellectuel progressiste est le journal, non la revue. Il en va d'une nécessité structurale, telle qu'un intellectuel, de par sa nature même d'intellectuel indistinct, est censé s'adresser au plus grand nombre. Ici encore, le modèle philosophique d'une telle structure saute aux yeux. Or l'on peut se demander, à le lire, si Milner est bien conscient de ce fait. Il tend à nous présenter le progressisme comme une idéologie essentiellement sociale en supposant qu'elle atteignait réellement sa cible, soit la totalité du social ou même seulement de la culture. Or nous venons de rappeler que ce n'était nullement le cas, et pas seulement chez les tenants, certes toujours vivaces, de l'anti-progressisme réactionnaire. Pas chez les artistes et les poètes contemporains, en tout cas, qui se gaussaient ouvertement de Sartre, d'Althusser ou de Barthes, et qui aujourd'hui savent quoi penser des Glucksmann,  Lévy et autres Finkielkraut. Or la méconnaissance du contemporain, c'est précisément la tare héréditaire des intellectuels en tant qu'ils font essentiellement système avec la Mode. L'aveuglement de Milner, en tant qu'intellectuel lui-même et universitaire, c'est peut-être de croire encore que toute production intellectuelle, savante ou artistique, voire toute pratique politique était marquée du sceau progressiste - en quoi il commet la faute de tout philosophe (même de tendance "anti-philosophico-lacanienne", dans son cas), à savoir la désinformation.

 

 

Progressisme (2)

Titre : Fuir la France ?

Auteur : Didier Moulinier

Source : Jean-Claude Milner, Existe-il une vie intellectuelle en France ?, Verdier, 2002

Philosophe(s) cité(s) :

 

Dans un texte bref écrit au vitriol, définitif et (im)pertinent, J.-C. Milner veut en découdre avec le préjugé selon lequel la France abriterait "naturellement" une vie intellectuelle intense, serait même la référence obligée de toute activité intellectuelle à l'échelle européenne et mondiale. Sa thèse prétend exactement l'inverse, à savoir que l'existence d'une vie intellectuelle en France a toujours été une exception, le produit d'un concours de circonstances lié à une stratégie politique de légitimation du pouvoir. Témoin, la Troisième République. Il s'agissait, comme le rappelle Milner, d'établir une République dans un pays qui lui était naturellement hostile. Contre les préjugés et privilèges des classes possédantes, contre les forces réactionnaires d'obédiences diverses (orléanisme, bonapartisme, etc.) elle dut forger de toutes pièces une classe d'experts capable de gouverner selon un programme ambitieux et inédit. Le modèle intellectuel de la Contre-Réforme, basé sur le conservatisme du sens commun, fut ébranlé au profit de valeurs empruntées aux nations réformées, en particulier la liberté des études et des savoirs, la réflexion personnelle maîtrisée et informée (la "dissertation"), bref tout le bâti de ce qui s'appelait et s'appelle encore "Université". Une nouvelle bourgeoise apparut, lettrée et salariée, entièrement dévolue à la République. Il n'empêche que ce corps nouvellement constitué ne reflétait en rien la réalité sociale de la France, encore largement catholique et anti-républicaine. C'est cet écart, cette non-expression de la société par le Pouvoir qui précisément fit naître et justifia une "vie intellectuelle" intense, celle-ci servant d'appoint - volontiers critique, mais avec un accord de principe - à celui-là. Le travail intellectuel était politiquement soutenu, justifié, alors qu'il ne l'est jamais naturellement par la seule utilité sociale. Aujourd'hui, en France, nous sommes revenus à une situation beaucoup plus défavorable aux intellectuels, tout simplement à cause du consensus voulu entre l'Etat et la société, le fait que le premier tend à refléter la seconde ou du moins le prétend ouvertement (symptôme Raffarin). D'abord la forme République n'est plus soumise à discussion, elle fait partie des meubles. Ensuite, à cause des grandes peurs que représentèrent la 2è guerre mondiale, la guerre d'Algérie et enfin Mai 68, le thème (mittérandien) de la réconciliation fit suite à la conviction (giscardienne) que "la France veut être gouvernée au centre". Mais plus radicalement, "est désormais admis l'axiome politique : tout dispositif de gouvernementalité peut et doit refléter la société" (p. 27), faute de quoi il se condamne à l'illégitimité et s'expose à la contestation populaire. La "démocratie" prête volontiers son nom de cette relation de reflet qui fait figure de doctrine politique. D'où la conclusion de Milner : là où la société française règne, toute vie intellectuelle meurt. Si les intellectuels ne servent pas à soutenir la République (puisqu'elle est désormais, unanimement, soutenue par la société - du moins en apparence), alors à quoi servent-ils ? A quoi bon même soutenir les études, les Lettres, la Philosophie, les Sciences, si ce n'est dans une perspective éducative-conservatrice (Ferry) ou formatrice-progressiste (Allègre), bref comme service rendu et dû à la société ? Maintenant que la société "s'exprime" ou se berce de cette illusion, rien ne viendra réfréner en France la haine de l'intelligence, le refus du savoir abstrait et "inutile", la condamnation de toute solitude intellectuelle. Il faut faire Corps ! La République et/ou la société ne sont-elles pas devenues accueillantes ? Dans cet esprit se construira également l'Europe. La conclusion de Milner est terrible mais l'on ne peut qu'y souscrire avec ferveur : "A qui oserait s'intéresser aujourd'hui aux choses de l'esprit, je n'ai, appuyé d'une expérience déjà longue, qu'un seul conseil à donner : fuyez l'enseignement et la culture tels qu'ils se proposent à vous en France. N'en devenez jamais les agents ni les patients. ne croyez pas que rien demeure des légendes du siècle dernier. Comprenez que la société française a toujours été la plus ennemie du savoir et de la pensée. Comprenez que désormais rien ne s'oppose à ce qu'elle donne libre cours à ses penchants" (p. 25). Il ne reste, pour ceux qui désirent encore savoir et se vouer au savoir, qu'à se considérer comme des étrangers en France, ou plus radicalement comme étrangers à toute société. C'est en ce sens que nous voudrions faire écho à ce texte de Milner, en le radicalisant hors toute volonté polémique (car il n'est pas sûr que ce texte ne s'en ressente pas). Nous ne prônons pas la solitude. Etranger ne veut certes pas dire exilé : il n'y a pas d'autre lieu pour vivre et se mouvoir que la société, et peut-être pas d'autre lieu pour étudier que l'Université ! Fuir ? mais pour aller où ? Quant à la France et sa Capitale, Cioran n'écrivait-il pas : "Paris, la seule ville au monde où il fasse bon désespérer" ?... Peu nous chaut, pour notre part, les attitudes de désespérance ou de résignation, les stratégies de révolte ou d'obéissance feinte, de résistance ou de fuite, rien ne peut entamer notre conviction que nous n'avons jamais été français sinon par occasion, par intérêt distant pour la philosophie et pour la science, voire pour la non-philosophie, et que le seul fait d'écrire et de penser fait de nous des Etrangers définitifs. C'est-à-dire des Hommes, non consistants pour le Monde, plutôt que des Intellectuels, inconsistants pour la Société.

 

 

Québec

Titre : La vraie nature de l’intellectuel québécois

Auteur : Michel Lapierre

Source : http://www.lautjournal.info

Philosophe(s) cité(s) : Pierre Vallières, Noam Chomsky, etc.

 

Qu’est-ce qu’un intellectuel ? L’un de ces gens qui se mêlent « de ce qui ne les regarde pas » pour reprendre le mot de Sartre. La meilleure définition de l’intellectuel sera toujours indirecte et liée à la géographie. Très claire en France, à cause du souvenir de Zola (J’accuse) et surtout de Voltaire (l’affaire Calas), la notion d’intellectuel ne l’est pas du tout aux États-Unis. Quel Américain se soucie de savoir si Chomsky est un intellectuel ?
Existe-t-il une définition québécoise de l’intellectuel ? C’est la question qui me vient spontanément à l’esprit en parcourant la nouvelle édition revue et augmentée de l’excellent Dictionnaire des intellectuels français, publié sous la direction de Jacques Julliard et Michel Winock. Un intellectuel, m’apprend l’introduction de l’ouvrage, serait quelqu’un « qui applique à l’ordre politique une notoriété acquise ailleurs ». Quelle définition prosaïque ! Je préfère nettement les autres définitions qui figurent un peu plus loin dans la même introduction. Les intellectuels seraient, m’assure-t-on, « les organisateurs du tribunal de l’opinion », ou encore « les défenseurs de l’universalisme contre l’empire des passions partisanes », bref les dénonciateurs de l’ordre établi. > suite

 

Religion

Titre : Les écrivains et le sacré

Auteur : Thomas Roman

Source : http://www.parutions.com

Philosophe(s) cité(s) :

 

Si Michel Winock a choisi de présenter un panorama du XIXe siècle intellectuel du point de vue de la liberté (Les Voix de la liberté, Le Seuil, 2001), Jérôme Grondeux se propose de le faire en partant de la religion. Les deux problématiques sont liées, intimement, les rapports entre ces deux sphères étant à l’époque essentiels et problématiques. Histoire d’un conflit ou d’une collaboration, ce rapport de la religion à la liberté (pensons à la bataille scolaire, au ralliement, au modernisme) ou de la liberté à la religion (la libre-pensée, l’anticléricalisme, la sécularisation), est l’un des moteurs de ce siècle européen, marqué tant par l’essor du libéralisme que par la remise en cause ou la transformation du ou des pouvoirs religieux. > suite
 

 

République

Titre : Zola le républicain incommode

Auteur : Henri Mitterand

Source : http://www.karimbitar.org

Auteur(s) cité(s) : Emile Zola

 

Romantique et positiviste, Zola a choisi de bonne heure l’idéal républicain. Il a mis son talent foisonnant au service d’une morale intransigeante, qui a fait de lui la cible privilégiée des divers gouvernements. Mais le coup de génie de « J’accuse ! », qui marque sa fracassante irruption dans l’affaire Dreyfus, fait de lui le champion de la justice, de la dignité de l’homme et d’une nouvelle idée de la République. > suite

 

Vie quotidienne

Titre : Henri Lefebvre, Critique of Everyday Life. Volume I. Introduction, traduction anglaise, Londres, Verso, 1991. Préface

Auteur : Michel Trebitsch

Source : http://www.ihtp.cnrs.fr

Philosophe(s) cité(s) : Henri Lefebvre, divers

Etrange statut que celui de ce livre, étrange destinée que la sienne. Si Henri Lefebvre peut figurer, aux côtés d'Adorno, Bloch, Lukàcs ou Marcuse, comme un des principaux théoriciens du "marxisme critique", il le doit pour une bonne part à Critique de la vie quotidienne et cette oeuvre est pourtant à la fois connue et méconnue. Peut-être parce que Lefebvre a quelque chose du bricoleur de génie incapable de monnayer ses inventions ; quelque chose du semeur volage, lançant au vent ses graines sans se préoccuper de leur germination. Ou bien est-ce dû à ce style lefebvrien, à la frontière du fluide et du flou, pensée-promenade, pensée rhapsodique, à l'opposé des constructions en dur, des raisonnements bétonnés, monolithiques et rassurants, élaborés à coups de structures et de modèles ? Il y a dans toute sa démarche une circulation souterraine qui ne devient visible, comme dans un relief karstique, que lorsque jaillissent des résurgences. Critique de la vie quotidienne est l'une d'elles. C'est même une triple résurgence, puisque au volume de 1947, succéderont un tome II, Fondements d'une sociologie de la quotidienneté en 1962, puis un tome III, De la modernité au modernisme (Pour une métaphilosophie du quotidien) en 1981. A l'intersection chronologique et théorique de sa réflexion sur l'aliénation et sur la modernité, Critique de la vie quotidienne est un texte séminal, tiré du plus profond de ses racines intellectuelles, mais aussi géniteur de ses principales recherches d'après guerre. Si l'on veut le resituer dans l'ensemble de la pensée lefebvrienne, il faudra aller vers l'amont jusqu'à La Conscience mystifiée (1936) et redescendre vers l'aval jusqu'à Introduction à la modernité (1962). > suite

 

 

 

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