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Ambiguïté -
Autonomie - Gauche "folle" -
Intellectuels -
Le Monde -
Nazification - Planisme - Style
- Vercingétorix - Vichy
Ambiguïté
Titre : L'ambiguïté française
Auteur : Jean-François Revel
Source :
http://www.lexpress.fr
Philosophe(s) cité(s) : Bernard-Henry
Lévy
Il est des livres qui reconstituent
l'histoire de la sensibilité, d'autres qui en font partie. Les seconds
deviennent, après quelques années, la matière qu'étudient les auteurs des
premiers. L'Idéologie française, de Bernard-Henri Lévy appartient de
toute évidence à la seconde sorte d'ouvrages. Il exprime, je dirai plutôt:
il révèle cet instant dans la crise de la conscience occidentale où tout
effort, pour distinguer entre totalitarisme de droite et totalitarisme de
gauche, doit être et a été abandonné.
Instant très récent. Il y a cinq ans à peine, l'assimilation du régime
soviétique au régime hitlérien soulevait des protestations: elle ne provoque
plus que des haussements d'épaules blasés. Après le Cambodge; après le
procès de Mme Mao, qui, télévisé, a permis au monde entier de voir comment
des nazis jugent d'autres nazis; après la renaissance d'un racisme actif que
le Parti communiste en France justifie avec les mêmes arguments que le Front
national en Grande-Bretagne, le temps est venu où il est clair que les deux
totalitarismes n'en font qu'un. On s'écriera: cette convergence était connue
depuis longtemps! Elle était connue, oui, elle n'était pas vue, elle n'était
pas admise, elle n'était pas sentie. Comment en prendre acte sans tomber
dans les amalgames? >
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Autonomie
Titre : De l'élève qui apprend à l'enfant qui sait tout
Auteur : Alain Finkielkraut
Source :
L'ingratitude, conversation sur notre temps,
Gallimard, 1999, pp.121-122
Philosophe(s) cité(s) : Condorcet
(Extrait) - Pour l'idéologie
française, rappelons-le, on est homme par nature et Français par accident.
Cela signifie que la marque de l'humanité en chacun, c'est l'autonomie, et
non l'appartenance ; c'est l'arrachement à tout ancrage temporel ou
géographique et non l'inscription dans une humanité particulière. Notre
histoire n'est pas notre code : la terre natale et les traditions, la place
sur la mappemonde et dans la durée ne sont que contingences subalternes ou
détails négligeables pour la raison des Lumières, dont l'idéologie française
est le plus pur produit. Hier, écrit ainsi Condorcet, "chacun s'identifiait
tellement à la qualité de noble, de juge, de prêtre, qu'à peine se
souvenait-on qu'on est aussi un homme". Avec la Révolution, cet oubli a
cessé de sévir. Les individus des "classes usurpatrices" ne peuvent plus
appuyer "leur nullité personnelle sur des titres" ou "lier leur existence à
celle d'une corporation". Privés des oripeaux de la grandeur, ils font
l'expérience de l'homme nu et, continue Condorcet, "ils se croient anéantis
parce qu'il ne leur reste plus que leur propre personne". Quant aux
esclaves, "dressés pour le service ou le plaisir d'un maître, […] ils se
sont réveillés étonnés de n'en plus avoir, de sentir que leurs forces, leur
industrie, leurs idées, leur volonté n'appartenaient plus qu'à eux mêmes".
Séparés de tout ce qui leur est étranger (le rang, l'extraction, le
lignage), oppresseurs et opprimés se découvrent orphelins et donc libres.
Hommes rien qu'hommes, ils doivent désormais s'habituer à n'être
qu'eux-mêmes. Dans un temps de ténèbres, ajoute Condorcet, ce réveil ne
durait qu'un moment : les hommes auraient cherché à remettre leur vie sous
tutelle. Dans un siècle de Lumières, ce danger est écarté, car on sait que
seul un peuple éclairé peut être un peuple émancipé ; on sait que
l'indépendance ne se décrète pas et qu'il faut être délivré de beaucoup de
choses pour penser, juger et agir par soi-même. On prend donc les moyens de
cette délivrance. Autrement dit, l'instruction publique va de pair, dans
l'idéologie française, avec la valorisation de l'autonomie. Là où la liberté
doit être établie, il faut instituer l'école obligatoire. On ne naît pas
autonome, dans la représentation des Lumières, on naît progressivement à
l'autonomie. Au commencement n'est pas le sujet, mais le préjugé. D'où la
nécessité d'être enseigné pour devenir l'homme qu'on est.
Gauche "folle"
Titre : L'inventeur de la “gauche folle”
Auteur : inconnu
Source :
http://www.d-s-f.net
Philosophe(s) cité(s) : Bernard-Henry
Lévy
Sur la lancée de son livre L'Idéologie
française, BHL réinvente l'antifascisme et contribue aux principales
erreurs - moralisme, simplisme, différentialisme - de la gauche
L'Idéologie française est le livre fondateur d'une certaine gauche, ou
plutôt celui qui a modelé nombre de ses «traits» apparus au cours des deux
dernières décennies.
Premier effet de L'Idéologie française: elle a criminalisé la nation au sein
de la gauche et disqualifié, en la niant, la tradition républicaine. La
Résistance a longtemps été le premier référent de la gauche dans ses
confrontations internes. Quoique signé par les gaullistes, le programme du
Conseil national de la Résistance a été le projet le plus radical élaboré
depuis l'invention du socialisme. Le Programme commun de la gauche et même
le programme socialiste des années 1970 s'en inspiraient largement.
L'intervention économique de l'Etat, les principes d'égalité et de justice
sociale qui s'en dégageaient fondent encore le plan d'action que propose
François Mitterrand aux électeurs français en mai 1981. Ensuite, ce passé-là
n'est plus évoqué que pour mémoire. La conscience de gauche substitue la
modernité à la filiation, la géographie à l'Histoire. Retour au progrès,
allégeance à l'Amérique. >
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Intellectuels
Titre : Les fantômes de « l’idéologie française »
(interview au Figaro)
Auteur : Bernard-Henry Lévy
Source :
http://www.france-amerique.com
Philosophe(s) cité(s) :
LE FIGARO. Il y a vingt ans, vous
publiez L’Idéologie française. Qu’est-ce qui a changé depuis cet
essai fracassant ?
Bernard-Henri LÉVY. Rien. Sinon que les hypothèses que je lançais à
l’époque, de façon un peu théorique, n’ont cessé de se vérifier
expérimentalement. Juste après la parution de L’Idéologie française, il y a
eu Le Pen.
Puis l’extraordinaire phénomène de corruption et de décomposition
idéologique qu’a été le mitterrandisme. Puis, encore, la dérive
souverainiste de certains intellectuels.
C’est un peu comme les astronomes qui déduisent l’existence d’une planète et
qui la trouvent ensuite. J’avais déduit L’Idéologie française. J’avais
fabriqué ce modèle d’un pétainisme rampant, transhistorique, opérant à
gauche autant qu’à droite de l’échiquier politique. Et le voici qui, sous
nos yeux, et jusqu’à aujourd’hui, n’en finit pas de s’incarner. Pour un
intellectuel, c’est une expérience intéressante. >
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Le Monde (journal)
Titre : Le
retour de l’idéologie française
Auteur : Bernard-Henry Lévy
Source : Revue
La Règle du jeu de
mai 2004
Philosophe(s) cité(s) :
(Extrait)
Il y
a un journal, et quel journal ! qui échappe au consensus ; il y a un
journal, et c’est Le Monde,
qui baigna peut-être autrefois, lui aussi, dans le marécage [2]
mais qui, précisément, s’en est extrait ; et c’est bien là, dans cet écart,
dans ce bond hors du rang des populistes, dans cette irrégularité politique,
morale, métaphysique, qu’est à chercher la vraie raison pour laquelle il est
devenu si essentiel, si vital, de le discréditer ou de l’abattre. (...)
Ce
qui frappe, dans ce procès, c’est qu’on le fait toujours au nom d’un autre
Monde, d’une autre image du Monde - ce qui frappe c’est ce côté aventurier
du Monde perdu qu’ont tous ces Cohen, Péan et autres Poulet. Ah, Le Monde
d’hier, semblent-ils dire ! Ah, Le Monde de notre jeunesse ! Ah, ce Monde
idéal, adressé à un public idéal (sic) , sur lequel veillaient les figures
tutélaires de Beuve-Méry puis de Fauvet ! (...) A quoi ressemblait,
vraiment, ce Monde idéal d’hier ? L’important, l’essentiel, c’est : quelle
fut, par-delà telle ou telle péripétie, l’inspiration, sinon fondamentale,
du moins originaire, du journal dont on est en train d’opposer l’image
nostalgique et rêvée au journal concret d’aujourd’hui ? Or, pardon d’y
revenir. Mais relisez, là aussi, L’Idéologie française. Relisez les
pages consacrées à Uriage, cette école de cadres qui entra en résistance,
fin 1942, au moment de l’occupation de la zone sud par l’armée allemande
mais qui fut, avant cela, l’un des hauts lieux de diffusion de ce mixte de
maurrassisme, de péguysme [4],
de proudhonisme, où tint l’essence du pétainisme. Il se trouve que ce
premier Monde dont on nous chante partout la louange sortait, pour partie,
d’Uriage. Il se trouve que certains de ses fondateurs, à commencer par
Beuve-Méry lui-même, avaient été formés, comme toute une série de cadres
politiques et culturels de la France de l’immédiat après-guerre, par ce
moule si particulier et dont on a trop longtemps sous-estimé l’importance
dans la généalogie de la France moderne. Je ne dis pas qu’ils en aient été
prisonniers. Ni que se résume à cela l’identité politique du journal des
années cinquante et soixante. Mais que Le Monde actuel, ce Monde dont on est
en train d’instruire le procès et qui serait notamment coupable d’être
infidèle à son héritage, soit
un Monde qui a trempé dans “l’Idéologie française”, qui en a même été l’un
des laboratoires et qui a fini par en sortir au terme d’un travail sur soi
dont l’histoire reste à faire mais dont on sait, d’ores et déjà, ce qu’il
doit à son actuelle direction, voilà qui me paraît assuré et voilà
qui, à y bien penser, est peut-être son vrai crime aux yeux de ses
procureurs d’aujourd’hui. (...) Le péché du trio Colombani-Minc-Plenel, leur
crime le plus redoutable et le plus impardonnable est peut-être d’avoir, je
le répète, créé une sorte de zone libérée dans la France de “l’Idéologie
française”.
Nazification
Titre : Les Francophobes (Première partie : Les
Nazificateurs)
Auteur : David Martin-Castelnau
Source :
http://www.republicain.net
Philosophe(s) cité(s) : Bernard-Henry
Lévy
(Extrait) - L’école des
Nazificateurs, qui nous retient ici, est d’une tout autre nature : elle ne
cherche ni le débat ni la démonstration. Révulsant les historiens, faisant
se tenir les côtes aux philosophes, elle procède de façon impressionniste,
diffuse et agressive, ne comptant jamais sur la réalité historique pour
l’étançonner. Il est difficile de la discuter scientifiquement : ses
adeptes, guérilleros des beaux quartiers, y font référence subrepticement ;
ils surgissent, propulsent quelques grenades – Boulanger ! Maurras ! Pétain
! – puis disparaissent dans le dédale des bons sentiments ambiants. Leurs
contradicteurs sont bien en peine de rétorquer : la controverse factuelle ne
retient pas les Nazificateurs. Leur unique objectif : enfoncer profondément
dans l’esprit du pays que la nation est originellement coupable. Dans son
essence même. Par sa simplicité, la stratégie polémique des Nazificateurs
est redoutablement efficace : en chaque occasion, sur un plateau de
télévision, au détour d’une chronique, dans un entretien radiophonique ou
en marge d’un essai, marteler la Honte de la nation, assimiler
implicitement ses crimes réels, de Madagascar au Rif, à ceux des autres
nations – Shoah, extermination des Indiens d’Amérique, esclavage des
Africains –, mélanger le tout jusqu’à amalgame ; servir glacé.
Officiellement, leur but serait d’amener l’opinion à un examen lucide du
passé, y compris du passé le plus trouble, le moins glorieux ; mais cet
examen n’a pas déjà commencé, les historiens ne sont pas plus tôt conviés à
se prononcer que les Nazificateurs s’esquivent. Pour cause : leur
stratégie, confuse mais obstinée, vise à miner le débat public, à piéger les
consciences ; que chacun intègre leur maître mot – la France a un passé
honteux – et l’avenir est à eux. Pour ce faire, ils entreprennent de tout,
absolument tout ramener de l’Histoire de France au nazisme, son corpus
idéologique comme ses exactions, à la fondre dans le creuset du Mal afin
que, des siècles passés, ne subsiste plus qu’un magma informe où prédomine
l’abomination. Les Francophobes espèrent ainsi que la confrontation finale
les trouvera face à un peuple pénitent, disposé à renoncer à un héritage de
révoltes et de grandeur qui n’aurait, en définitive, jamais été qu’au
service du Mal. En cherchant à établir par tous les moyens que, de 1789 à
nos jours, les Français auront, en presque toutes circonstances, été les
auxiliaires du Mal, les Nazificateurs ne mènent qu’un combat – et il est
politique. Leur entreprise vise à disqualifier a priori toute critique de
l’oligarchie française en apposant deux solides cadenas sur le débat public.
>
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Planisme
Titre : Le planisme, une idéologie fasciste française
Auteur :
Denis Boneau
Source :
http://www.voltairenet.org
Philosophe(s) cité(s) : Marcel Déat
(politique)
Le « planisme », une doctrine issue du
socialisme révisionniste allemand, a constitué en France, durant les années
30, le discours de prédilection des « non-conformistes », notamment des
néo-socialistes conduits par Marcel Déat et des polytechniciens du groupe
X-Crise. Sous Vichy, les « planistes » s’engageront massivement dans la
collaboration.
Au Congrès de noël 1933, le Parti ouvrier
belge (POV) adopte le « planisme », la doctrine élaborée par Henri de Man,
comme idéologie officielle. Henri de Man, numéro deux du parti belge dont le
dirigeant est son ami Vandervelde, est l’auteur d’un essai remarqué dans les
milieux socialistes européens : Au-delà du marxisme, un livre
exposant les thèses révisionnistes de l’auteur. De Man entend rompre
définitivement avec le marxisme internationaliste et collectiviste pour le
remplacer par un « régime intermédiaire » dont la fonction est
essentiellement de « maîtriser » le capitalisme. Ce projet « planiste » qui
exclut la perspective d’une nationalisation des moyens de production devait
à l’origine être présenté au Parti social-démocrate allemand par la section
de Hambourg. C’est finalement en Belgique que de Man parvient à imposer sa
doctrine. > lire
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Style
Titre : Provocation
Auteur : Raymond Aron
Source :
http://www.lexpress.fr
Philosophe(s) cité(s) : Bernard-Henry
Lévy
Un auteur qui emploie volontiers les
adjectifs infâme ou obscène pour qualifier les hommes et les idées invite le
critique à lui rendre la pareille. Je résisterai autant que possible à la
tentation, bien que le livre de Bernard-Henri Lévy présente quelques-uns des
défauts qui m'horripilent: la boursouflure du style, la prétention à
trancher des mérites et démérites des vivants et des morts, l'ambition de
rappeler à un peuple amnésique la part engloutie de son passé, les citations
détachées de leur contexte et interprétées arbitrairement. Pis encore, le
doute subsiste à la fin de la lecture: la violence du ton, maintenue d'un
bout à l'autre du pamphlet, révèle-t-elle une indignation authentique ou le
goût du scandale et de la diffusion de masse?
Allons plus loin: le livre ne se prête guère à une discussion objective,
selon le mot consacré dans les universités. II n'apporte aucun fait, aucun
document, aucun texte que l'on ne trouve dans les quelques livres dont
Bernard-Henri Lévy a tiré, pour l'essentiel, la matière qu'il triture à sa
manière. Ce qui lui appartient en propre, c'est une certaine mise en place
d'un corpus de mots ou de phrases. Or, cette mise en place est à tel point
commandée par le propos de l'auteur que l'on se demande s'il vaut la peine
de discuter avec un «philosophe» qui s'arroge le rôle de justicier. >
lire la suite
Vercingétorix
Titre : Vercingétorix et l’Idéologie française
Auteur : André Simon
Source :
http://www.editions-imago.fr
Philosophe(s) cité(s) :
La lutte de Vercingétorix — (alliance des
Gaulois divisés, victoire de Gergovie, défaite d'Alésia et reddition à
César) — est inscrite dans la mémoire des Français comme un premier drame
national. Mais comment un idéal politique a-t-il pu se façonner autour d'un
héros vaincu dont on sait, en fait, peu de choses ?
Par l'étude des historiens, des écrivains, des manuels scolaires, des
discours politiques et des œuvres d'art, André Simon met en lumière la façon
dont le chef gaulois s'imposa peu à peu pour devenir, au XIXe siècle et
jusqu'à notre époque, le « premier des Français ». La royauté se réclamait
de Clovis, fondateur de la monarchie française. Mais les républicains,
bientôt suivis de toutes les familles idéologiques, cherchèrent à ancrer la
légitimité de leur pouvoir en Vercingétorix.
Ce champion de l'indépendance, de la liberté de l'unité nationale,
représenta dès lors pour tous la nouvelle incarnation de la patrie. Salué
pour sa bravoure et le sacrifice qu'il fit de sa personne pour épargner les
siens, plaint pour son martyre, Vercingétorix, tout comme Jeanne d'Arc,
offre dans les grands revers nationaux un mythe consolateur où le vaincu
apparaît plus noble que son vainqueur, et garantit ainsi la résurrection de
son pays.
A l'heure où les métamorphoses de notre société suscitent des interrogations
sur les problèmes d'identité, cet ouvrage original permet, à travers un
modèle, de mieux comprendre l'élaboration, et l'utilisation à des fins
souvent antagonistes, des fondements mêmes de l'idéologie française.
Vichy
Titre : Les années souterraines (1937-1947) de D.
Lindenberg
Auteur : Denis Berger
Source :
http://multitudes.samizdat.net
Philosophe(s) cité(s) :
(Extrait) - Les "années
souterraines" dans la continuité historique est la tâche à laquelle s’est
attelé Daniel Lindenberg. Avec succès : il sera impossible de traiter de
cette période sans se reférer à son livre qui, étaye sa démonstration sur
une érudition énorme, presque accablante. Ses thèses, malgré sa complexité,
peut être résumée d’une phrase : "Avant de trépasser politiquement en
juillet 1940, la République était culturellement morte depuis longtemps
(page 15). En d’autres termes, le "consensus républicain" avait vécu et
Lindenberg fait remonter le début de son agonie à l’échec du Bloc des
Gauches qui, au début du siècle, rassemble Jaurès et Millerand, autour des
Combes.
L’explication de cette évidence, l’auteur la recherche dans l’évolution des
intellectuels. C’est là un des mérites, et peut-être une des limites de son
travail. Il considère avec raison qu’il y a une spécificité de la vie
culturelle, marquée par la permanence ou la récurrence d’un certain nombre
de thèmes qui existent et se développent, non pas en dehors de l’histoire
politique, mais dans une large autonomie grâce à laquelle ils acquièrent
eux-mêmes une influence directe sur le politique.
Cette perspective ouverte par Lindenberg permet de déceler dans l’évolution
de la France à partir de 1920 la lente préparation d’une "révolution
culturelle" qui va s’accomplir définitivement au gré des événements de
l’année 40. Nous sommes conviés à voir surgir des réflexions convergentes
chez des écrivains venus des quatre points cardinaux de la politique. Dans
les années 30, l’heure est aux "non-conformistes" qui, face au radicalisme
de Bas Empire qui domine la République, introduisent les notions de
communauté, opposée à l’individualisme bourgeois, de révolution, conçus
comme une rénovation éthique des mentalités. Une nouvelle vision de
l’histoire, inspirée d’une lecture très particulière de Wieesde, se fait
jour. Elle peut aller, plus souvent qu’on ne le croit, à une fascination de
la force et la violence qu’incarnent les SA et les SS. Bref, tout un
héritage, légué par la Révolution française, est remis en cause. >
lire le texte
08/06/2007
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