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L'existentialisme en France

Condition humaine -
Historique (1) -
Historique (2) - Humanisme -
Parti communiste -
Temps modernes - Savoir -
Annexe 1 : Mounier - Annexe 2 : Beauvoir
Condition humaine
Titre : Définition de l'existentialisme
Auteur :
Maurice Merleau-Ponty
Source :
Sens et non-sens (Extrait)
Philosophe(s) cité(s) :
Il y a (...) deux vues classiques. L'une
consiste à traiter l'homme comme le résultat des influences physiques,
physiologiques et sociologiques qui le détermineraient du dehors et feraient
de lui une chose entre les choses. L'autre consiste à reconnaître dans
l'homme, en tant qu'il est esprit et construit la représentation même des
causes qui sont censées agir sur lui, une liberté acosmique. D'un côté
l'homme est une partie du monde, de l'autre il est conscience constituante
du monde. Aucune de ces deux vues n'est satisfaisante. A la première on
opposera toujours (...) que, si l'homme était une chose entre les choses, il
ne saurait en connaître aucune, puisqu'il serait, comme cette chaise ou
comme une cette table, enfermé dans ses limites, présent en un certain lieu
de l'espace et donc incapable de se les représenter tous. Il faut lui
reconnaître une manière d'être très particulière, l'être intentionnel, qui
consiste à viser toutes choses, et à ne demeurer en aucune. Mais si l'on
voulait conclure de là que, par notre fond, nous sommes esprit absolu, on
rendrait incompréhensibles nos attaches corporelles et sociales, notre
insertion dans le monde, on renoncerait à penser la condition humaine.
Historique
(1)
Titre :
L'Existentialisme en France (Extrait)
Auteur :
Petr Kyloušek
Source :
http://www.phil.muni.cz/rom/vyuka/FJIA025/mat3.rtf
Philosophe(s) cité(s) : divers
La
réception de l’existentialisme s’effectue surtout par l’intermédiaire des
philosophes qui entrent en contact avec la philosophie allemande. Jean-Paul
Sartre en est le meilleur exemple: c’est le séjour à l’Institut français de
Berlin (1933-34) qui lui permet, en effet, de s’initier à la phénoménologie
de Husserl.
Or, l’existentialisme présente des faces multiples:
-
personnalisme (tendance chrétienne), représenté par Emmanuel Mounier
(1905-1950), fondateur de la revue Esprit et auteur de plusieurs
ouvrages - Révolution personnaliste et communautaire (1935),
Introduction aux existentialismes (1946), Le Personnalisme
(1949);
-
existentialisme chrétien de Gabriel Marcel (1889-1973; Être et
Avoir, 1935; Homo viator, 1946) et du Belge Alphonse de
Waehlens;
-
phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty (1908-1961), professeur à
la Sorbonne et au Collège de France, auteur de La Structure du
Comportement (1941), Phénoménologie de la Perception (1945),
Aventures de la Dialectique (1955), Humanisme et Terreur.
À leur façon, Jean Grenier, maître d’Albert Camus,
Maurice de Gandillac, Benjamin Fondane, Étienne Gilson,
Louis Lavelle, Brice Parain, René Le Senne ou
Jean-Paul Sartre représentent chacun un aspect différent de ce courant
de pensée.
On peut distinguer trois moments dans la constitution
de l’existentialisme en France:
-
réception philosophique (cca 1935-1943)
-
diffusion littéraire (cca 1940-1950)
-
existentialisme - style de vie et phénomène social des caves du quartier
Saint-Germain (cca 1945-1955); seule l’existence de ce stade de diffusion
peut nous expliquer pourquoi certains personnalités comme Juliette Gréco,
Boris Vian ou Françoise Sagan sont inclus d’habitude dans le
courant existentialiste.
Le rôle de Jean-Paul Sartre (1905-1980) reste
toutefois le plus important, parce que central à maints égards: il
sut être à la fois philosophe, romancier, auteur dramatique, critique
littéraire, journaliste et organisateur. Directeur des Temps Modernes,
il réunit autour de lui un groupe de collaborateurs: Simone de Beauvoir,
Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Georges Bataille.
Les idées du Sartre théoricien et essayiste sont concentrées
dans plusieurs oeuvres fondamentales: L’Imagination (1936),
Esquisse d’une Théorie des Émotions (1939), L’Etre
et le Néant
(1943), Critique de la Raison dialectique (1960),
L’Existentialisme est un humanisme (1946), Réflexions sur la question
juive (1947). Le philosophe, chez Sartre, est doublé d’un styliste qui
sait donner aux idées des tournures qui frappent par leur évidence:
- l’homme est l’être chez qui l’existence précède
l’essence, il surgit dans le monde comme pure contingence, il existe
avant de se définir; on ne peut le déduire d’une réalité préexistante,
puisqu’il n’y a pas de Dieu pour le concevoir; l’homme n’est rien d’autre
que ce qu’il se fait l’homme se définit par ses actes;
- autre conséquence: l’homme est de trop, donc
condamné à donner un sens à sa vie, sinon il reste inutile; de là aussi son
expérience fondamentale, «purificatrice» celle de l’absurde;
- le monde n’est pas intelligible a priori; il n’a
d’autre signification que celle que lui donne l’homme; c’est à l’homme de
choisir un sens pour ce monde;
- si Dieu n’existe pas, si le monde est inintelligible
en soi, l’homme n’a ni ordre, ni justification à recevoir d’autrui;
l’homme est condamné à être libre, à s’inventer à chaque minute;
- aussi l’homme est-il pleinement responsable de son
existence; l’homme ne fait que ce qu’il a voulu et il n’a voulu que ce qu’il
a fait;
- si l’homme est libre, il n’y a ni le Bien, ni le Mal,
parce qu’on ne peut choisir pour soi que le Bien. Le seul jugement qui
puisse être porté sur les actes humains ne concerne
pas leur valeur, mais leur authenticité;
invoquer une morale préétablie, en appeler aux opinions des autres ou à
celle que nous nous faisons sur nous-mêmes, n’est que la «mauvaise foi»,
dénoncée par le témoignage de la conscience d’autrui, dont
l’existence même apparaît comme une hantise insupportable - l’enfer c’est
les autres.
Sartre est aussi un intellectuel engagé dans la politique,
marqué par une sensibilité de gauche: compagnon de route du Parti
Communiste, ami de Castro, de Che Guevarra, maoïste de 1968. Organisateur de
talent, directeur des Temps Modernes, puis de La Cause du Peuple
et de Libération, il restera une des figures les plus influentes de
la vie intellectuelle et politique française jusqu’aux années 1970. En 1964,
il refuse le Prix Nobel de Littérature.
Connu tout d’abord comme philosophe et prosateur, Sartre
s’impose également comme auteur dramatique de talent, en transformant ses
oeuvres scène en tribune efficace de ses idées philosophiques.
Proses:
La Nausée (1938), Le Mur (1939), Les Chemins de la liberté
(1943-1949): L’âge de raison, Le sursis, La mort dans l’âme;
Les Mots (1964, écrit autobiographique);
Théâtre:
Les Mouches (1943), Huis Clos (1944), Morts sans sépulture
(146), La Putain respectueuse (1946), Les Mains sales (1948),
Le Diable et le Bon Dieu (1951), Kean (1954), Nékrassov
(1956), Les Séquestrés d’Altona (1960); une adaptation des
Troyennes d’Euripide (1965); avec Camus, il ouvre la voie à un
théâtre philosophique
et au théâtre de l’absurde (Ionesco, Beckett).
Critique littéraire:
Qu’est-ce que la littérature? (1947), Baudelaire (1947),
L’Idiot de la famille: Gustave Flaubert (1971).
Albert Camus
(1913-1960), prix Nobel de 1957, fut d’abord un compagnon, puis un opposant
de Jean-Paul Sartre. À la différence de Sartre, homme du nord, de la ville
et de la société bourgeoise, Camus est un homme de la banlieue pauvre, de la
Méditerranée, de la nature et de la mer: le soleil, la lumière, la
mer, mais aussi la joie de vivre, le sentiment de la plénitude corporelle
forment la tonalité fondamentale de son écriture et les thèmes récurrents.
Camus se sent le représentant de la pensée méditerranéenne, autrement dit de
la clarté (grecque, latine, classique). La clarté entre pour beaucoup
dans sa conception de l’absurde et de l’homme absurde qui est avant
tout celui qui reste lucide face à la vie. Cette attitude
«hellène» ou «helléniste» est d’autant plus marquée que malgré
son contact avec la culture arabe ou espagnole, Camus ne s’est jamais laissé
influencer par l’islam qui lui reste fermé.
L’existentialisme de Camus sera un existentialisme
désespéré, mais aussi dépourvu de la nausée et du dégoût sartriens. C’est un
désespoir clairvoyant, instaurateur de la grandeur de l’homme et de
l’humanisme camusien.
L’homme absurde
est au centre de la réflexion de Camus. Comme chez les autres philosophes
existentialistes, le sentiment de l’absurde est la conséquence du caractère
infondé de l’existence de l’homme - être limité face à l’absolu, étranger
jeté dans un monde indifférent. Mais, comme Camus le montre, l’absurde ne
réside ni dans l’homme, ni dans l’univers: il est le résultat de leur
rapport antinomique et de la conscience que l’homme en a. Plusieurs
attitudes sont alors possibles. Camus refuse celles qui sont des
attitudes d’évasion: le suicide, qui consiste à escamoter, en le
supprimant, l’un des termes de la contradiction (la suppression de la
conscience). Il récuse aussi les doctrines situant hors de ce monde
les raisons et les espérances qui donneraient un sens à la vie: croyances
religieuse, suicide philosophique de la pensée (Kierkegaard,
Jaspers, Chestov).
L’homme absurde est celui qui accepte lucidement le défi,
c’est là le fondement de sa révolte qui le mène à assumer aussi bien
sa liberté, mais aussi ses propres contradictions en décidant de vivre
avec passion et seulement avec ce qu’il sait.
Essais:
Le Mythe de Sisyphe (1942), L’homme révolté (1951);
Romans
et récits:
Noces (1938), L’Étranger (1944), La Peste (1947),
L’été (1954), La Chute (1956), L’Exil et le Royaume
(1957), Le premier homme (posthume, 1994; fiction autobiographique);
Théâtre:
Caligula (1944), Le Malentendu (1944), L’État de siège
(1947), Les Justes (1950);
Adaptations scéniques
de: Le Temps du Mépris (Malraux), Les esprits (Larivey), La
Dévotion à la Croix (Caldéron de la Barca), Requiem pour une nonne
(Faulkner), Les Possédés (Dostoïevski).
Historique
(2)
Titre :
Présentation de Esquisse pour une histoire de l'existentialisme,
de Jean Wahl
Auteur :
B. Longre
Source :
http://www.sitartmag.com
Philosophe(s) cité(s) : Jean Wahl
Le terme "existence" apparaît dans la
langue française au XIVe siècle mais ne rentre dans l'usage courant qu'au
XIXe siècle ; de même, "existentialisme", pour définir le mouvement
philosophique qui place l'existence humaine au coeur de son raisonnement,
est très récent ; attesté en 1925, il est vulgarisé par Jean-Paul Sartre et
Karl Jaspers vers 1945. Et pourtant, bien avant les débuts de la philosophie
"moderne", la question de l'être intéressait déjà Aristote, qui parlait de
"la science de l'être en tant qu'être" pour définir la métaphysique.
Néanmoins, avant de se libérer de la théologie, la philosophie s'attachait
davantage à discourir sur l'être parfait que sur l'homme lui-même : un
reproche explicitement formulé par Heidegger, pour qui la philosophie de
l'être, en se focalisant ainsi sur Dieu, se fondait en réalité sur "l'oubli
de l'être"...
Il est beaucoup question de ce dernier dans Esquisse pour une histoire de
l'existentialisme, qui inaugura la naissance des éditions de L'Arche en
1949. L'auteur s'est attaché à retracer brièvement la genèse et les
évolutions de l'existentialisme, à fixer les grands traits d'une philosophie
nouvelle, ou plutôt, "un nouveau mode de philosopher", un mouvement sans
doctrine ; une caractéristique qui rend toute définition cadrée impossible
et d'emblée, l'auteur se heurte à cette difficulté à cerner précisément ce
que le terme recouvre ("les mots en -iste recouvrent ordinairement de vagues
généralités"). Pour la surmonter, il nous propose de remonter aux sources de
la notion, qui possède de multiples résonances, anciennes et modernes. >
lire la suite
Humanisme
Titre :
L'existentialisme est un humanisme
Auteur :
Jean-Paul Sartre
Source :
http://pedago.coll-outao.qc.ca
Philosophe(s) cité(s) : Gabriel Marcel,
Heidegger, etc.
Je voudrais ici défendre
l'existentialisme contre un certain nombre de reproches qu'on lui a
adressés.
On lui a d'abord reproché d'inviter les gens à demeurer dans un quiétisme du
désespoir, parce que, toutes les solutions étant fermées, il faudrait
considérer que l'action dans ce monde est totalement impossible, et
d'aboutir finalement à une philosophie contemplative, ce qui d'ailleurs, car
la contemplation est un luxe, nous ramène à une philosophie bourgeoise. Ce
sont surtout là les reproches des communistes.
On nous a reproché, d'autre part, de souligner l'ignominie humaine, de
montrer partout le sordide, le louche, le visqueux, et de négliger un
certain nombre de beautés riantes, le côté lumineux de la nature humaine;
par exemple, selon Mlle Mercier, critique catholique, d'avoir oublié le
sourire de l'enfant. Les uns et les autres nous reprochent d'avoir manqué à
la solidarité humaine, de considérer que l'homme est isolé, en grande partie
d'ailleurs parce que nous partons, disent les communistes, de la
subjectivité pure, c'est-à-dire du je pense cartésien, c'est-à-dire encore
du moment où l'homme s'atteint dans sa solitude, ce qui nous rendrait
incapables par la suite de retourner à la solidarité avec les hommes qui
sont hors de moi et que je ne peux pas atteindre dans le cogito.
Et du côté chrétien, on nous reproche de nier la réalité et le sérieux des
entreprises humaines, puisque si nous supprimons les commandements de Dieu
et les valeurs inscrites dans l'éternité, il ne reste plus que la stricte
gratuité, chacun pouvant faire ce qu'il veut, et étant incapable de son
point de vue de condamner les points de vue et les actes des autres.
C'est à ces différents reproches que je
cherche à répondre aujourd'hui; c'est pourquoi j'ai intitulé ce petit exposé
: L'existentialisme est un humanisme. Beaucoup pourront s'étonner de ce
qu'on parle ici d'humanisme. Nous essaierons de voir dans quel sens nous
l'entendons. En tout cas, ce que nous pouvons dire dès le début, c'est que
nous entendons par existentialisme une doctrine qui rend la vie humaine
possible et qui, par ailleurs, déclare que toute vérité et toute action
impliquent un milieu et une subjectivité humaine. Le reproche essentiel
qu'on nous fait, on le sait, c'est de mettre l'accent sur le mauvais côté de
la vie humaine. (...) Par conséquent, on
assimile laideur à existentialisme; c'est pourquoi on déclare que nous
sommes naturalistes; et si nous le sommes, on peut s'étonner que nous
effrayions, que nous scandalisions beaucoup plus que le naturalisme
proprement dit n'effraye et n'indigne aujourd'hui. Tel qui encaisse
parfaitement un roman de Zola, comme La Terre, est écœuré dès qu'il lit un
roman existentialiste; tel qui utilise la sagesse des nations — qui est fort
triste — nous trouve plus triste encore. Pourtant, quoi de plus désabusé que
de dire, ou encore ? On connaît les lieux communs qu'on peut utiliser à ce
sujet et qui montrent toujours la même chose : il ne faut pas lutter contre
les pouvoirs établis, il ne faut pas lutter contre la force, il ne faut pas
entreprendre au-dessus de sa condition, toute action qui ne s'insère pas
dans une tradition est un romantisme, toute tentative qui ne s'appuie pas
sur une expérience éprouvée est vouée à l'échec; et l'expérience montre que
les hommes vont toujours vers le bas, qu'il faut des corps solides pour les
tenir, sinon c'est l'anarchie. Ce sont cependant les gens qui rabâchent ces
tristes proverbes, les gens qui disent : comme c'est humain, chaque fois
qu'on leur montre un acte plus ou moins répugnant, les gens qui se
repaissent des chansons réalistes, ce sont ces gens-là qui reprochent à
l'existentialisme d'être trop sombre, et au point que je me demande s'ils ne
lui font pas grief, non de son pessimisme, mais bien plutôt de son
optimisme. >
lire la suite
Parti communiste
Titre :
Sartre et le parti communiste français après la libération (1944-1948)
Auteur :
David Drake
Source :
http://www.sens-public.org
Philosophe(s) cité(s) : Sartre, Lefebvre
(Extrait) - Sartre ne cherchait pas à
devenir membre du Parti pour deux raisons essentielles qui furent intimement
liées. D’abord Sartre était à la Libération un socialiste anti-hiérarchique
et libertaire, ce qui était en contradiction flagrante avec l’esprit et la
pratique du PCF qui, d’après un historien du Parti, songeait à faire
appliquer dans toute sa rigueur la loi stalinienne fondamentale: le Parti
doit redevenir et demeurer, quoi qu’il arrive, articulé et structuré autour
d’un appareil de professionnels qui en constitue le cœur, lui-même
monolithiquement unifié derrière le secrétaire général, seul à détenir le
pouvoir suprême. Ensuite, Sartre refusait la conception du marxisme que
défendait alors le Parti. Il tenait à sauver la dimension humaine de
l’homme. Il espérait que les communistes donneraient une existence aux
valeurs de l’humanisme; il essaierait, grâce aux outils qu’il leur
emprunterait, d’arracher l’humanisme aux bourgeois. C’est dans ce contexte
qu’on doit resituer l’observation faite par Sartre en novembre 1972, ‘Je
savais bien que mes objectifs n’étaient pas ceux du PC, mais je pensais que
nous aurions pu faire un bout de chemin ensemble.
Il va sans dire que le PCF voyait les choses autrement. Considéré à travers
son prisme marxiste, les intellectuels (même ceux qui furent membres du
Parti) avaient tendance, à cause de leurs origines petit-bourgeoises, d’être
à la fois des opportunistes et des individualistes peu fiables. Leur rôle
n’était nullement de formuler la politique du Parti; ils ne devaient que
l’appliquer et la populariser. Ils devaient pleinement participer à leurs
organisations professionnelles ou syndicales et contribuer aux publications
du Parti où leurs contributions devaient être approuvées par des
‘permanents’ qui, dans beaucoup de cas, ne connaissaient rien en ce qui
concernait le contenu. Pour le Parti, les intellectuels – même les
intellectuels communistes – étaient un danger contre lequel le Parti devait
toujours être vigilant. Comme le disait Laurent Casanova, dirigeant
communiste avec responsabilité particulière pour les intellectuels, ils
avaient tendance ‘à s’installer dans le Parti comme un corps distinct avec
des prérogatives particulières. Étant donné cette attitude extrêmement
méfiante que manifestait le Parti envers les intellectuels – même ‘les
siens’ – les aspirations de Sartre - défendre une pensée qui voulait
‘corriger’ et ‘humaniser’ le marxisme ‘scientifique’ du Parti et collaborer
avec le PCF tout en gardant son indépendance - faisait preuve d’une certaine
naïveté. Dès la Libération, Sartre et sa conception de l’existentialisme
subissaient déjà des attaques dans la presse du Parti. Ces critiques
s’intensifiaient après ‘l’offensive existentialiste’ d’octobre 1945 et
encore plus après le début de la guerre froide, et continuaient jusqu’à son
rapprochement avec le PCF au début des années 50. >
lire le
texte
Temps modernes
Titre :
Présentation des Temps Modernes
Auteur :
Jean-Paul Sartre
Source :
http://jpsartre.free.fr
Philosophe(s) cité(s) : divers
Tous les écrivains d'origine bourgeoise
ont connu la tentation de l'irresponsabilité depuis un siècle, elle est de
tradition dans la carrière des lettres. L'auteur établit rarement une
liaison entre ses oeuvres et leur rémunération en espèces. D'un côté, il
écrit, il chante, il soupire; d'un autre côté, on lui donne de l'argent.
Voilà deux faits sans relation apparente; le mieux qu'il puisse faire c'est
de se dire qu'on le pensionne pour qu'il soupire. Aussi se tient-il plutôt
pour un étudiant titulaire d'une bourse que comme un travailleur qui reçoit
le prix de ses peines. Les théoriciens de l'Art pour l'Art et du Réalisme
sont venus l'ancrer dans cette opinion. A-t-on remarqué qu'ils ont le même
but et la même origine? L'auteur qui suit l'enseignement des premiers a pour
souci principal de faire des ouvrages qui ne servent à rien : s'ils sont
bien gratuits, bien privés de racines, ils ne sont pas loin de lui paraître
beaux. Ainsi se met-il en marge de la société ; ou plutôt il ne consent à y
figurer qu'au titre de pur consommateur : précisément comme le boursier. Le
Réaliste, lui aussi, consomme volontiers. Quant à produire, c'est une autre
affaire on lui a dit que la science n'avait pas le souci de l'utile et il
vise à l'impartialité inféconde du savant. Nous a-t-on assez dit qu'il " se
penchait "sur les milieux qu'il voulait décrire. Il se penchait ! Ou
était-il donc ? En l'air ? La vérité, c'est que, incertain sur sa position
sociale, trop timoré pour se dresser contre la bourgeoisie qui le paye, trop
lucide pour l'accepter sans réserves, il a choisi de juger son siècle et
s'est persuadé par ce moyen qu'il lui demeurait extérieur, comme
1'expérimentateur est extérieur au système expérimental. Ainsi le
désintéressement de la science pure rejoint la gratuité de l'Art pour l'Art.
Ce n'est pas par hasard que Flaubert est à la fois pur styliste, amant pur
de la forme et père du naturalisme; ce n'est pas par hasard que les Goncourt
se piquent à la fois de savoir observer et d'avoir l'écriture artiste.
Cet héritage d'irresponsabilité a mis le trouble dans beaucoup d'esprits.
Ils souffrent l'une mauvaise conscience littéraire et ne savent pas très
bien s'il est admirable d'écrire ou grotesque. Autrefois, le poète se
prenait pour un prophète, c'était honorable ; par la suite, il devint paria
et maudit, ça pouvait encore aller. Mais aujourd'hui, il est tombé au rang
des spécialistes et ce n'est pas sans un certain malaise qu'il mentionne,
sur les registres d'hôtel, le métier d' " homme de lettres ", à la suite de
son nom. Homme de lettres en elle-même, cette association de mots a de quoi
dégoûter d'écrire; on songe à un Ariel, à une Vestale, à un enfant terrible,
et aussi à un inoffensif maniaque apparenté aux haltérophiles ou aux
numismates. Tout cela est assez ridicule. L'homme de lettres écrit quand on
se bat; un jour, il en est fier, il se sent clerc et gardien des valeurs
idéales; le lendemain il eu a honte, il trouve que la littérature ressemble
fort à une manière d'affectation spéciale. Auprès des bourgeois qui le
lisent, il a conscience de sa dignité; mais en face des ouvriers, qui ne le
lisent pas, il souffre d'un complexe d'infériorité, comme on l'a vu en 1936,
à la Maison de la Culture. C'est certainement ce complexe qui est à
l'origine de ce que Paulhan nomme terrorisme, c'est lui qui conduisit les
surréalistes à mépriser la littérature dont ils vivaient. Après l'autre
guerre, il fut l'occasion d'un lyrisme particulier; les meilleurs écrivains,
les plus purs, confessaient publiquement ce qui pouvait les humilier le plus
et se montraient satisfaits lorsqu'ils avaient attiré sur eux la réprobation
bourgeoise : ils avaient produit un écrit qui, par ses conséquences,
ressemblait un peu à un acte. Ces tentatives isolées ne purent empêcher les
mots de se déprécier chaque jour davantage. Il y eut une crise de la
rhétorique, puis une crise du langage. A la veille de cette guerre, la
plupart des littérateurs s'étaient résignés à n'être que des rossignols. Il
se trouva enfin quelques auteurs pour pousser à l'extrême le dégoût de
pro-duire renchérissant sur leurs aînés, ils jugèrent qu'ils n'eussent point
assez fait en publiant un livre simplement inutile, ils soutinrent que le
but secret de toute littérature était la destruction du langage et qu'il
suffisait pour l'atteindre de parler pour ne rien dire. Ce silence
intarissable fut à la mode quelque temps et les Messageries Hachette
distribuèrent dans les bibliothèques des gares des comprimés de silence sous
forme de romans volumineux. Aujourd'hui, les choses en sont venues à ce
point que l'on a vu des écrivains, blâmés ou punis parce qu'ils ont loué
leur plume aux Allemands, faire montre d'un étonnement douloureux. " Eh
quoi? disent-ils, ça engage donc, ce qu'on écrit ? " >
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Savoir
Titre : Sur le livre d'Alain
Juranville, La philosophie comme savoir de l'existence, Puf, 2000
Auteur :
Didier Moulinier
Source :
http://www.philosophie-en-france.net
Philosophe(s) cité(s) : Alain Juranville,
Kierkegaard, Sartre, Lévinas
Il paraît légitime de poursuivre et
d'amender les "pensées de l'existence" (l'essentiel de la philosophie
contemporaine) dans le sens d'une philosophie conçue comme savoir de
l'existence. Tel est le vaste et ambitieux projet du philosophe Alain
Juranville, qui n'exclut pas la psychanalyse et en particulier l'oeuvre de
Lacan (voir son Lacan et la Philosophie, PUF, 1984) ingénieusement
"mixée" avec la pensée de Lévinas. Selon lui, on ne peut se suffire du
constat d'échec de la métaphysique ni se contenter d'opposer l'"altérité" et
la "différence" contemporaines, voire un concept purement négatif de la
Vérité, à l'"identité" et à l'"autonomie" traditionnelles. Certes, les
philosophes ayant posé un savoir vrai de l'existence (Nietzsche, Marx) n'ont
fait à ce jour qu'exacerber le subjectivisme moderne (Hegel), déviant en
idéologies et déniant la finitude radicale du sujet. Il suffit d'ordonner le
savoir vrai de l'existence - savoir effectivement et authentiquement
philosophique - à l'Autre absolu qui donne son identité au sujet fini comme
tel. Un savoir vrai qui emporte l'exigence éthique et s'éprouve dans la
contradiction, qui ordonne un monde juste et se construit démocratiquement,
qui épouse l'histoire et lutte contre l'ordre traditionnel et sa violence.
Or c'est l'Inconscient qui figure le mieux cette altérité de l'existence,
comme l'a montré Lacan, en même temps qu'il apparaît comme vérité du sujet
et constitution d'un savoir spécifique. En faisant droit tout d'abord à la
vérité et au savoir du discours psychanalytique lui-même (ce que reconnaît
Lacan), puis en restituant au discours philosophique cette vérité et ce
savoir de l'inconscient conçu comme Autre absolu, on dépasse l'interdiction
psychanalytique d'un savoir qui se saurait. A la grâce qui est
transmission de la vérité par l'Autre (selon Lacan lui-même), la philosophie
ajoute l'élection ou la rigueur de la raison et enfin la foi,
qui est sa reconnaissance universelle comme savoir. Il s'agit donc de poser
objectivement l'existence, comme le fait Lacan lorsqu'il détermine
l'inconscient comme langage avec ses deux fonctions signifiantes majeures,
la métaphore et la métonymie. En tant que spéculative, la philosophie adopte
alors une "méthode métaphorique" qui inclut la dialectique hégélienne (comme
sup-position, reconnaissance, et résolution des contradictions) mais lui
ajoute deux aspects en rapport avec l'Autre absolu : d'abord la négation
pure, typiquement existentielle (où l'on retrouvera la pulsion de mort,
par exemple), ensuite la position pure qui est création métaphorique
proprement dite et apparition d'un quart-signifiant. Ce qui rend cette
méthode circulaire, ou topologique, puisque les concepts définis peuvent
devenir à leur tour définissants. De là le concept global de La
philosophie comme savoir de l'existence, oeuvre ambitieuse que l'auteur
prévoit de déployer en 4 parties. Partie I - Savoir philosophique et
inconscient : Livre I, Existence et Inconscient (auquel se limite les trois
volumes parus à ce jour) ; Livre II, Histoire et savoir philosophique.
Partie II - De la logique symbolique à l'éthique : Livre III, Symbole et
existence ; Livre IV, Question et éthique. Partie III - Langage et politique
: Livre V, L'existence comme jeu de langage ; Livre VI, La philosophie,
critique de la science. Partie IV - Histoire, métaphore et logique
spéculative : Livre VII, L'institution du jeu de langage ; Livre VIII : La
philosophie et le jeu des discours.
Annexe (1)

"L'arbre
existentialiste" selon Emmanuel Mounier

Annexe (2)

Simone de
Beauvoir parle de l'existentialisme... (INA)
08/06/2007
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