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La philosophie analytique en France

Bouveresse -
Divergences - Historique -
Idéologie - Institutions
- Liberté -
Métaphilosophie
Bouveresse
Titre : Philosophie analytique, une pensée qui importe et
s’exporte (à propos de Essais IV. Pourquoi pas des philosophes ?,
de Jacques Bouveresse)
Auteur : Jacques Milhau
Source :
http://www.humanite.fr
Jacques Bouveresse est mécontent et le
fait savoir. Il est agacé de constater la déplorable transformation du
provincialisme philosophique français. Celui-ci s’est déplacé de ce qu’il
considère comme le terrorisme intellectuel des années soixante à l’actuelle
philosophie « échevelée » qui liquide les valeurs humanistes du rationalisme
issu des Lumières. Tel aurait été le passage d’un objectivisme peut-être
excessif à un subjectivisme sans limite, assez représentatif d’un
postmodernisme passablement déliquescent et qui, en fin de compte, n’est pas
pour déplaire au néoconservatisme dominant.
Notre auteur s’insurge aussi - et cela va dans le même sens - contre
l’inexacte et absurde opposition entre la philosophie continentale, et plus
particulièrement la « french theory » toujours satisfaite de sa prétendue
supériorité, et la philosophie analytique, soi-disant anglo-saxonne et bien
plutôt anglo-autrichienne quant à ses prestigieuses origines. La première,
enfermée dans son esprit de clocher, n’a que dédain et condescendance pour
la seconde, reléguée dans les sous-catégories de l’analyse logique et de la
théorie du langage. >
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Divergences
Titre : Analytique vs. continental, une mise au point
Auteur : Julien Dutant
Source :
http://julien.dutant.free.fr/blog
Il y a deux traditions dans la
philosophie actuelle, "analytique" et "continentale". Le terme "philosophie
analytique" vient de Russell, je crois, et le terme de "philosophie
continentale" a été forgé par les philosophes analytiques pour désigner la
tradition philosophique qui va de l'idéalisme Allemand au post-modernisme en
passant par la phénoménologie et l'herméneutique. La tradition analytique
est celle de Frege, Russell, Moore, Wittgenstein, Carnap, Tarski, Quine,
Davidson, Kripke, Lewis, Putnam, Nozick, Rawls, Strawson, Armstrong, Dummett,
Wiggins, Williams, Evans, Searle, Dennett, et Fodor. La tradition
continentale est celle de Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Kierkegaard,
Schopenhauer, Marx, Nietzsche, et plus nettement Husserl, Cassirer,
Heidegger, Adorno, Bachelard, Kojève, Gadamer, Sartre, Merleau-Ponty, Lacan,
Lévinas, Althusser, Foucault, Deleuze, Derrida, Lyotard, Vattimo, Severino,
Apel, Habermas. C'est donc un peu réducteur de parler uniquement de la
tradition "phénoménologique", mais il est vrai que celle-ci domine la
philosophie continentale aujourd'hui. La division est moins marquée chez les
historiens de la philosophie et dans des domaines spécialisés comme
l'éthique, l'esthétique, la philosophie politique, au sens où, dans ces
domaines, il y a certes des auteurs clairement "continentaux" et des auteurs
clairement "analytiques", mais aussi un nombre important d'auteurs qu'on
serait bien en peine de classer et qui sont lus par les gens des deux bords.
En outre, les frontières sont floues: il y a des gens qui travaillent dans
un style continental mais s'inspirent d'auteurs de la tradition analytique
comme Wittgenstein, des gens qui travaillent dans un style analytique mais
s'inspirent d'auteurs de la tradition continentale comme Husserl ou Marx, et
il y a des philosophes comme Rorty qui sont clairement des héritiers de la
tradition analytique mais dont le style se rapproche du style contiental, et
des philosophes de la tradition continentale comme Brentano dont les idées
ont été intégrées à la tradition analytique. >
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Historique
Titre : La philosophie analytique en France
(partie VI de l'article collectif "La philosophie analytique"
de l'Encyclopaedia universalis)
Auteur : Denis ZASLAWSKY
Source :
http://www.universalis.fr
La philosophie analytique anglo-saxonne a
commencé tardivement à exercer une véritable influence sur les recherches
des philosophes de langue française. Jusque-là, quelques-uns d'entre eux
seulement y faisaient des références, le plus souvent passagères ; et un
très petit nombre d'historiens de la philosophie moderne s'étaient penchés
sur ce mouvement, qui date pourtant maintenant du début du XXe siècle. Mais
les choses ont changé. Et l'on peut essayer simplement de résumer d'une
manière partielle, et dans trois secteurs limités de la recherche
analytique, les tendances principales de ses nouveaux développements qui
donnent lieu à des ouvrages et articles originaux, ainsi qu'à des
traductions de l'anglais permettant désormais au lecteur français de
s'informer assez à fond sur les acquis de l'analyse. >
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Idéologie
Titre : La difficile réception de la philosophie
analytique en France
Auteur : Romain Pudal
Source :
http://www.cairn.info
La question de la circulation
internationale des idées fait souvent l’objet d’un consensus mou de la part
des universitaires et des chercheurs qui considèrent avec évidence que le
travail intellectuel doit se nourrir de toutes les traditions de pensée et
que seule l’évaluation objective de la qualité des productions
intellectuelles est au principe de leurs affinités électives. L’exemple de
la réception de la philosophie analytique en France permet de sortir de
cette vision quelque peu naïve du travail intellectuel et de récuser les
discours en forme de « prescription méthodologique » (Michael Pollack)
vantant les mérites du cosmopolitisme intellectuel. L’article retrace donc
les principales étapes de la réception de la philosophie analytique en
France dans une perspective socio-historique en privilégiant deux hypothèses
susceptibles d’expliquer sa longue mise à l’écart : le fonctionnement
institutionnel de la philosophie en France et l’importance de la figure de
l’intellectuel à la française. On verra par ailleurs que la surdétermination
idéologique des prises de position intellectuelles constitue un élément
central du champ intellectuel français. >
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Institutions
Titre : La philosophie analytique en France : un bilan
institutionnel
Auteur : Pascal Engel
Source :
http://www.rationalites-contemporaines.paris4.sorbonne.fr
Je voudrais d’abord m’excuser de vouloir
faire quelques remarques sur la situation de la philosophie analytique en
France, alors que celle-ci n’est que l’un des pays francophones représentés
dans cette société, et qu’il serait sans doute utile également d’envisager
sa situation dans les autres pays, comme la Belgique, la Suisse ou le
Québec. Mais même si les problèmes sur lesquels je voudrais attirer
l’attention sont spécifiquement français pour la plupart, ils ne sont pas
sans analogies avec ceux qu’on peut rencontrer ailleurs. Ils me paraissent
suffisamment sérieux pour qu’on y réfléchisse dans le cadre de la SOPHA. Je
voudrais aussi préciser que je ne m’exprime qu’en mon nom propre.
Je ne veux pas faire ici un bilan intellectuel. Si j’avais à le faire, je
dirais qu’il est plutôt bon. Après une période d’ignorance à peu près
complète de la philosophie de tradition analytique dans le contexte
français, mis à part les efforts pionniers d’une poignée d’individus, ce
type de philosophie a au moins acquis droit de cité. Les traductions se sont
multipliées, des oeuvres de recherche originales ont été publiées, et il y a
une, sinon des écoles françaises de philosophie analytique, ce qui ne manque
pas de créer des tensions internes, et nombre de chercheurs, enseignants et
étudiants y font référence, écrivent et publient à son sujet, en français et
en anglais. Des colloques, des tables rondes et une certaine quantité
d’enseignements universitaires lui sont consacrés, des sociétés comme la
SOPHA existent. Il n’y a pas encore de revues, mais les revues existantes
lui ouvrent à présent leurs colonnes depuis une vingtaine d’années. Ce n’est
pas encore un raz de marée, mais la philosophie analytique a des
adversaires, ce qui prouve qu’elle existe. Tantôt on nous annonce qu’elle
est à la mode, on proclame son “ déclin ”, ce qui, compte tenu de la
lucidité légendaire de nos intellectuels, doit vouloir dire qu’elle ne se
porte pas si mal. Que demander de plus, compte tenu de la situation
antérieure ? C’est bien là le paradoxe : si la philosophie analytique se
porte bien sur le plan intellectuel, elle se porte fort mal sur le plan
institutionnel, qui est sa tache aveugle. Un chroniqueur faisait remarquer
récemment que la philosophie analytique, sur le plan mondial, n’existe pas,
car elle est trop éclatée et variée pour qu’on puisse y déceler la moindre
unité, mais il regrettait néanmoins qu’elle contrôle tout, revues,
départements universitaires, cursus académiques et professionnels. En France
on peut dire que c’est l’inverse : elle existe, mais elle ne contrôle rien
de ce genre. Est-ce une situation enviable ? >
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Liberté
Titre : La philosophie analytique en France : un bilan
institutionnel
Auteur : Daniel Andler
Source :
http://www.cognition.ens.fr/~andler
En attendant, et pour revenir à notre
aire géographique et à notre situation minoritaire, l’internationaliste
convaincu que je suis doit reconnaître qu’il serait bon qu’apparaisse, si
possible dans notre langue, ou du moins en Europe continentale, un
philosophe analytique non pas génial, non pas non plus seulement compétent,
rassis et clair, fin et cultivé, mais enthousiasmant. (L’enthousiasme
n’est pas un état d’âme d’écrivain, disait Valéry. De philosophe encore
moins, sans doute. Mais de lecteur? mais de disciple?) Il servirait
d’exemple, sans devoir être le maître d’un grand nombre; il prouverait la
marche en marchant. Les philosophes analytiques y verraient un des leurs, et
les autres y verraient un “vrai” philosophe, et nous n’aurions plus à nous
demander s’il y a véritablement deux grandes façons de philosopher, une
bonne et une mauvaise.
Je n’ai pas de théorie ni de recette pour la fabrication du philosophe
analytique francophone (ou européen) enthousiasmant des années 2000 – qui
pourrait du reste être un groupe plutôt qu’un individu –, mais il me paraît
intuitivement plausible que s’il survient, son trait le plus marquant sera
la liberté intérieure.
Cette liberté est difficile à conquérir dans les conditions
socioprofessionnelles et historiques du moment, et si ce n’est de la faute
d’aucun philosophe en particulier, c’est peut-être en partie notre faute à
tous. Il faudrait pouvoir desserrer un peu les noeuds, pour que nos jeunes
philosophes, qu’ils se considèrent analytiques, non-analytiques ou
semi-analytiques, se sentent plus libres. >
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Métaphilosophie
Titre : Petits déjeuners continentaux et goûters
analytiques
Auteur : Pascal Engel
Source :
http://www.rationalites-contemporaines.paris4.sorbonne.fr
(Extrait) - Deuxièmement, étant donné que la plupart des penseurs
français adoptent une approche de type métaphilosophique, il n’y a guère de
raison d’espérer une coopération au premier degré. Peut-on alors espérer
voir se mettre en place une coopération au second degré ? Probablement pas,
puisqu’il semble difficile d’espérer un débat rationnel au niveau
métaphilosophique quand aucun débat au premier degré n’est possible.
Néanmoins, il reste à déterminer si des positionnements métaphilosophiques
tels que ceux de Derrida, Foucault ou Rorty ne se laissent pas ramener à des
formes plus traditionnelles de scepticisme, de relativisme ou d’historicisme
habillées de neuf. Dans cette hypothèse (du reste plausible), pourquoi ne
pas se contenter d’en revenir au débat philosophique au premier degré,
certes moins exaltant mais néanmoins plus rationnel, sans perdre son temps
et son énergie à lire la prose complexe dans laquelle ces positionnements
trouvent à s’exprimer ? Je soupçonne de nombreux philosophes analytiques de
s’être laissé détourner des doctrines post-structuralistes françaises par
des considérations de cet ordre. Par ailleurs, s’il s’avère que les dites
doctrines présentent bel et bien un intérêt (métaphilosophique), cela doit
être démontré de manière raisonnée et non pas simplement affiché, comme si
la présence d’un discours au rayon des nouveautés constituait à elle seule
un argument. Ei dè philosophein, philosopheon ; ei dè mè philosophein,
philosopheon. Si l’oecuménisme est une attitude souhaitable, il
appartient aux philosophes E ou “ post-A ” d’en apporter la preuve. A
supposer qu’une telle attitude soit possible, elle doit se fonder sur un
échange non pas des seules thématiques et centres d’intérêt, mais aussi des
pratiques. Or, j’ai tenté d’indiquer que du point de vue des critères
stylistiques, la PA est actuellement sans rivale. >
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08/06/2007
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