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Autrui - Communauté - Congés - Culture - Délivrance - Deuil - Ecriture (1) - Ecriture (2) - Etranger - Honte - Langage - Langue - Métaphysique - Métissage - Pluralité - Politique - Retour - Sens - Temps - Divers

 


 

 

Autrui

Titre : Lecture lévinassienne de l'exil

Auteur : Philippe Solal

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

La réflexion contemporaine sur la morale a souligné la crise sans précédent des valeurs, dont les thèmes récents de l'individualisme, des « incivilités », et du déclin des valeurs religieuses, sont le symptôme. A cela s'est ajouté, plus récemment encore, la résurgence en France d'actes racistes, de l'antisémitisme, et l'apparition de cette nouvelle forme de criminalité qui consiste à violer les sépultures des morts, à profaner les cimetières en recouvrant les tombes d'inscriptions injurieuses.
La multiplication des déontologies professionnelles n'est que l'aspect « positif» de cette crise, qu'elle prolonge pourtant d'une certaine manière, comme si l'ambition d'une morale universelle se fractionnait en autant de morales particulières. C'est pourquoi la proclamation de nouvelles déontologies est-elle souvent un acquis ambigu, sinon un cadeau empoisonné, car celles-ci peuvent apparaître comme l'alibi par lequel une corporation défend ses intérêts particuliers, sous couvert des valeurs « morales » qu'elle institue et qu'elle prétend respecter.
Toutefois le XXè siècle a vu aussi s'élaborer la production d' œuvres éthiques importantes et influentes, sur le plan strictement philosophique. Celle d'Emmanuel Lévinas entre dans cette catégorie... > lire la suite

 

Communauté

Titre : Communauté d'exils et exils communautaires. A propos de Zygmunt Bauman (début du texte)

Auteur : André Tosel

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

La condition d'exil est celle où des individus membres d'une communauté sont contraints à l'abandonner. Elle signifie privation du lieu où chacun habite en se sentant chez soi, en son monde, et participe peu ou prou à sa vie publique. La situation historique du peuple juif contraint à la déportation durant l'Antiquité, chassé de sa terre après la défaite par l'occupant romain, est la figure emblématique de l'exil. Jusqu'à la fondation de l'Etat d'Israël, après la seconde guerre mondiale, cet exil a été incessant. Le peuple juif a dû se disperser en communautés toujours unies par le lien de la foi, mais soumises à des persécutions. La diaspora est une errance puisque ces communautés n'ont jamais été assurées d'un véritable accueil là où elles avaient cru trouver refuge. Elles ont été souvent contraintes à abandonner les pays qui avaient accepté provisoirement leur établissement. Il en a été ainsi en Europe occidentale avec les lois de pureté de sang imposées en Espagne et au Portugal. Il en a été de même en Europe centrale et orientale (Pologne, Russie) avec les pogroms qui ont régulièrement jeté dans la violence et l'insécurité les communautés et qui ont fait des juifs des exilés de l'intérieur.

 

Congés

Titre : Les Congiés de Jean Bodel, Baude Fastoul et Hélinand de Froidmont

Auteur : Sylvie Nève

Source : Théâtre missionné d'Arras

 

En 1195, Hélinand de Froidmont, trouvère aristocrate devenu moine cistercien, incite ses contemporains à prendre congé du monde, dans un long poème de 50 strophes. Il adresse sa prédication aux religieux corrompus, aux jeunes aristocrates, aux pauvres gens. Il y exhorte chacun à quitter l’opulence et les illusions pour rejoindre la compagnie de Dieu.
Hélinant de Froidmont a le verbe haut et les images sonnantes : quoique moine et nourri de maigre pitance, il n’a rien perdu se sa superbe, et son sermon en vers exhorte au renoncement matériel pour mieux gagner Dieu et paradis.
Quand cinq ou six ans plus tard, Jean Bodel reprend la forme du poème d’Hélinand de Froidmont, son propos est radicalement différent. Jean Bodel n’est ni un religieux, ni un maître à penser, il est trouvère, et son œuvre en 1200 est déjà importante : il a rédigé la première comédie satirique en langue profane : Le Jeu de St Nicolas, des fabliaux où les femmes, bergère ou bourgeoise, savent défendre leur bien, etc… Cet homme, bon vivant en sa ville, artiste renommé, est devenu lépreux et va subir l’épreuve, l’exclusion. Il franchit un nouveau pas, éthique et littéraire : écrire et penser sa vie là où elle en est, écrire et penser la fin de sa vie, depuis sa seule condition, et pas au nom de tous et pour tous. Nulle exhortation, nulle intimidation au nom de Dieu, nul savoir universel, Jean Bodel sait son état et ce qu’il implique. Et après avoir inauguré le théâtre profane, Jean Bodel ouvre la porte d’une autre tradition, remarquable sous la plume de Ruteboeuf et ses poèmes de l’Infortune, de François Villon et son Testament et ses Legs, et chez les musiciens, la Déploration, de Josquin des Prés, par exemple.
Lépreux, Jean Bodel est ‘congié d’Arras’, obligé de quitter la ville pour rejoindre la léproserie la plus proche. Dans un ultime retournement de situation, il adresse son Congié à ses contemporains, témoignant de sa maladie et de sa volonté de vivre dignement jusqu’au bout du chemin.
En 1275, Baude Fastoul , trouvère lui aussi, subit le même sort, et rédige à son tour son Congié. Il témoigne de l’état avancé de sa maladie, dans un art éprouvé, demande l’argent nécessaire à rejoindre la maladrerie des riches, demande, même, que sa femme l’accompagne 'hors la ville'… > suite du texte à venir

 

Culture

Titre : Étrangement humain

Auteur : Corinne Daubigny

Source : http://www.cairn.info

 

La subjectivité humaine se construit dans un rapport à l’autre (et à l’Autre), dans un champ culturel d’échanges, de créations, de langage, de symbolisations, de pensées, de prescriptions et d’interdits : elle est sujette, comme Freud nous l’a enseigné – surtout dans ses écrits tardifs –, à une forme de malaise inhérent à son émergence, un malaise qui se transforme et se diversifie dans l’histoire des civilisations.
À l’heure de la mondialisation économique, sociale et politique, les sociétés civiles postmodernes sont traversées de mouvements divers et contradictoires : d’un côté les appartenances traditionnelles, familiales, tribales, ethniques, de classes, ou nationales se délitent ; d’un autre côté, surgissent des modes d’affiliations encore mal connus mais très influents, aussi bien sous forme de particularismes sectaires que de grands blocs idéologiques infiltrés de revendications identitaires et de fondamentalismes divers, ou, à l’inverse, sous forme de « multitudes » pétitionnaires spontanées au devenir incertain. Enfin, face aux risques d’atomisation de la vie sociale et à la détresse de la solitude, des nouvelles formes de « vivre ensemble » s’expérimentent, quand les démocraties le permettent : liberté des alliances, familles recomposées et plurifiliations familiales, pluri-appartenances nationales et plurilinguismes dans la migration, sociétés multiculturelles et métissages, etc. > lire la suite

 

Délivrance

Titre : L'Horizon de Bradbury. L'écriture d'exil entre espoir et délivrance (extrait)

Auteur : Stéphane Dufoix

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Qu'est-ce que l'exil ? Généralement, l'idée est associée à un déplacement et à une distance par rapport à ce que nous appelons un référent-origine - qui peut être un Etat, une terre, un pays, une nation, un peuple, une religion, une langue - ainsi qu'au sentiment de perte et de nostalgie lié à cette distance. On considère parfois qu'un autre élément essentiel de l'exil est la contrainte du départ sous la pression du danger. C'est le cas dans un texte récent de l'écrivain lan Buruma qui nous accompagnera tout au long de cet article. Selon Buruma, celui qui n'a pas été obligé de fuir ne pourrait être considéré comme "exilé". Il est impossible de s'en tenir là, pour au moins deux raisons.
La première tient à l'étendue de ce que l'on nomme contrainte. Si Adam et Eve ont quitté le paradis par l'expulsion (pour reprendre un exemple cité par Buruma), ce n'est le cas que d'une minorité de la masse des errants ou des déplacés. A l'origine du départ individuel les départs collectifs sont la plupart du temps contraints se trouve toujours un choix, entre la vie et la mort, entre la fuite et la prison ou le camp de travail, entre une pauvreté certaine et une promesse de mieux-être. Il s'ensuit que le critère est flou et déformant. Ensuite, insister sur la contrainte tend à aligner toute définition sur la nature du départ. Les causes politiques font des migrants des exilés, tels que les Tamouls ou les Irakiens décrits par Buruma. Il existerait une linéarité intangible entre l'avant et l'après.
C'est un postulat incorrect. Tout d'abord, les raisons de leur fuite sont souvent plus complexes que la crainte pour leur vie. Qui peut définir la "force majeure" censée différencier absolument le véritable exilé du faux ? Ensuite, une telle linéarité empêche de comprendre ce qui se passe une fois le migrant arrivé sur une autre terre : l'"économique" qui se politise, le "politique" qui disparaît dans la nature, le touriste qui décide de ne pas rentrer au pays ... Pour tenter de prendre en compte la richesse de ce qu'est l'exil, mais aussi pour donner à l'analyse un terrain plus solide, il semble intéressant de distinguer deux axes: un axe objectif-subjectif permettant d'intégrer dans l'analyse la dimension personnelle, et un axe condition-position permettant de faire la différence entre une voie passive et une voie active de l'exil.

 

Deuil

Titre : L'inscription du deuil relatif à l'exil dans l'écriture d'Antonio D'Alfonso

Auteur : Chantal Ringuet

Source : http://www.athabascau.ca

 

L'œuvre d'Antonio D'Alfonso se compose d'une vingtaine de textes qui abordent les thèmes de la migration, du rapport à l'Histoire, de la langue et de l'espace, de la famille, des origines et de la création littéraire et artistique. De La chanson du Shaman à Sedna (1973) à Plaidoyer pour l'ethnicité (1996) en passant par Avril ou l'anti-passion (1987), son texte le plus notoire, l'auteur propose une réflexion pertinente sur le choc provoqué par la rencontre des cultures et la difficulté de consolider des appartenances distinctes. Cette réflexion comporte un aspect "traumatique", puisque la situation de l'écrivain migrant italien semble vouée à une impasse colossale. Afin de mieux comprendre la représentation de cette problématique dans l'œuvre de D'Alfonso, examinons maintenant le lien intrinsèque entre le deuil et la migration .

D'emblée, il importe de considérer que s'attarder à des thèmes aussi délicats que le deuil, le trauma et la nostalgie des origines dans une analyse littéraire nous confronte à une doxa fondatrice des rapports entre la littérature et l'immigration ou l'exil. Certes, changer de pays, voire de culture convoque la présence du deuil dans un parcours singulier, quel qu'il soit. Ce qui ne veut pas dire que l'on doit pour autant taxer tout immigrant(e), tout exilé(e) ou fils (fille) d'immigrants ou d'exilés d'"endeuillé(e)", ou encore de faire du deuil l'objet d'une théorisation en vogue. Néanmoins, il demeure pertinent de considérer ces thèmes à la lecture de l'œuvre d'alfonsienne, puisque la traversée du deuil s'y inscrit de manière récurrente. Traversée, mais d'abord exploration qui embrasse la problématique migratoire tout en se situant au-delà de celle-ci. > lire la suite

 

Ecriture (1)

Titre : Ecritures de l'exil (texte de présentation, 4è de couverture)

Auteur : Augustin Giovannoni

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

L'exil est pour l'être humain une amère et dure invitation au sérieux. Son expérience concentre en effet dans une décision ou un choix, dans un événement tragique ou une persécution, l'impossibilité du retour en arrière, et ceci non pas de manière diluée, mais subitement et dans une rupture : le renoncement à l'ancienne vie se fait de manière irréversible. Comme épreuve, l'exil représente la précarité, la vulnérabilité, la fondamentale inconsistance de tout ce qui semblait acquis ou permanent : une telle transformation creuse dans l'existence le vide problématique du non-sens, et renvoie à une sorte de place vide ou d'absence.
La réflexion sur l'exil est devenue l'un des thèmes majeurs de la pensée contemporaine tant elle subvertit la Raison historique en redécouvrant et en donnant une nouvelle chance à tout ce qui, dans le passé, a été écrasé, oublié ou laissé pour compte. Peut-on écrire l'expérience de l'exil ? Comment l'exclusion d'un domicile, la migration, l'errance, la persécution ou la disparition peuvent-elles être rendues intelligibles ? Ces questions impliquent, dans leur formulation même, que l'exil ne se constitue qu'à travers l'acte même de se raconter, qu'à travers son écriture. Prendre en compte cet espace des narrations place la question non seulement sous le signe du deuil et de la séparation mais également sous les configurations de la réappropriation de soi et de l'affirmation. La subjectivation est ainsi, dans la forme de l'écriture, ce par quoi une vérité est possible, la tentative de surmonter les figures du déni et du négatif. L'écriture porte ainsi la vie au-delà de la vie présente, vers une sur-vie, à savoir une remémoration dont la possibilité vient d'avance disjoindre l'identité à soi du présent.

 

 

Ecriture (2)

Titre : Ecriture de l'exil, exil de l'écriture

Auteur : Nedim Gürsel

Source : http://www.bleublancturc.com

 

Ecrire est une expérience qui isole. La feuille blanche exige la solitude, ce terrible recueillement à la clarté déserte d'une lampe qui donnait le vertige à Stéphane Mallarmé. Celui-ci n'a pu surmonter l'épreuve qu'en écartant la lampe : "On n'écrit pas, lumineusement, sur champ obscur." Et Franz Kafka, qui n'était " rien que littérature", selon ses propres termes, parle à Felice d'un singulier projet : s'installer avec une lampe et ce qu'il faut pour écrire au cœur d'une vaste cave isolée. "On n'est jamais assez seul quand on écrit, dit-il. Lorsqu'on écrit, il n'y a jamais assez de silence autour de vous, la nuit est encore trop peu la nuit."
Bien que j'habite Paris depuis près de vingt-cinq ans – un quart de siècle n'est pas rien dans la vie d'un mortel ! –, j'ai l'impression d'habiter la cave où la lampe de Kafka reste toujours allumée.
A vrai dire, je n'habite pas une ville ou un pays, mais deux langues. Ou plutôt, je peux le dire à présent, ayant derrière moi un certain nombre de livres écrits en turc et quelques-uns en français, que je me retrouve entre deux langues, comme on peut être assis entre deux chaises. Cette double appartenance n'est pas facile à vivre.
Le turc est ma cave, où je suis dans l'écriture comme le noyau dans le fruit. J'écris donc dans ma langue maternelle, et cela me rassure. > lire la suite

 

Etranger (sur Walter Benjamin)

Titre : Exil (extrait)

Auteur : Anne Roche

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Inutile aussi de refaire ici en abrégé une biographie de Benjamin, il en existe d'excellentes. On tentera plutôt ici d'envisager l'exil et ses effets sous les angles suivants: l'exil comme expérience native, comme approche de l'Autre, de l'étranger, du pays étranger, façon de voir le Soi à partir de l'Autre, et ses effets sur l'écriture: sur les conditions même de la production intellectuelle, sur sa nature (une écriture politique, où l'exil n'est pas seulement géographique, mais social, pas seulement individuel, mais collectif), et enfin ce qu'on pourrait appeler une épistémologie de l'exil, le lointain comme condition même du savoir: « Les images arrachées à leur ancien contexte se présentent comme des joyaux dans les salles austères de notre discernement tardif - comme des vestiges ou des torses dans la galerie du collectionneur. » Ajoutons qu'il s'agit d'une écriture qui n'est jamais plaintive, qui sait dire la jouissance de l'ailleurs, mais qui en dit aussi le coût.

 

Honte

Titre : Comment peut-pn être Cioran ?

Auteur : Liliane Nicorescu

Source : http://www.poexil.umontreal.ca

 

« Ce qui est bizarre chez Cioran », disait l’un de ses amis de jeunesse, « ce n’est pas son inquiétude d’être homme, mais l’inquiétude d’être Roumain ». Cette « inquiétude » s’est consommée, chez Cioran, en deux temps, et a été marquée par un intense mécontentement à l’idée d’appartenir à une culture « mineure », et par la réconciliation ultérieure avec son pays d’origine. Les deux « étapes » sont difficiles à baliser, d’autant plus que Cioran les a vécues, une bonne partie de sa vie, simultanément et avec la même passion. « Il y a eu des moments où j'avais honte d'être roumain, écrivait-il en 1933. Mais, si je regrette quelque chose, ce sont ces moments-là. Et si je n'avais de roumain que les défauts, je n'en aimerais pas moins mon pays, contre lequel je m'acharne par amour. »
Lorsqu'il écrivait ces lignes, Cioran avait 22 ans, et, oui, il était déjà fatigué, désespéré, et avait honte de son pays et de sa roumanité. Avant de l'implorer de se transfigurer, Cioran se rend compte que la Roumanie ne peut se sauver « qu'en se niant, qu'en rompant brutalement avec un passé plus ou moins inventé, avec ses anciennes illusions et ses anciennes amours ». Ne plus vouloir être Roumain – voici une idée qui le tentera bientôt et une attitude qu'il affirmera respecter chez les autres ; ceux-ci seront, donc, « les Roumains de demain ». Être « véritablement roumain », c'est pour Cioran, dans les années trente du moins, « ne plus vouloir l'être comme jusqu'ici ». > lire la suite

 

Langage

Titre : Antonin Artaud exilé du langage (extrait)

Auteur : Hervé Castanet

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Notre interrogation (...) portera sur la position subjective dont Artaud témoigne et qui touche à l'exil : pour lui, il y a eu rapt du langage et envoûtement de son corps, et sur la place et la fonction de l'œuvre dans ce témoignage auquel, évidemment, elle donne forme. A.A. est exilé du langage. L'œuvre n'est pas seulement témoignage, elle assure une construction et même une véritable élaboration conceptuelle, ainsi Le théâtre de la cruauté qui redéfinit la représentation et sa clôture habituelle en référence à un nouveau corps désenvoûté. Autrement dit, nous réarticulerons l'œuvre d'A.A. à l'aune de cet exil radical du langage.

 

Langue

Titre : L'écriture de l'exil, ou l'angoisse du vide : une lecture du roman "Ana Non" d'Agustín Gómez-Arcos

Auteur : Ricard Ripoll Villanueva

Source : http://www.arts.uwa.edu.au/motspluriels

 

Etre l'autre, tout en étant soi-même ; écrire l'angoisse de la séparation, tout en acceptant la langue dans laquelle cette séparation se dévoile ; repenser, du départ - qui est un rejet de l'autre vers soi - à l'arrivée - qui est marquée par le rejet de soi à l'autre, l'itinéraire d'un déplacement qui devient co-naissance ; évoquer sans cesse les figures d'origines qui, jusqu'alors, n'avaient aucune prise ; revisiter les lieux d'une présence mythique, pour se souvenir d'un passé qui n'a jamais existé (si ce n'est dans le désir d'identité qui, tout d'un coup, devient primordial), ou pour construire un futur au-delà des angoisses du temps... Telles sont, parmi d'autres, les figures d'un exil bien particulier : celui de l'écrivain qui abandonne son pays et qui ajoute au déplacement physique le déplacement de ses repères identitaires. Le Romantisme a sans doute reçu l'influence de ce genre de départ : de Madame de Staël à Victor Hugo, l'écrivain exilé conserve les liens avec sa patrie puisqu'il continue à écrire dans sa langue (et donc à communiquer avec ses mêmes lecteurs), contre le "mal du siècle" qui est en partie redevable à ces départs ignominieux. Mais que se passe-t-il lorsque l'écrivain, en s'exilant, s'exile également dans sa langue ? Lorsque son départ devient cassure, partage entre deux espaces, entre deux langues, entre deux cultures ? > lire la suite

 

Métaphysique

Titre : Sieyès métaphysicien. Une philosophie en exil (extrait)

Auteur : Jacques Guilhaumou

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Le projet métaphysique de Sieyès se précise, avec plus ou moins de constance selon les périodes de sa vie, tout au long de cinquante années et plus d'écriture, lui-même considérant avoir atteint une hauteur de vue nécessaire à la réflexion dès 1765, donc à 17 ans !. Mais, en 1816, alors qu'il approche des soixante dix ans, nous pensons qu'il n'a nullement renoncé à réfléchir, voire à écrire, même si sa vue baisse et le condamne à poser sa plume dans une échéance très proche. S'il convient donc de prendre en compte cet itinéraire métaphysique dans son intégralité, il importe tout autant d'en caractériser la dernière étape, une philosophie en exil fortement marquée par la rupture du lien national, et la nécessité de défendre l'ordre libéral au sein même de la pensée abstraite, en définissant clairement son fondement ontologique. Un exil tout autant intérieur qu'extérieur qui lui permet de revenir à une « simplicité métaphysique » que ses amis philosophes allemands appréciaient tant pendant le Directoire.

 

Métissage

Titre : Expérience et écriture du post-exil

Auteur : Alexis Nouss

Source : http://www.er.uqam.ca

 

Le métissage fut fruit d’exil. Le colon vivait l’exil et s’unit, lui l’étranger, à celle qui ne l’était pas puisque indigène, ou à celle qui l’était tout autant puisque esclave amenée de loin.

Le poids de l’histoire et l’opprobre attaché au colonialisme sont-ils tels qu’il faille occulter le passé et préférer d’autres notions, d’autres termes pour traduire les croisements identitaires et culturels ? L’argumentation a été tenue : les conditions d’émergence du métissage en interdiraient la valorisation car il est entaché de la flétrissure impérialiste, il porte les stigmates de l’oppression colonialiste. L’Occident est coutumier de ces bonnes consciences refaites à coups de refoulement. À ce compte-là, l’enfant du viol devrait effacer les marques de son origine et se fondre dans une normalité recherchée pour compenser la honte. C’est lui refuser le droit à une pleine identité. Au contraire, il lui faut assumer son ascendance, exercer sa liberté et transformer la contingence en destin.

Le monde actuel, sommé de régler ses arriérés postcoloniaux, trouve dans le métissage1, en inversant les données précédentes, un éclairage nouveau quant à la question de l’exil. Celui-ci appelle une reconsidération car il déborde ses anciens paramètres. > lire la suite

 

Pluralité

Titre : Exil et politique de la pluralité. "Du tout, du tous et du chacun" chez Spinoza et Arendt (début du texte)

Auteur : Augustin Giovannoni

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Le terme exil désigne dans le lexique spinoziste des perspectives qui, sans être contradictoires, relèvent de visons distinctes de la vie juive en exil. Il implique tout à la fois la persécution, la disparition, l'évanouissement au sein de la société d'accueil. Il est mentionné comme exil biblique, perte de Sion, exclusion d'un domicile, migration ou errance. Le peuple juif ne devient pas un peuple dans l'autochtonie, mais dans l'exil, l'exil en Égypte, puis de nouveau à Babylone. Au moment où Spinoza rédige le Traité Théologico-Politique, il reste toujours sans attaches, tel un voyageur.
Politique de la pluralité, en revanche, vise l'instauration d'un monde commun par l'institution d'un domaine public. Cet espace est appelé Démocratie et elle se définit ainsi : « l'assemblée universelle des hommes détenant collégialement un droit souverain sur tout ce qui est en sa puissance ». L'enjeu consiste à soustraire les hommes à la domination absurde de « l'Appétit » et à les maintenir, autant qu'il est possible, dans les limites de la Raison, pour qu'ils vivent dans la concorde et dans la paix; « ôté ce fondement, tout l'édifice croule ». Ce titre appelle donc une explication. Explication sur une double inscription: celle qui ouvre la philosophie à une politique de la pluralité en la séparant de la théologie et du prophétisme ; et celle qui confronte la philosophie à la vérité de l’exil sans pour autant reléguer le philosophe à la condition d’apatride.

 

Politique

Titre : Exil et politique dans le monde antique (début du texte)

Auteur : Gabriella Giglioni  Bodei

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

L'exil compte parmi les expériences les plus douloureuses que l'on puisse connaître, particulièrement quand cette expérience est liée à la lutte politique et à la guerre civile, qui déchirent l'existence et la conscience de chacun. Des individus, des groupes d'individus ou même des peuples entiers sont contraints d'abandonner les lieux où chacun d'eux est né ou a grandi, les personnes qui leur sont les plus chères (leur famille et leurs amis), le réseau de protection politique et juridique que l'Etat auquel ils appartiennent leur garantit, leur travail, leur profession ou leur langue. Catapultés dans un monde qui leur est hostile, dépaysés, isolés, désormais étrangers aux yeux des autres et même, en partie, à leurs propres yeux, les exilés dépendent du bon vouloir, plus ou moins intéressé, de ceux qui les accueillent. Violemment arrachés à leur terre, ils perdent leurs racines et la substance qui auparavant les alimentait (même si, pour certains d'entre eux, le fait de s'éloigner de leur patrie pour vivre avec tous ceux qui partagent leurs idées et leurs sentiments peut en fin de compte s'avérer avantageux).

 

Retour

Titre : L'exil et le retour, schèmes mortifères ? Le cas d'Aimé Césaire et de Hölderlin (extrait)

Auteur : François Warin

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Pour essayer de donner un contenu déterminé à des notions qui restent un peu nébuleuses, nous les examinerons à partir des "cas" de deux poètes chez qui le retour est mis en avant, l'exil étant implicitement considéré comme un deuil : le poète du Cahier du retour au pays natal et le poète du retournement natal. "Cas", nous l'entendrons dans un double sens, au sens médical du terme, comme illustration exemplaire, mais aussi au sens où « cas» peut signifier une exception à la règle.
Le schème, quant à lui, est un intermédiaire entre le concept et l'image, l'indication d'un dynamisme, d'un mouvement dans l'espace et le temps. Or exil justement, conformément à l'étymologie (ex-salire), c'est sauter, bondir hors de. L'exil témoigne de ce dynamisme, il signifie d'abord séparation, division, malheur et tourment, maux que seul le retour peut annuler, avant de signifier, au sens étroit, l'expulsion de quelqu'un hors de sa patrie. C'est donc d'abord une catégorie existentielle et peut-être métaphysique avant d'être une catégorie juridique, historique ou politique. D'une façon générale la vie elle-même peut être considérée comme un exil ; la terre apparaît alors comme une vallée de larmes et l'exilé cherche à faire retour vers sa vraie patrie. C'est en ce sens large, en ce sens originel et pathétique que nous allons d'abord considérer ce couple de termes.

 

Sens

Titre : Exil du sens - Sens de l'exil

Auteur : Fawzi BOUBIA et Anne-Marie GRESSER

Source : http://calenda.revues.org

 

(Colloque à la Maison de la Recherche en Sciences HumainesUniversité de Caen (23-25 septembre 2004))
L'idée de ce colloque se fonde sur la diversité des champs sémantiques et culturels couverts par les deux vocables choisis comme supports de la réflexion.
On admettra, pour faciliter les premiers essais d'orientation au sein de ce paysage paradoxal, que le premier terme « exil du sens » fournira essentiellement matière à réflexion aux littéraires, philosophes et éventuellement philologues, puisqu'il s'agit d'analyser tout texte dans lequel le mot et son sens ne seraient pas dans leur rapport d'adéquation habituel – sinon naturel. Les mutations du sens d'un mot, à travers les époques et/ou à travers les pays peuvent aboutir à une sorte d'exil du sens originel par rapport à son support ; il arrive aussi qu'au sein d'une autre langue, un même mot, ou tout au moins une même racine, se « réincarne » et prenne alors un sens autre. La littérature et la philosophie, par ailleurs, abondent en textes que l'on qualifie volontiers d'« hermétiques », car ils semblent impénétrables à la logique du sens, à la logique binaire qui veut apparier le mot et le sens en un rapport contraignant et souvent réducteur. Beaucoup d'écrits poétiques, comme par exemple ceux de Paul Celan, se montrent essentiellement rebelles à cet ordre des choses. Dans ce type de processus l'écriture renonce à elle-même, se disloque, exilant le sens par rapport au mot – elle déconstruit la langue, non pas par non-cohérence, mais comme signe tangible de non-conformité. Les grands maîtres auxquels Celan se réfèrent volontiers : Hölderlin, Nietzsche ont fait l'expérience existentielle la plus drastique de cet « exil du sens » ; pendant les longues années de la fin de sa vie, enfermé dans la tour de Tübingen dominant le Rhin, Hölderlin échappait certes à la logique habituelle, il se livra à une écriture sauvage, mais que la beauté habite toujours. Les dernières années de Nietzsche furent elles aussi obscurcies par la folie et la maladie, mais l'écriture continua, et nous livre des textes qui sont comme des lettres d'exil ou des poèmes inachevés. L'exil du sens caractérise donc des pans entiers de l'écriture, ses versants les plus obscurs car, dans la plupart des cas, il s'agit d'un exil sans retour. > lire la suite

 

Temps

Titre : Exilés dans le temps (début du texte)

Auteur : Remo Bodei

Source : Ecritures de l'exil, Sous la direction de A. Giovannoni, L'Harmattan, 2006

 

Il existe des situations qui rapprochent les hommes en dépit de leur éloignement dans le temps et dans l'espace. Celles-ci se répètent avec une infinité de variations, mais elles semblent toutes marquées par des tonalités affectives très semblables, qui s'inscrivent dans une même expérience fondamentale. L'une d'entre elles, c'est l'exil, une forme particulière d'éloignement, qui peut être spatiale (et toucher des individus particuliers ou des peuples entiers, chassés de leur patrie), mais aussi temporelle. Dans ce second cas, tout le monde est concerné, car à chaque instant, nous sommes tous expulsés du temps que nous avions vécu jusqu'alors, expulsés du passé comme d'une patrie irrécupérable, et propulsés vers un avenir inconnu, à partir duquel il n'est plus possible de revenir en arrière: ce qui nous en empêche, c'est une autorité hostile et étrangère à notre volonté, le « temps tyran », que l'on n'accepte de reconnaître qu'à contrecoeur.

 

 

 

Divers

 

 

COLLOQUE

au  Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle

DU LUNDI 14 AOÛT (19H) AU LUNDI 21 AOÛT (14 H) 2006

EXILS EN FRANCE AU XXe SIÈCLE
 

 

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COLLOQUE PARLÉ, VISUEL ET SONORE

Panim-Pnim : L’exil prend-il au visage ?
Route de Soi, Route de l’Un

RAMAT GAN et TEL AVIV, 7-8-9 MAI 2006

 

De Shmattes au visage, fondement de la civilisation
Nous proposons, pour ce colloque « Panim/Pnim, l’exil prend-il au visage ? », de nous pencher, à partir d’une double racine hébraïque, ressentie comme commune dans la conscience collective, sur deux homographes, auxquels certains linguistes attribuent pourtant des étymologies différentes : panim, le visage et pnim, l’intérieur. Ces deux mots opèrent comme un Janus à deux faces dans la linguistique imaginaire et dans l’exégèse juive. Il s’agira donc de nous interroger sur le visage comme frontière entre intérieur et extérieur, comme seuil et accueil. A la fois, lieu de la rencontre et de l’échange, du contact avec le dehors, mais lieu aussi de la métamorphose plastique.
Nous questionnerons les modifications engendrées par l’exil et le déplacement, sur le visage, à la fois
intérieur et extérieur : comment changeons-nous lors de nos migrations (changement de cultures, de
langues etc.) Comment le changement prend-il plastiquement dans le visage ? Comment est-on modifié psychiquement dans l’exil ? D’autre part, nous explorerons, à partir des champs épistémiques convoqués, la plurivocité qui se dégage de la problématique du visage, à la fois masque et miroir : le visage dans la Bible et le judaïsme, le visage dans l’art, la littérature, la philosophie, le visage dans la rencontre thérapeutique…
Exil et visage, cette association des deux mots nous fera travailler le visage comme porteur des traces de la séparation et de l’éloignement, des transformations et des sédimentations que le temps aura imposé ou apposé, des stigmates et des blessures de l’exil.
 

 

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ANNALES DU PATRIMOINE

N° 03, Mars 2005

Rencontre Chine-Afrique : L'écriture de l'exil (37 - 48)

Mr Hervé Tchumkam Jiejup

Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris III (France)

 

Depuis Adam et Eve et à travers l'espace et le temps, les sociétés humaines ont toujours été marquées par les flux d'hommes. Ces phénomènes ayant à leur tour été longtemps pris en charge par la littérature. Au nombre des contours qu'épousent ces déplacements d'hommes figure l'exil. Volontaire, souhaité ou obligé, l'exil marquera de façon remarquable la production littéraire en générale et les textes africains d'après les indépendances en particulier. Ainsi remarque t - on que la problématique de ces textes a rarement échappé à la notion des mouvements migratoires et de leur impact. > suite
 


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vox poetica

Littérature de l'exil
table ronde, INALCO, 23/05/2003

Dans le cadre de son école doctorale, le Centre d’étude de l’Europe médiane (CEEM) de l’INALCO en collaboration avec le Centre interdisciplinaire de Recherches Centre-Européennes (CIRCE) de la Sorbonne-Paris IV, a organisé, le 23 mai 2003, une table ronde consacrée aux Littératures de l’exil.

Vox Poetica propose les enregistrements sonores des interventions.

 

 

 

08/11/2007

     

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