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D'après une lecture de : 
Maurice Blanchot, L'amitié, Gallimard, paris, 1971

 

 

En un sens, l'amitié aura toujours été morte, n'aura été qu'un souvenir. Blanchot entend se situer au-delà de l'oraison funèbre, ce simple hommage rendu à l'ami qui a servi de prétexte à tant d'écrits sur l'amitié. Au-delà de la mémoire, commence l'écriture du désastre, l'écriture elle-même désastreuse  de ce qui a disparu sans laisser de traces, accompagnant l'amitié jusque dans son oubli et dans sa perte inévitables. L'amitié sans partage et sans réciprocité, comme rapport incommensurable de l'un à l'autre, se réduit à une pure structure d'appel abolissant toute générosité, tout don de soi, et même toute promesse adressée. La seule communauté à attendre est celle du mourir, non pas la mort effective, réductrice et réunifiante, mais l'être en commun d'un appel à mourir « par la séparation » que seule l'écriture réalise. Il s'agit encore une fois de célébrer, non une amitié d'écrivains, mais véritablement l'amitié d'une écriture en marge de toute appartenance sociale ou communauté politique. L'écrivain comme tel, c'est-à-dire écrivant, mort à la communauté (même s'il ressurgit à l'occasion de ses « publications »), est donc l'étranger par excellence. La pensée philosophique, sans doute, en déduira généreusement (par un préjugé révélant sa structure sacrificielle) que l'étranger est en même temps l'ami de cette communauté, la constituant par son exclusion même. La seule définition qui tienne de l'étranger étant : celui qui ne parle pas la même langue (ce qui définit l'écrivain) ; la seule définition de la communauté étant : nous lie ce contre quoi l'on se ligue (ce qui caractérise l'amitié fraternelle « originelle »). Pourtant même si l'écrivain-étranger fait œuvre d'amitié, en faisant le mort, ou s'il réalise l'être en commun du mourir, en écrivant, l'ami n'est réellement l'ami de personne. Il est Un et en tant que tel il n'est ni commun, ni mesurable, ni incommensurable avec un Autre. L'Autre de l'ami étant, comme toujours, l'amitié, l'Autre du mort étant, comme toujours, la mort.

 

 

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