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D'après une lecture de :
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Nietzsche (F.), Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Folio essais,
1971
Concernant les femmes, Nietzsche se veut
particulièrement provocateur, voire inamical, puisqu'il va jusqu'à les
comparer à des animaux (nommément chattes, oiseaux, ou vaches) tour à tour
séduisants, craintifs ou indolents ! La femme veut une amitié toute nue, en
quelque sorte avouée, sans mystère et sans polémique, et n'aspire qu'à la
facilité. Elle n'est pas capable de mener la guerre à ses amis, et surtout
d'honorer ses ennemis, ce qui prouve bien qu'elle confond amour et amitié.
Car la suprême amitié consiste à provoquer, à réveiller l'ennemi en son ami,
et à aimer l'inimitié de celui-ci pour la liberté que cet acte suppose. En
ne pouvant aimer, par nature ou par excès d'humanité, son ennemi, la femme
ne peut également accéder au véritable universalisme, celui qui commande
d'aimer son ennemi « lointain » (ou l'Etranger) davantage que son ami
proche. Que Nietzsche soit effectivement ou non misogyne, sincère ou non
dans son mépris affiché pour les femmes, il illustre par-là même la volonté
de provocation dont il fait théorie et donne peut-être la clef d'une
certaine idéologie politique et historique de l'amitié. S'il est vrai, comme
le soutient Derrida, que la fraternité naturelle et sa nostalgie ont depuis
toujours lesté la pensée philosophique de l'amitié, l'autre face de ce
problème est bien l'exclusion constante du féminin. Or Nietzsche, malgré les
apparences, ne renchérit pas sur cette exclusion, bien au contraire.
Nietzsche ne dit pas qu'on ne saurait être l'ami des femmes ; n'ayant que
trop tendance à les aimer, il prétend qu'elles ne sont pas de vraies amies
car incapables de voir en nous des ennemis... Voudrait-on s'attirer
l'inimitié des femmes qu'on ne s'exprimerait pas autrement ; mais cette
provocation considérable est déjà une considération, elle va beaucoup plus
loin que le respect de façade ménagé par les mâles envers leurs sœurs dans
le giron d'une humanité fraternelle et charitable. Faisons donc des femmes
nos ennemies, nous leur devons bien ce respect, car entre hommes et femmes
il est hors de question que la paix règne. La psychanalyse abonderait en ce
sens, peut-être, tout en logicisant ce non-rapport. Ici c'est plus
métaphorique : voyons une femme, c'est-à-dire une ennemie, en chaque homme
susceptible de devenir notre ami si nous voulons qu'il le soit jamais, et
surtout si nous prétendons, nous, mériter ce titre d'ami.
Naturellement, cette interprétation a ses
limites. Nous avons identifié féminité et amitié, via le rejet nietzschéen
du féminin interprété lui-même comme preuve d'amitié. Le caractère hautement
improbable et non naturel de cette identification plaide en faveur du
surhomme. Or il s'agirait plutôt de voir le féminin dans l'humain (et non
l'humain dans le féminin), sans complaisance féministe mais aussi sans
provocation anti-humaniste. L'on ne part pas de la différence sexuelle
homme/femme et de l'opposition amitié/inimitié, ou même de la hiérarchie
homme/sur-homme. L'opposition réelle passe entre l'ami et l'amitié, la femme
et la féminité. La femme est l'amie, et nous sommes tous ses ennemis nous
qui cherchons, philosophes, l'essence de l'amitié, y compris comme Nietzsche
dans l'inimitié.