D'après une
lecture de : l' Evangile
selon St Jean
"C'est ici mon commandement : aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa
vie pour ses amis. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous
commande." (Evangile selon St Jean)
L'amour chrétien a substitué aux relations égalitaires
d'individu à individu, où chacun peut se connaître à travers son ami, un
attachement exclusif et hiérarchique pour Dieu qui exprime d'abord un désir
de perfection. Tout est fait pour discréditer l'humain en tant que tel,
souillé par le péché, et pour célébrer en Jésus-Christ le seul véritable
ami, symbole de plénitude et de perfection. Or nous sommes avant tout liés à
Dieu dans une relation d'obéissance puisque l'amitié n'apparaît plus comme
un penchant soutenu par une volonté libre. D'une part Dieu nous commande une
certaine forme d'amitié charitable (nous aimer les uns les autres), comme il
est dit dans St Jean ; d'autre part avec des mystiques comme St Bernard de
Clairvaux, nous ne sommes plus les agents de cette amitié surnaturelle que
Jésus-Christ nous octroie lorsqu'il fait de nous ses adorateurs. Le chrétien
n'a pas choisi comme ami le Christ ; il a été choisi, élu, appelé par Lui.
L'on choisit sa
famille, à la rigueur — l'Eglise en est une — mais jamais son ami. Acceptons
en l'augure. Tandis que Dieu représente la confusion ou l'indistinction
originelle de l'ami et de l'amitié, l'amitié est un commandement de l'ami
Jésus Christ, fils de Dieu. On peut reprendre ce principe d'unilatéralité,
semble-t-il radical dans la mystique chrétienne, mais d'une part en
dissociant le terme d'ami et le concept d'amitié, d'autre part en laissant
de côté le principe d'obéissance. De toute façon ce n'est pas l'obéissance
qui assure l'unilatéralité, et ce n'est pas non plus la divinité. Ce n'est
pas parce qu'on ne choisit pas l'ami qu'il faudrait lui obéir. Le seul ami à
pouvoir prétendre être obéi en temps que divinisé, et cela sans redondance
ou circularité, c'est-à-dire sans s'imposer lui-même comme Loi et comme
Dieu, c'est finalement l'Homme en tant qu'Ego. Non pas un alter ego, ni un
super ego, mais un ego Un ou ordinaire.