D'après une
lecture de : Aristote,
Ethique à Nicomaque
"La concorde paraît donc une amitié politique." (Aristote)
A plusieurs
reprises Aristote mentionne la Concorde comme une expression possible de
l'amitié. Il semble faire glisser cette référence du plan cosmologique
initial jusqu'au plan politique où elle s'épuise dans la notion d'accord
entre «honnêtes gens». La Concorde est un sentiment inné en tout être
naturel, qu'il soit homme ou oiseau ; il s'éprouve originellement dans le
cœur du créateur à l'endroit de la créature, et réciproquement. Son autre
nom pourrait être l'harmonie universelle. Avec Héraclite et Empédocle, qui
semblent déjà enregistrer une rupture de cette unité naturelle, on pose le
problème de l'unification, que celle-ci porte sur les contraires (pour
Héraclite) et consacre la loi de la Discorde, qu'elle mobilise à l’inverse
les semblables (selon Empédocle) au nom de la Concorde proprement dite
(encore que la Discorde elle-même soit une espèce de Concorde, au sens
d'ordre naturel). Politiquement, la Concorde règne lorsque les affaires sont
menées en accord avec les membres de la cité, d'après des décisions
communes. Est-ce seulement une sorte de Concorde, qui elle-même ne serait
qu'une sorte d'amitié, comme si le champ politique ne disposait pas vraiment
de catégories propres ? Or il faut bien que les divers champs — physiques,
métaphysiques, politiques, etc. — s'accordent eux-mêmes. Puissance de la
métaphore et de l'analogie, de la Concorde comme métaphore et analogie, et
de l'amitié au même titre. Inversement on peut se demander si le concept
d'amitié (donc aussi celui de Concorde) n'est pas généralement surdéterminé
par le politique et le préjugé de l'action, puisqu’il faut faire régner la
Concorde et qu’il y a lieu de la réaliser entre gens «honnêtes». Profitons
de cette suspension, de cette indécision, pour identifier la Concorde ou
l’amitié comme cette loi (apolitique et acosmologique) qui dualyse les
mixtes suivants : politique et cosmologie, accord et concorde, ou bien
amitié et concorde. Plus besoin d’évoquer l’analogie cosmique, plus besoin
de tomber d’accord politiquement, l’ami «accordé» se rencontre aussi bien
comme cause (réelle) que comme effet (a priori) de l’amitié-concorde
(définie transcendantalement et non factuellement).