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Animal-machine - Anthropologie - Cerveau - Corps - Ethique - Epistémologie - Evolutionnisme - Modèles de la pensée - Mutation corporelle - Naturalisme - Organisme (1) - Organisme (2) - Sélection naturelle - Social - Stratégie d'analyse - Techniques - Transformisme - Vitalisme

 

 

 

Animal-machine

Titre : Actualité de l’animal-machine ?
Auteur : Catherine Larrère
Source : http://www.ens-lsh.fr
Philosophes(s) cité(s) : Descartes
 
On a pu croire que la théorie cartésienne de l’animal-machine avait perdu toute vertu heuristique, et que l’animal était, depuis lors, considéré comme un être sensible doté d’états mentaux. Or, on assiste avec le développement des techno-sciences, à une nouvelle réification de l’animal.
Déjà la zootechnie moderne considère l'animal comme une «machine vivante à aptitude multiple». Certes, il ne s'agit plus de l'automate cartésien : l'animal de la zootechnie est une machine thermodynamique dotée de mécanismes d'autorégulation, un engin cybernétique. On tente d'en améliorer le rendement énergétique, on tend à maximiser l'efficacité de toutes ses fonctions (nutrition, croissance, reproduction).
En décomposant ses besoins (glucides, lipides, protides) en éléments simples, appelant des rations alimentaires elles aussi décomposées en éléments simples, on a obtenu une augmentation considérable de productivité … et l’on a recyclé des prions. Si les vaches peuvent devenir «folles» c’est peut-être que ce ne sont pas que des machines thermodynamiques.
La génétique contemporaine travaille sur une autre analogie : l’animal n’est plus une machine thermodynamique, mais un programme d’ordinateur, que l’on peut à loisir enrichir d’informations nouvelles. Les biotechnologies prétendent ainsi «fabriquer» des animaux «programmés» pour développer des caractéristiques intéressantes, soit pour la recherche médicale, soit pour la production. L’espoir est même de parvenir à cloner ces animaux transgéniques, et donc de pouvoir les dupliquer à volonté. Pourtant, jusqu’à maintenant, ces «constructions génétiques» sont des bricolages mal maîtrisés, dont on ignore encore largement les effets sur la physiologie et le comportement de l’animal. Combien d’échecs et d’embryons non viables pour un résultat spectaculaire ? S’il y a tant de casse, c’est peut-être que les animaux (comme les végétaux d’ailleurs) ne sont pas réductibles à leur «programme génétique».
Enfin, l’animal est en première ligne du programme de naturalisation de l’esprit. L’analogie du cerveau et de l’ordinateur invite à analyser le comportement des animaux comme le traitement, plus ou moins complexe, des informations stockées dans certains lobes de leur cerveau, et de celles qui leur parviennent du contexte dans lequel ils se trouvent. D’une part, ces recherches tendent à établir une continuité entre le fonctionnement du cerveau des mammifères et des hommes – et en ce sens brouillent les frontières entre humain et non-humain. D’autre part, elles ont aidé la robotique à «fabriquer» des automates se comportant comme des animaux domestiques, et brouillent les frontières entre l’animal et la machine.

 

Anthropologie

Titre : La vie humaine. Anthropologie et biologie chez Georges Canguilhem
Auteur : Olivier Perru
Source : http://www.esprit-et-vie.com
Philosophes(s) cité(s) : Georges Canguilhem, Guillaume Le Blanc
 
Après Canguilhem et les normes (Paris, P.U.F., 1998), ce nouveau livre de Guillaume Le Blanc s'articule autour d'une des lignes directrices de l'œuvre du philosophe français Georges Canguilhem (1904-1995), qui est le désir de fonder une anthropologie dans une biologie. Plus profondément, il s'agissait pour Canguilhem de découvrir qu'à la source de toute anthropologie, il y avait la vie. Ainsi, « le traitement de l'homme par l'homme est redevable à une connaissance du vivant » (p. 54). Cet enracinement de toute vie humaine et donc de toute anthropologie, dans la vie biologique, « n'implique pas pour autant une perte de spécificité des activités humaines » (p. 60). Canguilhem distingue soigneusement le fondement et la spécificité. Le fondement peut très bien être le corps biologique, mais ce qui caractérise l'homme, c'est un ordre humain qui comprend la vie. Le fondement biologique donne une visée vitale qui sert de fondement à la visée humaine, d'où « la construction d'une anthropologie biologique » (p. 60). Le vécu (la conscience) et le vivant « sont définitivement distingués » (p. 60). Ce désir d'aller du biologique à l'anthropologique est présent dans pratiquement toute la réflexion de Canguilhem. > lire la suite

 

Cerveau

Titre : Le cerveau, âme matérielle ?
Auteur : Alain Ehrenberg
Source : http://www.ens-lsh.fr
Philosophes(s) cité(s) :
 
Dans L’Homme sans qualités, Robert Musil écrivait ceci : «Peut-on se figurer, par exemple, que l’homme aura encore une âme, quand la biologie et la psychologie lui auront appris à la comprendre, à la traiter dans son entier ? Néanmoins, nous aspirons à ce moment !». La question de Musil est d’actualité si l’on en croit le ton adopté non seulement par les plus prestigieux chercheurs de cet ensemble de disciplines qu’on appelle les neurosciences (B. Edelman, E. Kandell, etc.), mais également par les éditoriaux des grandes revues psychiatriques internationales (American journal of psychiatry, Archives of general psychiatry, British journal of psychiatry). Une intense spéculation s’est développée depuis une bonne trentaine d’années à propos de problèmes essentiels concernant la composition de l’être humain. Cette spéculation semble offrir de nouvelles perspectives à une explication de l’esprit sur des bases naturalistes. Convient-elle à la nature des phénomènes regroupés sous le label «troubles mentaux» ?
La pathologie mentale a le grand intérêt d’être le terrain où la double nature biologique et sociale de l’espèce humaine (l’homme a un corps et il vit en société) s’entremêle. Cette double nature, dont la vie psychique ou l’espace psychique est l’expression, soulève de multiples difficultés pour distinguer et, surtout, hiérarchiser entre ce qui relève des causes et des mécanismes et ce qui relève des raisons, c’est-à-dire des significations portées par le langage. Les batailles sont certes philosophiques, mais aussi pratiques (politiques de santé mentale, de protection sociale, de prise en charge thérapeutiques, etc.). > lire la suite

 

Corps

Titre : Pour une philosophie hybridée de la biologie
Auteur : Charles Wolfe
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Terry Eagleton
 
La pensée post-moderne est obsédée par le corps et terrifiée par la biologie : voilà un homme qui n’a pas froid aux yeux! Nous laisserons de côté la pensée propre d’Eagleton, qui a récemment découvert que son marxisme le menait vers le christianisme de son enfance, et nous retiendrons la remarque suivante : dans toute une gamme de pensées qui disent se soucier du corps, on n’a jamais constaté autant de désintérêt pour le travail scientifique qui le prend comme objet, disons la biologie, ou la réflexion sur le vivant. N’oublions pas que le premier penseur de la multitude, Bento Spinoza, pour utiliser le prénom portugais qu’il affectionnait, était fort préoccupé par ce corps dont Eagleton déplore l’oubli, y compris au sens prisé par Deleuze où « nul ne sait ce que peut un corps ». Un corps est aussi composé d’autre corps plus petits, tout en composant lui-même des corps plus grands : ainsi l’être humain qui se croit souverain dans l’univers est comme le « ver dans le sang » qui croit tout connaître du corps dans lequel il vit (lettre XXXII, à Oldenburg). Sans en faire un « père » de la philosophie de la biologie et surtout de ses avatars passés en revue ici, espérons qu’il aurait bien voulu lui servir de parrain. > lire la suite

 

Ethique

Titre : Le contrôle des émotions (éthique et biologie)
Auteur : Jean Zin
Source : http://perso.wanadoo.fr/marxiens
Philosophes(s) cité(s) : Damasio (Spinoza avait raison, Antonio R. Damasio, Odile Jacob, 2003)

Ce livre témoigne de l'état étonnamment embryonnaire de nos connaissances sur le cerveau et les émotions, c'est ce qui fait son intérêt. Ses défauts sont ceux des pionniers qui ne disposent pas encore des concepts adaptés à leur objet. Il apporte quelques éléments intéressants sur les rapports entre émotion et sentiment mais on peut penser qu'il en manque l'essentiel lié au concept d'information comme on va essayer de le montrer. Surtout comme la plupart des neuro-biologistes il est constamment entraîné à une confusion des niveaux entre l'amibe, le cerveau primitif, la conscience humaine, le monde de la parole et de l'éthique, en nous parlant de bien et mal, liberté et salut au niveau biologique (!) même si c'est sans doute moins caricatural que Jean-Pierre Changeux.
La dimension de la question dépasse largement la biologie et Damasio s'en rend bien compte. C'est pour cela qu'il convoque les philosophes et semble distribuer les bons points (Descartes avait tort, Spinoza avait raison !). Il faut bien dire que le chapitre sur la vie de Spinoza est complètement hors sujet. On peut se demander ce que cette hagiographie vient faire là, sinon pour nous persuader d'une familiarité entre Damasio et Spinoza sans trop faire référence aux thèses de l'Ethique, façon de s'excuser d'une excursion hors de son domaine. En plusieurs occasions il avoue d'ailleurs son incompétence en s'aventurant "bien au-delà de ma formation" 163 (ce que je fais pour ma part en permanence, exigence de la transversalité...). > lire la suite

 

Epistémologie

Titre : L’épistémologue et la complexité du vivant. Compte rendu de l’ouvrage de François Duchesneau, Philosophie de la biologie
Auteur : Timo Kaitaro
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) :  François Duchesneau
 
Les progrès et les succès de la biologie moléculaire paraissent donner raison à ceux qui croient que la biologie est réductible aux sciences de la nature physique. L’analyse que fait François Duchesneau de divers modèles et essais de réduction qui ont été proposés pour éliminer la spécificité des phénomènes de la vie organique, montre que les choses sont loin d’être si simples. Les notions téléologiques paraissent irréductibles aux mécanismes causals sous-jacents et les explications fonctionnelles sont apparemment indispensables dans les sciences de la vie. Mais les discussions que l’épistémologue analyse montrent qu’admettre l’irréductibilité et la nécessité des analyses fonctionnelles dans les sciences de la vie n’aboutit pas nécessairement à quelque vitalisme. Il s’agit simplement d’analyser la structure et le profil épistémologique des théories biologiques au lieu de les reconstruire rationnellement et conformément aux préjugés positivistes selon lesquelles il fallait pouvoir déduire les explications biologiques des lois naturelles concernant la nature physique. Cela exige évidemment qu’on prête attention à la manière dont les biologistes ont réellement construit leurs concepts et leurs théories. Or, en analysant les développements récents de la philosophie de la biologie anglo-saxonne, Duchesneau montre comment le rapprochement de la philosophie et l’histoire des sciences qui a eu lieu dans cette tradition est utile. Sur cet article ces discussions anglo-saxonnes rejoignent la tradition française représentée par des auteurs comme Georges Canguilhem ou Jacques Roger, bien qu’en France ces deux disciplines semblent, selon l’observation de l’auteur canadien, maintenant s’éloigner l’un et l’autre. Ce qui serait dommage, tellement cette tradition parait féconde dans ses perspectives épistémologiques. > lire la suite

 

Evolutionnisme

Titre : Darwin révolutionnaire ? Une lecture politique de Dennett
Auteur : Mathieu Aury
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Darwin, Dennett
 
Qu’est-ce que la biologie évolutionniste peut nous apprendre de la vie de l’homme ? Pour répondre à cette question, contrairement à une attitude méfiante et certes légitime, nous pensons que les deux traditions que sont le cognitivisme évolutionniste de Daniel Dennett et l’approche archéologique de Foucault, ne sont pas irréconciliables, mais complémentaires. L’originalité de Dennett, grâce à son interprétation de l’effet Baldwin et sa thèse du Soi comme centre de gravité narrative, est en effet de parvenir à présenter le monde de l’être humain comme la réalisation vivante (donc globalement explicable suivant les lois de l’évolution) d’un ensemble de produits historiques, sans sacrifier pour autant à la dimension proprement créatrice de l’individu (d’autant plus créateur qu’il est, hélas, manipulable). Dispositifs de domination et processus de subjectivisation s’inscrivent alors au sein du devenir plus large qu’est l’évolution du vivant sur terre. En retour, la philosophie de Dennett, prudente (à juste titre) lorsqu’il s’agit de prolonger le débat en direction du politique, devrait pouvoir être augmentée d’une analyse critique. > lire la suite

 

Modèles de la pensée

Titre : Sciences cognitives et modèles de la pensée
Auteur : Brigitte Chamak
Source : http://www.ens-lsh.fr
Philosophes(s) cité(s) :
 
Cette intervention a pour objet l’analyse des modèles de la pensée proposés par les chercheurs en sciences cognitives. Ces derniers expliquent qu'ils aspirent à regrouper diverses disciplines pour analyser les processus impliqués dans la formation et l'exploitation de la connaissance. Ils sont intéressés par l'étude du fonctionnement de l’esprit et cherchent à décrire, expliquer, simuler les fonctions cognitives telles que le langage, le raisonnement, la perception, la compréhension, la mémoire ou l'apprentissage. Ce type d'intérêt les conduit à proposer des théories de l'esprit qui ne sont pas sans conséquence puisque, en un sens, elles tentent de définir ce qui spécifie un être humain.
L'interdisciplinarité prônée par les chercheurs en sciences cognitives est souvent mise à rude épreuve car, en fonction de leur discipline d'origine, ils produisent des discours différents qui correspondent à des conceptions concurrentes. Pour les uns, l'esprit étant un phénomène fonctionnel, ses fonctions relèvent de processus cognitifs dont il s'agit de caractériser les opérations en termes de modèles. Les modèles fonctionnels de l'esprit sont généralement associés à la métaphore de l'ordinateur et les conceptualisations des phénomènes cognitifs s'organisent autour de l'intelligence artificielle et de ses simulations. L'hypothèse de base est que la pensée opère par un travail de traitement de l'information et les fonctions cognitives sont assimilées à des opérations logiques. L'objectif consiste à obtenir de la machine un comportement intelligent, ou plutôt qui serait jugé tel si c'était un être humain qui le produisait.
Pour d'autres, l'esprit procédant du fonctionnement cérébral, son étude relève principalement des neurosciences. Il s'agit alors de mettre en évidence les mécanismes neurophysiologiques sousjacents aux fonctions cognitives : détecter quelles molécules, quelles structures neurales sont impliquées dans telle ou telle fonction. Aux recherches sur le système nerveux central de caractère essentiellement biologique ou physiologique sont associées parfois des simulations utilisant des réseaux de neurones artificiels (connexionnisme). Alors que dans le premier cas, l'étude du fonctionnement du cerveau n'est pas nécessairement pertinent, dans le second, elle est centrale.
Les sciences cognitives constituent donc une nébuleuse complexe avec des niveaux d'analyse différents et des modèles concurrents. Deux grandes orientations coexistent : l’une qui rapporte les mécanismes de la pensée à un niveau d'explication logique, l’autre à un niveau d’explication neurologique (les neurosciences cognitives).
Ce travail porte, dans un premier temps, sur l'analyse des textes, des discours, des références, des représentations, des images que se forgent les acteurs les plus actifs dans la construction des sciences cognitives. L'objectif est de comprendre dans quel univers culturel ils évoluent, quelles positions philosophiques ils adoptent, quels types d'idéologie ils développent et comment leurs pratiques et leur formation influent sur leurs conceptions. Les enjeux disciplinaires étant de première importance dans la compréhension de la construction des sciences cognitives, il m’a paru intéressant, dans un deuxième temps, d’analyser le processus d’institutionnalisation de ce domaine en France.

 

Mutation corporelle

Titre : Somaphore et corps biosubjectif
Auteur :  Bernard Andrieu
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Baudrillard, Le Breton...
 
La modification corporelle maintient l’être du corps comme une substance que l’on ne peut qu’altérer sans en changer la nature. Il faut un renversement de perspective pour penser la mutation corporelle comme un mode de définition de l’être corporel. Il faut pour cela qu’aucune intériorité ne soit suffisante pour respecter la différence entre intérieur/extérieur, forme/matière. Ce modèle mental de l’image corporelle n’est pas suffisamment internalisé pour que le sujet se sente contenu dans son corps reçu. L’hypothèse internaliste ne parvient pas à modéliser la mutation corporelle car le corps mutant ne possède pas sa forme définitive avant la réalisation complète de sa matière.
L’absence de structuration interne suffisamment contenante, comme le schéma corporel et l’image du corps, précipite le sujet hors de lui. L’externalisation du sujet par le corps a pu trouver dans la contra-sexualité, de Beatriz Preciado, une « théorie du corps qui se situe en dehors des oppositions mâle/femelle, masculin/féminin, Hétérosexualité/homosexualité » ( [1]). Si le gode vient avant le pénis, la technologie définit la sexualité et ses usages les éléments de définition du corps existant. L’externalité biotechnologique devient une dimension du corps propre du sujet : car la délimitation intérieur/extérieur ne retient plus le sujet au dedans d’une représentation mentale de son corps ; le sujet éprouve la nécessité physique de s’externaliser pour réaliser dans la matière sa définition. La mutation repose sur une temporalité chaotique. La forme finale ne définit le sujet qu’après coup. Le mutant ne sait pas encore comme le héros de « La Mouche » de D. Cronenberg, ce qu’il va devenir. Car son être est devenir. La morphogenèse de la matière vivante définit le mutant au fur et à mesure de la construction de son corps. > lire la suite

 

Naturalisme

Titre : Entre darwinisme et biopolitique, le naturalisme en chantier (entretien réalisé par Charles Wolfe)
Auteur : John Symons
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Darwin, Rosenberg, etc.
 
Multitudes : Qu’est-ce que la philosophie de la biologie selon toi ?
John Symons : Plutôt que de répondre en renvoyant tout de suite à la spécialisation qui naît des contraintes de la vie universitaire, je préférerais qu’on se demande s’il existe une différence entre le biologique et le non-biologique qui serait en quelque sorte « fondée dans les choses » ; ainsi cette différence légitimerait l’existence de la philosophie de la biologie en tant que discipline ou spécialité à part entière. Si nous poursuivons dans cette dernière approche, nous serons déjà alors en train de pratiquer le questionnement philosophique, et ainsi nous serions déjà en train de faire de la « philosophie de la biologie ». Nous sommes nombreux, je pense, à préférer la pratique de la philosophie à celle d’un questionnement méta-philosophique dans lequel on s’embrouille assez rapidement. Cela dit, je n’entends pas esquiver par cette affirmation la question des méta-niveaux de la réflexion. Simplement, dès que nous réfléchissons sur le statut de notre travail d’une manière soutenue, nous faisons de la philosophie, et cela me convient.
Même quand nous parlons de la philosophie en tant que profession, nous pouvons revenir sur un terrain conceptuel intéressant. Par exemple, admettons que la division du travail au sein de la vie universitaire, qui engendre des spécialisations telles que la philosophie de la biologie, est une chose mauvaise ; que les philosophes sont myopes ou que nos vies professionnelles sont simplement des symptômes de l’américanisation de la vie des chercheurs. Ce n’est pas faux, en tout cas c’est possible, mais si les philosophes souhaitent s’exprimer sur la nature du vivant, sur ce que c’est qu’un être vivant, ne sont-ils pas obligés d’examiner et d’évaluer les résultats de la recherche en biologie ? Bien que certains débats qui ont lieu dans la philosophie de la biologie ne soient pas connus des chercheurs en laboratoire, je pense qu’elle s’occupe en grande partie des vrais détails de la recherche scientifique. Il est difficile ensuite de prétendre que ces philosophes sont « trop près » ou « trop impliqués » dans ces détails sans défendre par là même une espèce d’ignorance à l’égard cette recherche. > lire la suite

 

Organisme (1)

Titre : La catégorie d’ « organisme » dans la philosophie de la biologie. Retour sur les dangers du réductionnisme
Auteur : Charles Wolfe
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Diderot, Kant, Ruyer, etc.
 
La catégorie d’organisme a un statut ambigu : scientifique ou philosophique ? Elle a longtemps en tout cas servi de « caution » scientifique à une argumentation philosophique qui refuse la tendance dite « mécaniste » ou « réductionniste » perçue comme dominante depuis le dix-septième siècle, que ce soit au sein de l’animisme stahlien, de la monadologie leibnizienne, du néo-vitalisme de Hans Driesch, ou encore de la « phénoménologie du vivant » au vingtième siècle chez des auteurs comme Goldstein, Straus, Weizsäcker, dont l’influence sur Merleau-Ponty mais aussi Canguilhem est patente. Le but de cet article est à la fois de mettre en lumière la sédimentation de cette catégorie, pour en faire une évaluation critique, autrement dit, pour voir en quoi elle peut demeurer utile une fois qu’on a refusé toute dérive « organiciste ». On proposera une notion de l’organisme en tant que fiction instrumentale. > lire le texte

 

Organisme (2)

Titre : L’organisme : hétérogène mais réel
Auteur : Thomas Pradeu
Source : http://thomas.pradeu.free.fr
Philosophes(s) cité(s) : divers
 
L’assimilation de l’identité d’un organisme à son bagage génétique, la vision préformationniste du développement, la définition du système immunitaire comme système de défense, l’affirmation de l’auto-construction des êtres vivants (autopoïèse de Maturana et Varela par exemple1) mais aussi certaines variantes de l’auto-organisation, vont toutes dans le sens d’une endogénicité et d’une homogénéité de l’organisme : ce dernier serait le résultat d’un dépliement, autrement dit le produit d’une auto-réalisation, à partir de ses gènes en particulier, et se caractériserait par une homogénéité génotypique et phénotypique dont l’intégrité serait assurée par le système immunitaire. Dans deux textes, pourtant, Richard Lewontin [2000a, p. 113-114 ; 2000b] définit l’organisme comme « un système ouvert et hétérogène ». La proposition selon laquelle les organismes sont des systèmes ouverts est globalement admise dans la biologie contemporaine, bien qu’il n’y ait probablement pas consensus quant à ce qu’il faut entendre par cette expression. > lire la suite

 

Sélection naturelle

Titre : La sélection naturelle à l’intérieur de l’organisme
Auteur : Jean-Jacques Kupiec
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Darwin
 
Les mécanismes de la théorie darwinienne agissant à l’échelle de la cellule permettent d’expliquer l’embryogenèse d’un organisme. D’une part, l’ADN n’est pas porteur d’un programme fait d’instructions rigides, dans lequel l’organisme adulte est écrit à l’avance. Il s’agit d’un générateur de diversité dont le fonctionnement probabiliste permet aux cellules de changer d’état sans être dirigées par des signaux. D’autre part, l’environnement n’est pas seulement ce qui est extérieur à l’organisme. Il se prolonge à l’intérieur de l’embryon en constituant le micro-environnement de la cellule. Il détermine les concentrations des métabolites auxquels elle a accès et qui lui permettent de se multiplier. Dans une colonie de cellules il y a de nombreuses variations dans la composition de ce micro-environnement. Les cellules sont amenées à échanger les produits de leur métabolisme. Elles utilisent ce qui leur est fourni par leurs voisines. Grâce à leur fonctionnement probabiliste, elles s’adaptent à ces conditions de vie changeantes en activant les protéines nécessaires. De là proviennent les différenciations cellulaires à l’origine des tissus constituant un être adulte. Dans cette théorie, l’embryon n’est pas l’objet passif soumis aux déterminismes additionnés du génome et de l’environnement. Ceux-ci sont intégrés en un mécanisme unique. La cellule est le niveau fondamental qui construit l’être vivant par un processus actif de sélection darwinienne. En unifiant dans un même modèle explicatif, la phylogenèse et l’ontogenèse, le darwinisme cellulaire permet de se débarrasser des vieux concepts de finalité et de cause formelle que la génétique avait réhabilitées sous les habits neufs du « programme génétique ». > lire la suite

 

Social

Titre : Le vital et le social. L'histoire des normes selon Canguilhem
Auteur : Guillaume Le Blanc
Source : http://www.cerphi.net
Philosophes(s) cité(s) : Canguilhem
 
Notre travail cherche à interroger le rapport philosophique construit par Canguilhem entre le vital et le social. Il s'agit de comprendre comment une création interne à la vie, désignée par Canguilhem sous le terme de "normativité" conduit à une certaine élaboration des rapports du vital et du social par laquelle est pensée l'histoire de l'homme à partir d'une analyse de l'individualisation vitale et de la subjectivité humaine. La nouveauté de Canguilhem réside, selon nous, dans sa tentative de rendre immanente la norme à la vie, induisant une inscription de l'histoire humaine dans l'histoire de la vie. Dès lors que la vie est définie comme création de normes, tout vivant affirme ses propres normes, les crée le cas échéant, entre en conflit avec les vivants créateurs d'autres normes. Il en résulte une réforme de l'anthropologie à partir de la question de la vie. Selon notre hypothèse, le sens de l'expérience anthropologique ne réside pas tant dans une fermeture de l'homme sur ses propres caractéristiques que dans une circulation des comportements qui conjoignent vitalité et socialité, activité et subjectivité. La détermination des normes humaines n'a de valeur que soutenue par des capacités normatives puisées dans le registre de la vie. > lire la suite

 

Stratégie d'analyse

Titre : L’organisation du vivant : émergence ou survenance
Auteur : François Duchesneau
Source : http://www.ens-lsh.fr
Philosophes(s) cité(s) :
 

La question traitée est celle de l’application de stratégies d’analyse et d’explication différentes, voire divergentes, aux phénomènes qui caractérisent l’organisation du vivant au plan élémentaire et au plan global.

Le réductionnisme caractérise une partie de ces stratégies d’analyse. La tradition à cet égard est ancienne. La physiologie moderne a été en effet modelée dès la fin du dix-septième siècle, par des méthodes d’analyse qui visaient à rattacher à des microstructures et à des microprocessus, sous-tendant et composant l’organisme complexe, la cause des opérations et des fonctions intégrées du vivant. Les modèles que l’on se forgeait pour rendre compte de ces conditions structurales et fonctionnelles furent d’abord dictés par des représentations mécanistes : à leur tour, celles-ci ont amené à concevoir les processus vitaux comme réductibles par l’analyse à des équivalents physico-chimiques.

L’histoire des sciences de la vie semble nous apprendre que ces conceptions réductionnistes anciennes ont engendré leur contraire sous la forme de théories plus ou moins spéculatives auxquelles leurs adversaires ont accolé, pour des raisons essentiellement polémiques, le qualificatif de «vitalistes». En fait, le recours à des principes vitaux et aux lois qui en exprimeraient l’action recouvrait la plupart du temps des analyses qui visaient à rendre compte des processus fonctionnels et des structures intégrées par un déchiffrage empirique des caractéristiques de l’organisme complexe considéré dans son ordre même. Plutôt que d’antinomie des stratégies d’analyse, il conviendrait souvent, pour traduire adéquatement la perspective historique, de parler de tensions, d’alternances et en dernière ressort de complémentarité relative entre les modes de représentations dits mécanistes et vitalistes, holistes et réductionnistes. > lire la suite

 

Techniques

Titre : Le déferlement des techniques contemporaines : remarques sur la mobilisation générale des organismes
Auteur : Michel Tibon-Cornillot
Source : http://www.ens-lsh.fr
Philosophes(s) cité(s) :
 
Les phénomènes techniques sont évalués en fonction de leurs liens avec la rationalité des sciences modernes : les techniques sont devenues des «techno-logies». L’extension du «logos» à des pratiques si diverses et si anciennes n’a pas facilité l’apparition d’analyses capables de rendre compte de la spécificité des savoir-faire techniques. Les techniques-technologies furent réduites au statut subalterne de servantes des sciences ; pire encore, elles devinrent des sciences appliquées et disparurent en tant qu’activité autonome. Passées dans le langage commun, ces approches dominent encore l’ensemble des recherches sur les techniques.
Malgré l’étendue des désastres provoqués depuis quelques siècles par les dérèglements urbains, sociaux et environnementaux liés à la mise en œuvre des dispositifs de laboratoires et à leurs applications industrielles, l’ensemble sciences, techniques et industries au sein des états modernes a maintenu son projet de transformation du monde et des hommes au nom de la rationalité moderne. Mais les difficultés rencontrées ont rendu nécessaire le développement d’un versant régulateur de la raison capable de stabiliser le caractère impétueux de la rationalité instrumentale à l’œuvre dans les sociétés industrielles. Dans ce contexte, s’enracinent les approches régulatrices et administratives des risques inspirées par les kantismes, néo-kantismes, par les idéologies anglo-saxonnes diverses, par Habermas, etc. L’ensemble des analyses contemporaines des risques et des solutions éventuelles s’enracine dans ce travail de lissage, de rationalisation normative qui inspire la plupart des institutions administratives et politiques. > lire la suite
 
 

Transformisme

Titre : Qu'est-ce qu'un précurseur ? ou La querelle du transformisme
Auteur : Charles Wolfe
Source : http://www.cerphi.net
Philosophes(s) cité(s) : Diderot
 
Il y a un thème que je souhaitais traiter depuis longtemps, et qui s'inscrit naturellement dans l'optique du présent groupe de recherches : un retour sur cette question du "transformisme" de Diderot, qu'on lui avait attribué jadis, dans le contexte d'une histoire des idées plus proprement "idéaliste". Ensuite, des auteurs soucieux de montrer leur intelligence critique, comme Jacques Roger et Foucault, dans leurs domaines respectifs, ont attaqué une telle attribution naïve à Diderot d'une thématique "proto-évolutionniste". Il y a une angoisse contemporaine qui va de part avec une certaine pratique de l'érudition : on se méfie de l'anachronisme, on précise que l'auteur qu'on étudie n'a pas utilisé le terme 'x', et surtout on n'aime pas maintenant faire des auteurs que nous chérissons, des "précurseurs".
Il y a déjà là les matériaux d'une étude sur l'histoire de la critique, ce qui pourrait en soi être intéréssant (qu'est-ce qui a fait qu'un critique lui attribue des idées transformistes alors qu'un autre les lui refuse?) -- mais j'aimerais aller un peu plus loin. L'histoire et la philosophie de la biologie telle qu'on la pratique aujourd'hui est fortement dominée par Darwin, et a fortiori par ce que l'on nomme la "synthèse moderne", c.a.d. l'adjonction de la génétique à un programme évolutionniste darwinien qui obtient par là les mécanismes de l'hérédité qui lui avaient échappé jusqu'alors. > lire le texte

 

Vitalisme

Titre : 1064332 atomes et un cercle de vie. Quelques réflexions à peine philosophiques
Auteur : Alexandre Métraux
Source : http://multitudes.samizdat.net
Philosophes(s) cité(s) : Leibniz, Claude Bernard
 
Cet article pose la vieille question du vitalisme à partir d’un exemple concret, très récent : la fabrication en laboratoire, pour la première fois, d’un virus (de la poliomyélite). Face à cet exemple, l’auteur rappelle deux exemples d’argumentation sur la nature du vivant : celle de Leibniz et celle de Claude Bernard. Si le propre du vivant, selon les biologistes ayant fabriqué le virus eux-mêmes, est de se répliquer, que dire de la position dominante en philosophie de la biologie aujourd’hui qui refuse l’attribution substantielle de propriétés ? On lira en conclusion une nouvelle manière de reconnaître une spécificité au vivant sans en faire une propriété métaphysique, qui souligne l’intérêt même de la philosophie de la biologie. > lire la suite

 


 

15/12/05

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