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Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
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Leçon préliminaire : la classe de philosophie
(niveau : terminale)
Ce texte, ainsi que tous ceux qui composent la partie "Manuel" du site, s'adresse évidemment en priorité aux élèves de terminale. Il s'agit de déterminer, aussi bien théoriquement que pratiquement en quoi consiste la philosophie, le programme des classes de terminale et l'esprit de ce programme. Nous nous appuyons essentiellement sur le texte officiel de mai 2003 précisant la nature et les modalités de l'enseignement philosophique dans le secondaire, texte dont nous citons de nombreux extraits avant d'apporter nos propres commentaires. Ces derniers, ainsi que les choix pédagogiques revendiqués, n'ont en revanche aucun caractère officiel et n'engagent que l'auteur du site, professeur lui-même dans le secondaire depuis 15 ans. Référence. : Arrêté du 27 mai 2003, JO du 6 juin 2003 Cf. BO n°25 du 19 juin 2003.
Sommaire :
I - Introduction : qu’est-ce que la philosophie ?
1) Représentations communes et anecdotes - On dit “prendre les choses avec philosophie”, “il faut être philosophe”. Mais cette sagesse de la philosophie populaire se réduit à peu près à la maxime “Dans la vie faut pas s’en faire”, soit une forme de « fatalisme », une acceptation du sort. Cela ne semble pas très sérieux et surtout, dans ces conditions, pourquoi l’enseigner au Lycée ? - Quant au personnage du philosophe, il est à la fois admiré comme un sage et ridiculisé comme un "doux rêveur" , un marginal… à l’image de Diogène. Sublime et ridicule à la fois… - Diogène (à propos de) – « Ayant vu un jour une souris qui courait sans se soucier de trouver un gîte, sans crainte de l'obscurité, et sans aucun désir de tout ce qui rend la vie agréable, il la prit pour modèle et trouva le remède à son dénuement. Il fit d'abord doubler son manteau, pour sa commodité, et pour y dormir la nuit enveloppé, puis il prit une besace, pour y mettre ses vivres, et résolut de manger, dormir et parler en n'importe quel lieu. - Il s'étonnait de voir les grammairiens tant étudier les mœurs d'Ulysse, et négliger les leurs, de voir les musiciens si bien accorder leur lyre, et oublier d'accorder leur âme, de voir les mathématiciens étudier le soleil et la lune, et oublier ce qu'ils ont sous les pieds, de voir les orateurs pleins de zèle pour bien dire, mais jamais pressés de bien faire, de voir les avares blâmer l'argent, et pourtant l'aimer comme des fous. - Il affirmait opposer à la fortune son assurance, à la loi sa nature, à la douleur sa raison. Dans le Cranéion [une colline de Corinthe], à une heure où il faisait soleil, Alexandre le rencontrant lui dit : «Demande-moi ce que tu veux, tu l'auras.» Il lui répondit : «Ôte-toi de mon soleil !» Il se promenait en plein jour avec une lanterne et répétait : «Je cherche un homme.» » - Platon – « Thalès observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu'il s'évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu'il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s'applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est certain, en effet, qu'un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu'ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d'une autre espèce ; mais qu'est-ce que peut être l'homme et qu'est-ce qu'une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu'il cherche et prend peine à découvrir. »
2) Etymologie - Philo-sophia est l’Amour de la sagesse (du verbe philein, aimer, et de sophia, sagesse). Philo-sophos s’oppose ainsi, par exemple, à philo-somatos (amour du corps), ou bien à philo-edenos (amour des plaisirs). - Première remarque : cet amour est synonyme de « désir » ou encore de recherche. Celui qui désire la sagesse ne la possède pas. Seul le Dieu est Sophos, sage. Cela implique donc un parcours d’apprentissage : la philosophie implique nécessairement la modestie. Le philosophe n’est pas le « vieux sage » africain, rempli d’expérience. Ce n’est pas un « maître » accompli comme le sage oriental, un demi-dieu comme le Bouddha… - Deuxième remarque. Il faut écarter les sens ordinaires du mot « sagesse » : prudence, calme, ou simple conformité aux règles (sois sage = obéit !). Cette sagesse est présentée par les grecs comme une Connaissance, et pas seulement comme une qualité morale ou un savoir-faire pratique. Ce n’est pas non plus la connaissance de toutes choses, mais la connaissance théorique des principes qui permettent la compréhension du monde et de l’homme. Cette connaissance repose sur l’exercice de la raison naturelle, elle s’écarte donc de toute forme de croyance comme la religion. – Aristote – « Ce fut l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des Étoiles, enfin la genèse de l’univers. Apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (et c’est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve: presque tous les arts qui s’appliquent aux nécessités, et ceux qui s’intéressent au bien-être et à l’agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n’avons en vue, dans la Philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est à elle-même sa propre fin. » - Descartes – « Ce mot de philosophie signifie l’étude de la sagesse, et (...) par sagesse on n’entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de la santé et l’invention de tous les arts. (…) Il n’y a véritablement que Dieu seul qui soit parfaitement sage, c’est-à-dire qui ait l’entière connaissance de la vérité de toutes choses ; mais on peut dire que les hommes ont plus ou moins de sagesse à raison de ce qu’ils ont plus ou moins de connaissance des vérités plus importantes. » - Husserl - "Quiconque veut vraiment devenir philosophe devra "une fois dans sa vie" se replier sur soi-même et, au-dedans de soi, tenter de renverser toutes les sciences admises jusqu'ici et tenter de les reconstruire. La philosophie - la sagesse - est en quelque sorte une affaire personnelle du philosophe. Elle doit se constituer en tant que sienne, être sa sagesse, son savoir qui, bien qu'il tende vers l'universel, soit acquis par lui et qu'il doit pouvoir justifier dès l'origine et à chacune de ses étapes, en s'appuyant sur ses intuitions absolues. Du moment que j'ai pris la décision de tendre vers cette fin, décision qui seule peut m'amener à la vie et au développement philosophique, j'ai donc par là même fait voeu de pauvreté en matière de connaissance."
3) Définitions - 1er sens, hérité du sens commun : la philosophie désigne bien une disposition de l’esprit, la sagesse comme qualité ou vertu personnelle permettant d’accéder au bonheur. - Alain : « C’est une disposition de l’âme qui d’abord se met en garde contre les déceptions et humiliations, par la considération de la vanité de presque tous les biens et de presque tous les désirs. » - Lalande : « Disposition morale consistant à voir les choses de haut, à s’élever au-dessus des intérêts individuels et, par suite, à supporter avec sérénité les accidents de la vie. » - Epicure – « La philosophie n’est pas une science pure et théorique, c’est une règle pratique d’action ; bien plus, elle est elle-même une action, une énergie qui procure, par des discours et des raisonnements, la vie bien heureuse. » - 2è sens : une philosophie est une représentation générale du monde, un ensemble d’idées sur l’homme et le monde, une « façon de voir les choses » à chaque fois personnelle. Chacun a « sa » philosophie comme chacun possède « sa » culture… Mais cette définition est encore trop proche de la croyance, ou de la simple opinion personnelle. Si la philosophie se réduisait à cela, pourquoi l’enseignerait-on ? - 3è sens, la philosophie est une discipline enseignable, cette fois avec une visée beaucoup plus universelle. On n’enseigne pas « une » philosophie, mais « la » philosophie. Ce qui implique deux constantes. 1) une manière de procéder universelle : le raisonnement et la réflexion, le questionnement et la discussion, en principe accessibles à tous, sur la base d’un minimum d’acquis culturel. On apprend donc proprement à philosopher. 2) Un ensemble de domaines ou de questions elles-mêmes universelles, à propos desquelles se formulent des Idées, des thèses ou des théories qui prétendent à la vérité (même si parfois elles se contredisent). Dans le cadre de l’enseignement de la philosophie en terminale, cet ensemble forme un programme relativement précis (voir plus bas).
4) Origine et histoire de la philosophie - Sous cette forme clairement définie, la philosophie – c'est un fait – n'a pas toujours existé ; elle est historique aussi en ce sens qu'elle a eu un commencement. Certes la raison est propre à l'être humain, mais la décision de conférer à la seule pensée rationnelle la détermination du vrai (la raison universelle, présente en chaque homme, plutôt que les mythes ou les préjugés propres à chaque peuple), cette décision historique incombe aux Grecs à partir du Vè siècle avant J.-C. Par ailleurs il est évident que l'"invention" de la démocratie par les Grecs, en matière de politique, n'est pas étrangère à ce choix en faveur de la discussion rationnelle. Enfin, s'il faut attribuer à un homme en particulier la paternité de la philosophie, il s'agit indiscutablement de Socrate (né en 470 avant J.-C.). Un "père" qui nous a légué une parole (recueillie par son disciple Platon), une méthode de réflexion, un art indéniable de la discussion, une exigence de vérité et d'honnêteté… mais aucun texte ! Ce fait paradoxal est toujours à méditer… - Hegel – « En appelant Sagesse la conviction qui détermine l'homme à agir, Socrate a attribué au sujet, à l'encontre de la patrie et de la coutume, la décision finale, se faisant ainsi oracle, au sens grec. Il disait qu'il avait en lui un "daimon" qui lui conseillait ce qu'il devait faire et qui lui révélait ce qui était utile à ses amis. Le monde intérieur de la subjectivité en paraissant a provoqué la rupture avec la réalité. Si Socrate lui-même, il est vrai, accomplissait encore ses devoirs de citoyen, la vraie patrie pour lui n'était pas cet État actuellement existant et la religion de celui-ci, mais le monde de la pensée. Alors fut soulevée la question de l'existence des dieux et de leur nature. » Conséquence de cette détermination historique, on peut aller jusqu'à soutenir que la philosophie est et a toujours été occidentale. Bien sûr les autres peuples ont très tôt (plus tôt même, dans certains cas comme la Chine) développé une pensée structurée destinée à rendre compte des lois de ce Monde, mais cette pensée souvent très élaborée reste inféodée finalement à une vision religieuse, de sorte que la Raison n'y est pas véritablement autonome. - C’est un fait que la philosophie a une histoire (les "idées" ont une histoire : il est bon de s'en rappeler !) : on la découpe généralement en 3 périodes. 1) l'Antiquité et le Moyen-Age, 2) l'époque classique et moderne, 3) l'époque contemporaine. – Le mot "Antiquité" ne désigne pas seulement une période chronologique, en philosophie c'est aussi une certaine vision du monde, justement forgée par les philosophes - mais en tant qu'ils font eux aussi partie d'une époque, d'une histoire, de sorte que si la pensée des philosophes façonne l'histoire, elle en est tout aussi bien le reflet ou la conséquence. Pour faire très vite, disons que les idées "antiques" font beaucoup référence à une "nature" et, justement, au caractère intemporel des choses ; tandis que les idées du "Moyen-Age" sont très marquées par la spiritualité chrétienne et la quête de l'Eternel. Ceux que l'on appelle maintenant les "classiques" et les "modernes" sont essentiellement des "humanistes" qui, à partir de la Renaissance et jusqu'au 18è siècle, placent enfin l'Homme (et non plus la Nature ou Dieu) au centre de leur réflexion. Si "classique" évoque la recherche d'une certaine "mesure dans les formes", "moderne" met plutôt l'accent sur le changement et surtout sur la subjectivité (la pensée personnelle). Enfin le mot "contemporain" contient un piège, celui d'être confondu avec "actuel" ou "présent" : la période contemporaine en philosophie commence au 19è siècle. Hegel par exemple (philosophe allemand du 19è) est "contemporain" : on peut dire que les idées "contemporaines" sont souvent tournées vers l'Histoire, ou marquées par le souci de la « réalité historique » en général. – Quant aux philosophes actuels, c'est-à-dire "vivants", ils ne sont tout simplement pas au "programme" – car comment déterminer qui mérite de figurer dans une liste aux côtés de Socrate et de Kant ? Seul le temps peut le dire. Ils en va des philosophes comme des héros : ils ne sont déclarés "grands" que lorsqu'ils sont morts et enterrés !
II - Pourquoi apprendre la philosophie ? L’esprit et la finalité du programme.
1) Deux finalités substantiellement unies "L’enseignement de la philosophie en classes terminales a pour objectif de favoriser l’accès de chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement, et de lui offrir une culture philosophique initiale. Ces deux finalités sont substantiellement unies." (Référence. : Arrêté du 27 mai 2003, JO du 6 juin 2003 Cf. BO n°25 du 19 juin 2003) "Deux finalités" donc, liées mais distinctes : "l’exercice réfléchi du jugement" et "une culture philosophique initiale". Le premier objectif affiché contient un sous-entendu : les jugements que nous portons, nos jugements "de valeur", nos "opinions" sur les choses et les gens ne seraient pas toujours réfléchis… De ce point de vue la philosophie vient relayer l'expérience pour y ajouter un peu de raison et de rigueur. Le but affiché est d’amener l’élève ou l’étudiant à réfléchir par lui-même. – Epictète – « Voici le point de départ de la philosophie : la conscience du conflit qui met aux prises les hommes entre eux, la recherche de l'origine de ce conflit, la condamnation de la simple opinion et la défiance à son égard, une sorte de critique de l'opinion pour déterminer si on a raison de la tenir, l'invention d'une norme, de même que nous avons inventé la balance pour la détermination du poids, ou le cordeau pour distinguer ce qui est droit et ce qui est tordu. » - Hegel – « Une opinion est une représentation subjective, une idée quelconque, fantaisiste, que je conçois ainsi et qu’un autre peut concevoir autrement. Une opinion est mienne ; ce n’est pas une idée en soi générale, existant en soi et pour soi. Or la philosophie ne renferme pas d’opinions, il n’existe pas d’opinions philosophiques. » Le second objectif concerne l'acquisition d'une "culture", c'est-à-dire un savoir fondé sur un ensemble de textes et donc d'auteurs, une tradition multiséculaire. De ce point de vue, la culture philosophique constitue une sous-partie des "Lettres", de la "Littérature", ou même des « Sciences », sauf qu’elle ne se confond ni avec la littérature ni avec les sciences… Dans le créneau limité d'une année scolaire, il ne peut s'agir que d'un premier contact avec cette culture. C'est aussi, et de loin, l'aspect le plus rebutant de la matière pour les élèves, car les textes même courts ne se laissent pas approprier facilement, et cela pour deux raisons. D'abord ils n'ont pas été écrits spécialement dans un souci de clarté et de pédagogie pour des élèves de terminale du XXIè siècle ! S'ajoute à cela la difficulté de déchiffrer une langue parfois ancienne (XVIIè, XVIIIè siècle par ex.). Néanmoins, il faudra s'atteler à cette lecture difficile, tout simplement parce qu'on ne peut penser et réfléchir sérieusement sans culture, sans références sur lesquelles s'appuyer. D'une façon générale, il faut se convaincre que la lecture nous fait gagner un temps précieux, en nous permettant d'assimiler la pensée des autres et en nous évitant bien des égarements. - Rousseau – « En lisant chaque auteur, je me fis une loi d'adopter et de suivre toutes ses idées sans y mêler les miennes et celles d'un autre, et sans jamais disputer avec lui. Je me dis : "commençons par me faire un magasin d'idées, vraies ou fausses, mais nettes, en attendant que ma tête en soit assez fournie pour pouvoir les comparer et choisir". Cette méthode n'est pas sans inconvénient, je le sais, mais elle m'a réussi dans l'objet de m'instruire. Au bout de quelques années passées à ne penser exactement que d'après autrui, sans réfléchir pour ainsi dire et sans raisonner, je me suis trouvé un assez grand fonds d'acquis pour me suffire à moi-même, et penser sans le secours d'autrui. » "Deux finalités substantiellement unies." D'un côté l'exercice réfléchi du jugement, qui est une faculté et une vertu personnelle, de l'autre un minimum de lectures et de connaissances apprises, qui est l'aspect impersonnel de la philosophie. On voit que dans les deux cas (apprendre à réfléchir par soi-même, mais en passant par la pensée des autres) la philosophie s'apprend comme n'importe quelle autre matière, avec l'aide d'un professeur. Sauf que la présence d'une double finalité est particulièrement marquée en philosophie, au point que l'on demande à l'élève non seulement d'apprendre la philosophie mais aussi d'apprendre à philosopher, donc d'une certaine manière on attend de lui qu'il devienne philosophe ! On ne demande pas à l'élève, par exemple en géographie, de devenir géographe, ou à l'étudiant en littérature, de devenir écrivain… La suite du document officiel nous apporte quelques précisions importantes.
2) A partir de quand philosopher ? "La culture philosophique à acquérir durant l’année de terminale repose elle-même sur la formation scolaire antérieure, dont l’enseignement de la philosophie mobilise de nombreux éléments, notamment pour la maîtrise de l’expression et de l’argumentation, la culture littéraire et artistique, les savoirs scientifiques et la connaissance de l’histoire." Un élève de terminale n'est jamais totalement inculte philosophiquement, pour deux raisons. 1) Certains auteurs et textes étudiés en classe de français possèdent une dimension philosophique qui a déjà été abordée, ou encore certaines leçons en Histoire incluent un aspect "histoire des idées". 2) On nous dit clairement que la philosophie s'appuie sur l'ensemble de la culture acquise par l'élève. Ces remarques fournissent déjà une réponse aux trois questions que l'élève de terminale se pose généralement. a) Pourquoi aborder la philosophie seulement en terminale justement l'année du bac, comme si le travail n'était pas déjà suffisant avec l'examen !? Réponse : justement parce que la culture d'une part, la maturité personnelle d'autre part semblent fournir une base suffisante chez l'élève de terminale, mais pas avant. (En réalité, des expériences sont menées depuis des années avec des collégiens et même des enfants, lesquelles s'avèrent concluantes : il suffit simplement d'adapter le niveau de réflexion et d'expression, et bien sûr la "culture" (contes, etc.), en fonction de l'âge.) Ceci dit, la question de savoir à quel âge il convient de commencer à philosopher a toujours fait débat : - Gorgias – « Il est beau d'étudier la philosophie dans la mesure où elle sert à l'instruction et il n'y a pas de honte pour un jeune garçon à philosopher; mais, lorsqu'on continue à philosopher dans un âge avancé, la chose devient ridicule, Socrate, et, pour ma part, j'éprouve à l'égard de ceux qui cultivent la philosophie un sentiment très voisin de celui que m'inspirent les gens qui balbutient et font les enfants. » – Epicure – « Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à philosopher, et quand on est vieux, il ne faut pas se lasser de philosopher. Il n'est jamais ni trop tôt, ni trop tard pour prendre soin de son âme. Celui qui dit qu'il n'est pas encore ou qu'il n'est plus temps de philosopher, ressemble à celui qui dit qu'il n'est pas encore ou qu'il n'est plus temps d'atteindre le bonheur. . » – Kant – « La philosophie n'est véritablement qu'une occupation pour l'adulte, il n'est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsqu'on veut la conformer à l'aptitude moins exercée de la jeunesse. L'étudiant qui sort de l'enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu'il va apprendre la Philosophie, ce qui est pourtant impossible car il doit désormais apprendre à philosopher. (...) Qu'il me soit permis de dire qu'on abuse de la confiance du public lorsque, au lieu d'étendre l'aptitude intellectuelle de la jeunesse qui nous est confiée, et de la former en vue d'une connaissance personnelle future, dans sa maturité, on la dupe avec une Philosophie prétendument déjà achevée, qui a été imaginée pour elle par d'autres, et dont découle une illusion de science... » b) Comment savoir si l’on sera performant dans cette discipline qui semble nouvelle en terminale, mais qui ne l’est pas tant que cela ? Il faut déjà bien comprendre la place de la philosophie par rapport aux autres disciplines. On croit souvent à tort que celle-ci est une matière littéraire qui prolongerait en quelque sorte le français, en devenant simplement un peu plus compliquée. La part de vérité de cette croyance ne s'explique que par le poids d'une tradition typiquement française. En effet la France tire une partie de son prestige international d'être historiquement la patrie des "philosophes", ce qui était vrai surtout au 18è siècle, époque dominée intellectuellement par des philosophes-écrivains tels que Rousseau ou Voltaire. D'autre part, pour des raisons politiques et culturelles complexes, l'institution scolaire républicaine, dans la France du 19è et même du 20è siècle, a artificiellement séparé l'étude de la philosophie et celle des sciences jusqu'à laisser entendre que le philosophe était essentiellement un "littéraire". D'autre part, la même Education Nationale française a généralisé un type d'exercice effectivement plutôt littéraire, la fameuse "dissertation", qui est avant tout une réflexion personnelle argumentée. Or ce qui vaut en France ne vaut pas forcément à l'étranger, notamment dans les pays anglo-saxons où les philosophes s'orientent plutôt vers les sciences et la logique, et par ailleurs plutôt vers la discussion (dialogue) que vers la réflexion (monologue). Bref, en réalité, la philosophie se trouve au carrefour de l'ensemble des matières et des savoirs appris à l'école, au milieu d'une croix formée par les mathématiques (le calcul, la logique pure, l'abstraction), les lettres (lecture-écriture, expression, sensibilité artistique, etc.), les sciences de la nature (physique, biologie…), et enfin les "sciences humaines" (à commencer par l'histoire-géographie, mais aussi le droit, l'économie, etc.). Simplement ce "milieu" ne peut émerger à la conscience de l'élève tant que le savoir qui l'entoure et le supporte n'atteint pas lui-même un certain niveau homogène. De sorte que, pour parler de "niveau", il n'y a pas de raisons pour qu'un élève excellent dans toutes les matières ne devienne pas également excellent en philosophie : l'expérience montre que ceci est vrai neuf fois sur dix (la jeunesse, le manque de maturité, ou des problèmes personnels pouvant toujours provoquer une exception à la règle). c) Cela nous amène à la 3è question ou 3è inquiétude de l'apprenti-philosophe : puisqu'il faut un maître, n'est-il pas préférable ou même nécessaire de bien s'entendre avec lui intellectuellement ? Ne dit-on pas que, en philosophie, l'évaluation est "arbitraire" et que si "l'on n'est pas d'accord avec le prof", c'est foutu ?! Tout ceci est faux évidemment, pour une raison fondamentale, c’est que la philosophie n'est pas une affaire d'opinions. En philosophie il s’agit de développer et de défendre des Idées, des thèses, en argumentant : soit on est capable d’argumenter et l’idée et bonne, soit on n’en est pas capable, il n’y a pas d’idée du tout.
3) Autonomie et conscience critique "Cet enseignement (….) contribue ainsi à former des esprits autonomes, avertis de la complexité du réel et capables de mettre en œuvre une conscience critique du monde contemporain." - Alain – « On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l'espère bien. Toutefois l'on n'en voit pas encore les signes dans la politique, si ce n'est par une extrême prudence des pouvoirs, très attentifs présentement à l'opinion. Mais ce qui m'intéresse, c'est le mouvement de l'intelligence, car l'avenir en dépend. Si l'on veut n'être pas esclave, il faut d'abord n'être pas dupe, et résister en détail. Refuser de croire est le tout; et ce refus définit assez l'intelligence. » - Russel – "La valeur de la philosophie doit en réalité surtout résider dans son caractère incertain même. Celui qui n'a aucune teinture de philosophie traverse l'existence, prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des croyances habituelles à son temps ou à son pays et de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison." Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident ; les objets ordinaires ne font pas naître de questions et les possibilités peu familières sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons, comme il a été dit dans nos premiers chapitres, que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu'elle ne soit pas en mesure de nous donner avec certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre celle-ci de la tyrannie de l'habitude. Tout en ébranlant notre certitude concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre connaissance d'une réalité possible et différente ; elle fait disparaître le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n'ont jamais parcouru la région du doute libérateur, et elle garde intact notre sentiment d'émerveillement en nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau. » - Nietzsche – « Il me semble de plus en plus que le philosophe, étant nécessairement l'homme de demain ou d'après demain, s'est de tout temps trouvé en contradiction avec le présent; il a toujours eu pour ennemi l'idéal du jour. » On voit que l'objectif dépasse de beaucoup l'obtention d'une bonne note à l'épreuve du baccalauréat. Il s'agit d'aider le jeune à devenir un homme libre et un citoyen responsable. Qu'est-ce que la "conscience critique" ? C'est développer la capacité de douter positivement, de remettre en question et donc de questionner, parfois de protester, mais toujours en ayant soin d'analyser la situation ou le discours, toujours en prenant le temps d'argumenter (expliquer, justifier, discuter). Qu'est-ce que l'"autonomie", surtout intellectuelle ? Pas seulement la liberté, la liberté de penser ou de dire n'importe quoi. Mais savoir justifier ses opinions, pour ne pas croire et suivre les flatteurs, les fanatiques ou les démagogues ; savoir et donc pouvoir les affronter (au lieu de les fuir, ou d'être indifférent), bref penser par soi-même. On pourrait presque définir la philosophie, en raccourci, comme l'apprentissage de la liberté de penser, voire de la liberté tout court, au moyen de la réflexion - mais en soulignant d'une part l'aspect apprentissage, pour ne pas laisser croire que les bonnes idées et la sagesse viennent naturellement, et d'autre part l'aspect réflexion qui implique un certain niveau de concentration et d'abstraction… Surtout ne pas laisser croire, ou laisser dire, que l'on "naît" doué en philosophie, ou au contraire "pas doué". Cet argument sert seulement à cacher la paresse intellectuelle et la mauvaise foi. Le "don" naturel n'a rien à voir avec la réflexion, qui pour l'essentiel reste construite, volontaire et personnelle. "La complexité du réel"… autant dire que le philosophe est l'ennemi des idées simplistes, surtout des préjugés et des dogmes (vérités "révélées", soi-disant incontestables). Le philosophe n'est pas l'homme d'une seule Idée, aussi "grande" soit-elle. Les idées aussi sont dangereuses, il faut les manier avec précaution, c'est-à-dire les construire (parfois les déconstruire) patiemment. Prendre le temps de penser le réel dans toute sa complexité. On reproche souvent aux philosophes de "compliquer inutilement les choses". Ce ne sont pas les idées, mais les choses, qui sont complexes ! Préfère-t-on celui qui est compliqué ou celui qui est borné ? Lequel est le plus dangereux finalement ? Le "monde contemporain" est notre monde, c'est aussi ce qu'on appelle l'"actualité". On ne peut pas traverser son année de philo sans se demander enfin sérieusement "ce qui se passe" dans le monde et dans la société, qu'est-ce qui est juste et injuste, acceptable et inacceptable, comment articuler la réflexion (philosophique) avec l'action (politique) ?
III - De quoi traite la philosophie ? Le contenu du programme
1) Notions et problèmes "Dans les classes terminales conduisant au baccalauréat des séries générales, le programme se compose d’une liste de notions et d’une liste d’auteurs. Les notions définissent les champs de problèmes abordés dans l’enseignement, et les auteurs fournissent les textes, en nombre limité, qui font l’objet d’une étude suivie." Des Notions et des Auteurs : nous retrouvons le double aspect évoqué plus haut (réflexion / culture), mais cette fois au niveau du contenu. D'un côté des termes généraux tirés de la langue courante qu'on appelle Notions ou Concepts (comme la Conscience, la Culture, etc.), qui servent de supports plus ou moins libres pour la réflexion, de l'autre des auteurs et des oeuvres qui forment un "corpus" imposé (Platon, Descartes, etc.), également supports nécessaires pour la réflexion. Là encore, on insiste bien sur le caractère complémentaire et inséparable des deux aspects de l'enseignement. En réalité, le programme s'articule surtout autour des notions ; on peut difficilement baser le cours de terminale sur l'étude d'une œuvre unique, quand bien même elle permettrait d'aborder la totalité des notions du programme, parce que cela nous enfermerait alors dans la pensée d'un seul philosophe et nous manquerions au devoir d'aborder la "culture" philosophique dans toute sa diversité (et ses contradictions !). Ceci étant dit, nous devons étudier une œuvre (ou un extrait) pour l'oral de l'examen, et la lecture des textes fait partie intégrante du cours ainsi que des travaux dirigés. Voici la liste des auteurs (ce sont les plus célèbres) mis au programme de l'année de philo (cela veut dire que l'œuvre pour l'oral, ainsi que le texte d'explication à l'écrit (3è sujet au choix de l'épreuve) sont choisis parmi cet ensemble d'auteurs) :
"Les notions définissent les champs de problèmes"… Cela se complique un peu. D'abord qu'est-ce qu'une Notion ? Matériellement il s'agit d'un terme souvent ordinaire de la langue, mais qui s'est chargé de sens au point de désigner ce qu'on appelle vulgairement une "idée", un champ ou un aspect essentiel de la Réalité. L'Existence, la Technique, la Beauté… Il existe plusieurs termes proches comme le "Concept" ou le "Thème" : le premier désigne une idée plus spécifique, par exemple propre à un auteur ou à un domaine particulier, tandis que le second serait au contraire plus vaste, plus transversal. A vrai dire, ces distinctions subtiles nous importent peu. En revanche, le mot "Problème" dans la citation amène une série de remarques capitales. Dire que le programme de philosophie consiste en une liste de Notions ne paraît pas très exact, car la philosophie porte essentiellement sur des problèmes, non sur des notions ; c'est-à-dire qu'elle s'attarde moins sur la réalité elle-même (domaine des faits) que sur ce qu'on peut en dire (domaine des valeurs et des interprétations). D'ailleurs, on nous dit clairement que les notions désignent une série de problèmes. En philosophie on ne se contente pas d'analyser à l'infini le sens des notions (même si cette analyse doit être faite aussi), on cherche surtout à saisir et à traiter les problèmes que peuvent soulever ces notions. Quels genres de problèmes ? Qu'est-ce qu'un problème ? Il y a un problème en général lorsque "quelque chose ne va pas", lorsque qu'une difficulté intellectuelle ou existentielle est suffisamment pénible pour qu'on se mette à la recherche d'une solution. Par exemple il y a des problèmes tellement tragiques et douloureux, et en même temps tellement insolubles qu'on en a fait plutôt des questions religieuses (c'est-à-dire des mystères), du genre : y a t-il une vie éternelle après la mort, etc. Mais la religion aborde ces questions et propose des réponses au moyen de la foi, de la prière, et non par la raison et la réflexion, comme le fait la philosophie. D'autres problèmes sont tellement précis et clairement formulables qu'ils sont devenus des problèmes scientifiques (pourquoi la Terre tourne t-elle ?), ou plutôt des énigmes tôt ou tard résolues. Mais le scientifique trouve des solutions grâce aux outils mathématiques et par l'expérimentation, deux pratiques étrangères au philosophe. Entre ces deux extrêmes se trouvent les problèmes philosophiques, bien spécifiques. D'abord ils ne portent pas sur Dieu (comme la religion) et pas vraiment sur la Nature (comme la science), mais sur l'Homme. Ensuite ce ne sont pas des problèmes sans solutions rationnelles comme les mystères religieux, mais leurs solutions ne sont jamais données de manière définitive et quasi-complète comme pour les problèmes scientifiques ; ce sont des problèmes dont la solution est approchée sans jamais être certaine ou définitive. Cependant, il faut bien se garder de confondre le philosophe avec un "sceptique définitif", quelqu'un qui passerait son temps à se poser des questions insolubles : indéniablement le philosophe cherche des réponses, mais des réponses qui demeurent "ouvertes". Qu'est-ce qui pose donc problème au philosophe ? Il faudrait plutôt se demander qu'est-ce qui pose ordinairement problème aux êtres humains, puisque c'est en posant ces problèmes et en cherchant des solutions rationnelles que les hommes deviennent philosophes… On pourrait résumer en disant que l’homme se pose des « problèmes métaphysiques » parce qu’il est un « animal métaphysique », d’abord capable de s’étonner de tout, et ensuite capable de convertir son étonnement en questionnement : - Schopenhauer – « L'homme est un animal métaphysique. (…) De même, avoir l'esprit philosophique, c'est être capable de s'étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujet d'étude ce qu'il y a de plus général et de plus ordinaire ; tandis que l'étonnement du savant ne se produit qu'à propos de phénomènes rares et choisis, et que tout son problème se réduit à ramener ce phénomène à un autre plus connu. Plus un homme est inférieur par l'intelligence, moins l'existence a pour lui de mystère. Toute chose lui paraît porter en elle-même l'explication de son comment et de son pourquoi. (…) Au contraire, l'étonnement philosophique (…) suppose dans l'individu un degré supérieur d'intelligence, quoique pourtant ce n'en soit pas là l'unique condition ; car, sans aucun doute, c'est la connaissance des choses de la mort et la considération de la douleur et de la misère de la vie qui donnent la plus forte impulsion à la pensée philosophique et à l'explication métaphysique du monde. Si notre vie était infinie et sans douleur, il n'arriverait à personne de se demander pourquoi le monde existe, et pourquoi il a précisément telle nature particulière ; mais toutes choses se comprendraient d'elles-mêmes. » La conscience du mal semble donc déterminante dans l’origine des questions philosophiques. L’homme cherche un sens et pas seulement une explication : je sais bien ce qui me fait souffrir, mais je veux savoir également pourquoi ! Pourquoi le mal, pourquoi l’injustice ? Pour répondre, il faudra bien pourtant convertir ces questions en interrogations sur l’essence des choses, leur définition, donc passer à nouveau du pourquoi au qu’est-ce que… Ce sont des problèmes par exemple que de se demander : qu'est-ce qui est juste ? l'égalité est-elle plus importante que la liberté ? ou bien encore : l'homme peut-il et doit-il dominer la nature ? Tout ceci, qui concerne les principes et les valeurs en général et non les faits, la science ne nous l'apprend pas et ne nous l'apprendra jamais. Il faut que l'homme le décide lui-même, après une réflexion nourrie certes par une somme – toujours imparfaite - de connaissances. La connaissance humaine a des limites et en aura toujours ; voilà pourquoi il y a de la philosophie et pourquoi il y en aura encore longtemps, du moins tant que cette "limite" sera vécue comme un problème… Il faut donc bien comprendre que ces problèmes philosophiques sont des problèmes réels, ils ne sont pas optionnels, ils se posent et se poseront à tout homme. Donc la philosophie n’est pas et ne peut pas être une matière « optionnelle » dans le cursus scolaire : ne pas l’aborder en terminale, ce serait prendre un retard préjudiciable dans sa formation de citoyen et d’homme libre.
2) Les domaines de la philosophie et le contenu du programme Il faut bien comprendre que la philosophie, y compris dans toute l'étendue de son "programme" scolaire, ne parle jamais et n'a jamais parlé que d'une seule "chose", qui n'est pas une chose justement : l'Homme. On l'a dit, si le philosophe est si anthropologue par essence (de "anthropos" : homme en grec), c'est parce que depuis fort longtemps il a abandonné aux "sciences" (expérimentales) l'étude et la compréhension de la Nature, pour se consacrer exclusivement à l'étude de lui-même en tant qu'Homme. Donc la philosophie traite de l'Homme en général, évidemment pas de telle ou telle personne particulière (travail de la psychologie).
Quel est donc précisément, en France, le programme de philosophie pour les classes de terminale, comment décline-t-il ce vaste domaine des questions humaines, des problèmes de l’existence ? "Dans toutes les séries, la liste des notions s’articule à partir de cinq champs de problèmes, eux-mêmes désignés par des notions, isolées ou couplées, qui orientent les directions fondamentales de la recherche. Ces cinq notions ou couples de notions occupent la première colonne des tableaux ci-après." Le programme complet étant celui de la filière L, celui des autres séries n'est qu'un sous-ensemble plus ou moins important de ce programme de référence, en fonction du taux horaire consacré à la philo dans la série. Même si certaines notions sont choisies en fonction des spécialités de chaque série (les problèmes liées aux sciences, par exemple, sont bien sûr privilégiés en S), et surtout la manière de les traiter sont sensiblement les mêmes : il n'y a pas de cours de philosophie "au rabais" sous prétexte que l'horaire passe 8 heures pour les L à 2 heures pour les STT. Voici le programme pour les séries générales (les lettres L, S ou Es indiquent que l'étude de la notion est réservée à la série) :
En série technologique, 3 champs de problèmes seulement :
On remarquera que certaines notions (en italiques) servent à désigner des champs de problèmes, mais elles doivent être étudiées aussi pour elles-mêmes en tant que notions. Chacune fera l'objet d'une leçon d'introduction "chapeautant" les différentes parties du programme. De sorte que en STT, par exemple, on distingue pour être très précis : 3 champs de problèmes, à l'intérieur de ces champs 2 problèmes particuliers (dont l'un formé par le couplage ou l'opposition de deux termes), ce qui fait 3 X 3 notions, et en comptant les titres des parties cela fait au total 12 notions ! Faut-il ajouter que le traitement d’une notion fait apparaître à son tour plusieurs sous-problèmes, qui engendrent autant de parties de la leçon, voire de « leçons secondaires ». Le document officiel précise que le professeur dispose de la plus grande liberté pour organiser son cours, de sorte qu'il peut traiter les notions dans l'ordre qui lui convient, rassembler plusieurs notions au sein d'une même leçon, etc., pourvu que l'ensemble du programme soit traité. Il est possible, par exemple, de choisir une vaste problématique fédérant la totalité des problèmes liés au programme de notions (par ex. le thème du "Mal"). Le texte officiel précise surtout que les leçons du professeur ne doivent pas s'en tenir à la notion en tant que telle, mais qu'elles doivent soulever et traiter un problème précis (un peu comme dans une dissertation), problème librement formulé par le professeur. De sorte qu'une leçon sur l'Art, par exemple, peut très bien s'intituler : "L'Art imite-t-il la réalité ?" (au minimum : "L'Art et la Réalité", mais jamais simplement : "l'Art"). Mais ce n'est justement qu'une possibilité parmi d'autres. Nous reviendrons plus loin sur l'esprit et la structure de la leçon, en tant que pièce centrale et moment privilégié du "cours". Nous ne sommes pas obligés de respecter à la lettre l'ordre des parties, tel qu'il nous apparaît plus haut. Pourtant cela ne nous dispense pas de nous demander quel est cet ordre, son sens, sa logique profonde… En réalité les parties ou problématiques s'enchaînent selon un ordre précis, ainsi que les notions à l'intérieur des parties. Pourquoi, par exemple, le Bonheur intervient-il tout à la fin ? Serait-il la "fin" c'est-à-dire la finalité, le but de l'existence humaine et donc de la philosophie ? On devine que ce programme est pensé, voire lui-même orienté philosophiquement…
3) L’ordre et la logique du programme - La 1ère partie du programme des séries générales s'intitule "le Sujet" : le Sujet n'est pas autre chose que l'Homme en tant que personne ou individu. Il s'agit de savoir ce qui définit ou ce qui détermine un être humain, non pas en tant qu'être social, mais d'abord en tant qu'être individuel. – Puis vient la "Culture" (présente aussi en STT) : on passe ici de la personne individuelle au genre humain dans son ensemble, car la culture n'est jamais individuelle mais transmission collective, elle appartient à l'humanité tout entière. Mais dans ces 2 premières parties, la forme de l'interrogation reste la même, elle est de l'ordre d'un "qu'est-ce que", on cherche à définir avant tout les caractéristique de l'humain. – Puis vient "La Raison et le Réel" en séries générales, "La vérité" en séries technologique : le problème à formuler est ici celui de la connaissance, autrement dit "que pouvons-nous connaître ?", la Vérité étant précisément l'objet même de la connaissance, le but ultime, puisque savoir quelque chose revient à savoir que cette chose est vraie… La partie de la philosophie qui traite cet ensemble de problèmes se nomme "l'épistémologie" (de "épistémè" en grec, le savoir), ou encore la "philosophie des sciences". Mais il est vrai aussi que la notion de Vérité renvoie à d'autres problèmes qui n'ont rien de scientifiques : le devoir de "dire la vérité" par exemple est un problème moral, voire politique… - Justement, la "Politique" est la 4è partie pour les séries générales, tandis que le programme des STT regroupe la politique et la morale sous le chef de la notion de "Liberté". La politique est le domaine de l'action collective, de l'action ou de la "pratique" (de "praxis" = action en grec), et non celui de la recherche théorique de la vérité (problème des sciences, 3è partie), ou celui de la détermination de l'essence (l'être-essentiel) de l'homme (1ère et 2ème parties). La philosophie s'intéresse donc à l'être social de l'homme et aux principes qui pourraient rendre cette existence sociale meilleure et plus juste. – Enfin le programme se clôt avec la "Morale", elle aussi "pratique" puisqu'il s'agit de déterminer les règles pouvant guider les personnes à agir en vue de la meilleure existence possible, ce qu'on appelle vulgairement "le Bonheur"… Donc le programme forme une sorte de boucle qui va de l'homme en tant qu'être individuel (une "Conscience") à l'homme en tant que personne morale agissant parmi ses semblables… Si le thème central de la philosophie est l'Homme, le problème d'ensemble se précise nettement. On pourrait l'énoncer ainsi : "qu'est-ce que l'Homme, en tant qu'être cultivé, doit connaître et faire pour mener une existence digne et heureuse.
4) Les repères Enfin le programme se compose d'un dernier "élément", beaucoup plus "implicite" qu'explicite, c'est-à-dire qu'il fait partie de la matière philosophique et de l'apprentissage de toute façon : "L’étude méthodique des notions est précisée et enrichie par des repères auxquels le professeur fait référence dans la conduite de son enseignement." Ces repères sont des termes plus ou moins courants qui ont une grande importance dans la construction de la pensée et la pratique de la réflexion : ce ne sont pas des "thèmes" mais des "concepts opératoires" souvent présentés deux par deux sous forme d'oppositions (par exemple "absolu/relatif", ou "théorie/pratique". Il n'est pas question de leur consacrer un cours spécialement, on nous demande seulement de les souligner, de les définir et surtout de savoir les utiliser au fur et à mesure de l'évolution du cours – En voici la liste complète : Absolu/relatif - Abstrait/concret - En acte/en puissance - Analyse/synthèse - Cause/fin - Contingent/nécessaire/possible - Croire/savoir - Essentiel/accidentel - Expliquer/comprendre - En fait/en droit - Formel/matériel - Genre/espèce/individu - Idéal/réel - Identité/égalité/différence - Intuitif/discursif - Légal/légitime - Médiat/immédiat - Objectif/subjectif - Obligation/contrainte - Origine/fondement - Persuader/convaincre - Ressemblance/analogie - Principe/conséquence - En théorie/en pratique - Transcendant/immanent - Universel/général/particulier/singulier
IV - Qu’est-ce qu’un cours de philosophie ? L'organisation du travail.
Il faut distinguer soigneusement 3 aspects dans l'organisation du travail : les leçons, les travaux dirigés, les devoirs. La leçon est d'abord le travail du professeur, mais évidemment elle doit être travaillée (apprise) ensuite par l'élève. Les devoirs sont les travaux propres aux élèves, on entend par là ces exercices fondamentaux de "type bac" que sont la dissertation et l'explication de texte, mais évidemment ils doivent ensuite être corrigés par le professeur. Or la transmission du savoir, ou plutôt l'apprentissage de la réflexion philosophique, ne consiste pas seulement en un "passage" direct – qui serait alors bien mystérieux ! – du professeur vers l'élève par les seules vertus de la parole (du professeur) et de l'écoute (de l'élève). Elle suppose une phase intermédiaire d'assistance et d'apprentissage, de collaboration étroite entre le professeur et les élèves, sous la forme d'exercices variés que nous préférons appeler "travaux dirigés". En même temps, ce sont trois manières d'être en classe très différentes. Le vécu le plus contraignant est bien sûr le devoir ("sur table" ou "surveillé") où l'on n'a pas d'autre choix que d'être concentré au maximum. Le plus délicat est peut-être le "cours" (la leçon, en fait) où l'attention constante (et l'on sait que ce n'est pas facile !) de tous doit répondre à l'effort personnel (assez considérable) du professeur, ce qui ne se fait pas sans un minimum de "discipline". Enfin, les séances de travaux dirigés peuvent être beaucoup plus informelles, elles doivent permettre à chacun de s'exprimer librement et de progresser à son rythme. Voyons tout cela plus en détail.
1) Le cours (leçons)
Le cours de philosophe n'est pas tout à fait un cours comme les autres. Etant donné que sa finalité n'est pas – pas seulement – la transmission de contenus mais aussi l'apprentissage d'une réflexion vivante et pertinente, c'est-à-dire la formation progressive d'une certaine "compétence", il ne se réduit pas à un exposé neutre de type "encyclopédique". Il n'est pas inversement une libre discussion "de comptoir", un débat collectif informe ou encore un "délire personnel"… Le cours de philo est certes "personnel", davantage que tout autre peut-être, mais il devient collectif dès lors qu'il est partagé par un public (les élèves en l'occurrence). De plus il est évidemment structuré. A quoi ressemble une leçon de philosophie ? La leçon traite un problème, en rapport avec une ou plusieurs notions du programme (par exemple l'Art), qui doit être identifié dans une introduction et traité dans un développement en plusieurs parties. D'abord elle est chapeautée par un titre sous forme de question (par exemple : l'Art nous détourne-t-il de la réalité ?). Puis l'introduction s'efforce donc de faire apparaître un problème. Pour cela il faut s'interroger, et montrer que certaines affirmations communes – supposées évidentes – ne vont pas justement pas de soi. (Avertissement : les 3 paragraphes suivants, très théoriques , ne sont pas nécessairement à lire par les élèves, du moins pas immédiatement...)Distinguons plusieurs étapes dans l'introduction. 1) Celle-ci fait émerger d'abord ce qu'on appelle les "représentations communes" ou la "doxa" (croyance ou préjugé en grec). Par exemple : l'Art nous permet de nous évader, de fuir la réalité. Pas besoin d'être philosophe pour exprimer cela. Malheureusement, c'est loin d'être tout à fait vrai. D'où le titre de la leçon, justement sous la forme d'une question remettant en cause cette opinion commune trop facile. Ensuite, il faut savoir de quoi l'on parle exactement. 2) On donne donc une définition "basique" ou provisoire des notions en jeu (l'Art, surtout, et la réalité), en soulignant bien leur polysémie, déjà en soi problématique. On complètera utilement cette première définition par un regard sur l'étymologie (grecque en général, puis latine) de ces termes : cela nous indiquera quelle était, non pas leur "vrai" sens, mais leur premier usage connu. On continue d'opérer une série de "distinctions conceptuelles", c'est-à-dire qu'on étudie encore le sens des mots à partir, par exemple, de leurs contraires, ou de leurs "proches" (art et travail, art et jeu, etc.). 3) Ensuite on en vient à l'énoncé du problème. Comment ? la question posée en titre n'est-elle pas le problème, justement ? Non, car si la question contient un problème, c'est-à-dire une contradiction, puis une alternative (un conflit de solutions), c'est parce que les notions elles-mêmes possèdent plusieurs sens, de sorte que si l'on privilégie tel ou tel sens au départ, tel ou tel type de réponse sera conséquemment privilégié. Il fallait donc bien analyser les termes du sujet, en amont, pour faire jaillir ces contradictions ! Si je pense que l'Art est avant tout une technique de fabrication, je ne verrai pas bien en quoi l'art se différencie fondamentalement de l'artisanat, et je dirai que l'artiste est une sorte d'artisan qui se contente d'embellir un peu la réalité. Mais si je pense que l'art est le "règne de l'imagination", une "vision" particulière des choses, je pencherai plutôt pour dire que l'art nous éloigne de la réalité. A moins qu'il cherche à nous montrer une "autre" réalité", ou bien la "vraie" réalité !! Bref, nous venons ici de commencer la "problématisation" de la question, problématisation rendue possible par l'analyse des différentes significations des termes. Après : 4) Il nous reste à énoncer un plan, c'est-à-dire la manière dont nous comptons traiter et solutionner ce problème, donc dans quel ordre précis nous allons procéder. Notons que ce qui vient d'être dit sur l'introduction de la leçon vaut exactement pour une introduction de dissertation, et il en va de même pour ce qui suit. (Mais la méthodologie de la dissertation fera l'objet d'une leçon spéciale.) Tout le développement (en 2, 3 ou 4 parties) ne fait qu'appliquer ce qui aura été décidé et annoncé dès l'introduction. A partir de maintenant nous allons mener parallèlement un double travail : nous allons développer l'analyse des notions en consacrant chaque partie à l'un des aspects que nous aurons identifiés, et nous allons nous rendre compte que cet aspect des choses, lorsqu'il est pris comme mesure ou comme unique repère, conduit à un certain point de vue, à certaines thèses bien précises. Plus l'aspect ou l'angle de vision par lequel on considère les choses est étroit, plus les thèses sont tranchées, affirmatives, voire intolérantes. Bien souvent un point de vue paraît également correspondre à une période historique (par exemple, dire : "l'art imite la nature", c'est une thèse antique, indéfendable aujourd'hui). Dans une deuxième partie, nous changerons de point de vue tout simplement parce que nous nous concentrerons sur un autre aspect, une autre définition de la notion. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous ayons le sentiment d'avoir fait le "tour de la question" et d'être en mesure d'y apporter une réponse, mais cette fois "en connaissance de cause", c'est-à-dire de façon réfléchie et argumentée. Ce sera enfin l'objet de la conclusion : récapituler notre parcours, et répondre de manière précise mais nuancée. Conceptualiser, Problématiser, Argumenter. - En théorie, la réflexion philosophique quelque soit sa forme (leçon, explication, dissertation…) fait apparaître trois opérations intellectuelles menées parallèlement, et ce sont ces compétences là qui sont à acquérir par l'élève. 1) Conceptualisation : ce sont des termes, du moins certains mots qui demandent à être conceptualisés, c'est-à-dire transformés en concepts par l'analyse méthodique de leurs significations. Cela implique à tout le moins qu'on ne se contente pas de leur sens "courant" : le mot "existence" par exemple contient (dans son concept, après analyse) l'idée de "s'extérioriser", voire de se "transformer" en allant au-dehors de soi, il ne signifie pas seulement et bêtement le fait d'"être" ce que l'ont est… Or il y a déjà presque comme une contradiction ! C'est pourquoi, dès qu'un mot est transformé en concept, les problèmes ne tardent pas à surgir. D'où la phase suivante… 2) Problématisation : les affirmations (ou "thèses" ou "idées") que l'on avance à propos des choses en général, sont toujours contestables, et sont toujours contestées. C'est la phrase cette fois (et non le mot, la notion), qui est à problématiser, à interroger, jusqu'à ce qu'émerge un faisceau de questions cohérentes et complémentaires qu'on appelle la "problématique". Mais ceci resterait impossible si le travail de conceptualisation n'avait pas déjà été effectué en amont. Dans notre exemple, on s'aperçoit que l'affirmation "exister, c'est être" est hautement problématique parce que, tout bien considéré, "exister c'est aussi bien devenir ce qu'on est pas (encore)"… A partir de là, il va falloir songer à développer ces différents points de vue (et pas seulement les différents sens, comme dans la conceptualisation) au moyen d'une argumentation… 3) L'Argumentation, ce sont les différents moyens d'expression et de raisonnement qui seront utilisés pour défendre tour à tour les différents point de vue, mais aussi pour s'orienter vers celui qui nous semble le plus juste. Au final, il s'agit toujours de défendre une thèse plutôt qu'une autre. Concrètement, cela consiste à ajuster et à enchaîner des paragraphes de la façon la plus démonstrative (et convaincante) possible.
Pendant le cours. - Le cours de philo – comme n'importe quel cours d'ailleurs – est censé être "participatif" : à la limite il est une "œuvre collective" lorsque la classe se montre particulièrement motivée. Il arrive souvent que les interventions des élèves, leurs remarques, parfois leurs objections, infléchissent le cours préparé du professeur : dans notre cas il en sera systématiquement tenu compte, et les remarques pertinentes (jugées comme telles par la classe tout entière) seront intégrées au cours. Bref un cours est vivant, le résultat d'une réflexion commune et partagée (sinon les élèves dorment, ou bavardent…), c'est pourquoi il est indispensable et nullement remplaçable par un livre. Pour cette même raison, on limitera l'usage des polycopiés de la leçon. Le cours doit être pris et noté proprement, dans un cahier ou un classeur, condition pour qu'il soit appris. Dans notre cas, le plan du cours sera systématiquement écrit au tableau, ainsi que certains vocables ou expressions. Par ailleurs, prendre le cours pose généralement un problème de compatibilité, qu'il faut régler dès les première séances, entre le débit de parole du professeur et la vitesse de notation des élèves, très diverses d'ailleurs au sein d'une même classe. Il faut donc prendre "tout" le cours, mais pas forcément "à la lettre" : vous pouvez passer certaines phrases si elles vous paraissent inutiles pour votre compréhension, vous pouvez évidemment abréger votre graphie. Si vous "décrochez" à un moment donné, inutile d'ameuter toute la classe sous prétexte que vous avez manqué un mot ou une phrase ! Laissez un blanc afin de le combler plus tard. Inversement, certains élèves qui non seulement écrivent mais comprennent plus vite que d'autres ne doivent pas s'impatienter si le rythme du cours leur semble trop long. La classe est un collectif et le professeur travaille pour tous, pas spécialement pour les meilleurs. Le "rythme de croisière" d'un cours ne peut pas être établi définitivement avant plusieurs jours. Par ailleurs, l'élève doit apprendre à distinguer deux, et même trois régimes d'élocution du professeur. Avant toute chose, il y a ce qui est écrit au tableau, soit au fur et à mesure de sa progression le plan détaillé de la leçon. Concernant la parole, le régime d'élocution le plus lent est celui des citations d'auteurs, qui ne doivent pas être tronquées, puis vient la "dictée" ordinaire du cours (qui n'en est pas une, mais plutôt une parole lentement articulée, qui laisse le temps de noter et de réfléchir), enfin les explications complémentaires beaucoup plus rapides mais qui pour la plupart des élèves ne sont pas à noter. On peut ajouter à ce tableau les discussions imprévisibles et presque toujours appréciées qui peuvent survenir entre le professeur et la classe… imprenables en notes parce que souvent inaudibles !! Enfin, et ce n'est pas un détail, au cours proprement dit s'ajoutent les nombreux textes d'auteurs (mais aussi des documents divers, scientifiques, journalistiques, écrits comme audio-visuels) qui sont distribués au début de chaque leçon et qui devront y être intégrés au fur et à mesure de sa progression. Ces textes souvent très courts, donnés initialement sous la forme d'un polycopié unique, seront lus en classe au moment voulu, expliqués, puis découpés et collés par l'élève dans son cahier de cours. Dès lors, il va de soi que "réviser son cours" implique également de relire les textes ! Selon nous, le cours de philo idéal devrait suivre cette régle d'or consistant à harmoniser trois manières d'être-au-langage irréductibles et incontournables : 1/3 de lecture (auteurs), 1/3 d'expression orale et de discussion (parole de l'élève), 1/3 d'écoute (parole du professeur) et de prise de notes. Important : sachez que chaque nouvelle séance débute par une série de questions sur la séance précédente. C'est indispensable pour faire le lien, "rafraîchir la mémoire", et… pour évaluer le sérieux des élèves. Considérez donc qu'en l'absence de consignes particulières, il y a toujours "un travail pour la prochaine fois" : travailler le cours, c'est-à-dire la leçon.
Avec les classes des séries technologiques, nous adoptons une méthode de cours spécifique. Nous traitons une question par séance. Chaque notion du programme (y compris les notions-titres, comme la "Culture") donne lieu à 3 leçons ou 3 questions dont : 1 leçon introductive (question "qu'est-ce que ?" l'art, la justice, etc.), et 2 leçons dissertatives (questions : "est-ce que ?", soit des discussions en 2 ou 3 parties). Naturellement, une séance sur deux (en demi-classe) est consacrée aux TD, qui accompagnent le cours mais ressortissent d'une tout autre méthode. Enfin toutes les 6 semaines, il y a une interrogation écrite de révision. Chaque séance de cours (leçon) se déroule elle-même en plusieurs étapes : > Pour les leçons introductives : 1) définition polysémique de la notion-titre + étymologie (> 10 mn) ; 2) construction d'une problématique en forme de "qu'est-ce que" : a) élaborer une définition philosophique (recherche de l'"essence"), puis b) dégager la nature du problème principal (sur lequel va porter le conflit des interprétations) (> 15 mn) ; 3) histoire des principales thèses et solutions au problème principal, selon les philosophes : a) antiques, b) modernes, c) contemporains. Cette partie se présente donc explicitement comme une brève "histoire des idées", et elle s'appuie sur deux ou trois textes courts, lus et commentés en classe (> 30 mn). Plan de leçon au tableau et prise de notes par les élèves. > Pour les leçons dissertatives : 1) annonce et justification de la question ("pourquoi cette question "?), définition des termes concernés, position du problème et annonce d'un plan de discussion (2 parties opposées la plupart du temps) : tout ceci formant une introduction notée au tableau (> 10 mn) ; 2) 1er aspect ou point de vue sur la question, en procédant comme suit : a) lecture du ou des textes/documents distribués, destinés à faire germer les réflexions critiques des élèves (> 5/10 mn), b) interrogation orale d'un élève afin d'identifier les arguments et la thèse du texte, puis brève discussion collective (> 5/10 mn), c) rédaction et dictée d'une synthèse écrite (> 5 mn) ; 3) 2è aspect ou point de vue sur la question, selon la même division chronologique ; 4) conclusion : synthèse et prise de position (ouverte et nuancée, sinon consensuelle !) > 5mn. Le tout donne lieu à un schéma d'argumentation (= plan de la leçon/dissertation) noté au tableau.
Après le cours. - Que faire exactement avec ce cours ? Le travailler, donc, et si possible par 2 fois : le soir même de la leçon (relecture rapide) et la veille de la leçon suivante (de façon plus soutenue). Mais que signifie "apprendre" un cours de philo ? D'abord il ne s'agit pas d'apprendre toute la leçon "par cœur", cela va de soi, puisque la finalité est de comprendre le problème et les thèses en jeu, afin de savoir réfléchir "par soi-même" ensuite. Voici ce qu'il faut faire, concrètement : 1) relire la leçon attentivement en cochant dans la marge ce qui n'est pas clair ou même pas compris du tout (alors que cela semblait clair en classe…), 2) apprendre par cœur le plan de la leçon ou de la partie de leçon révisée (puisque le cours est structuré, il fait apparaître de nombreux titres et sous-titres) : cela permettra de mémoriser le "squelette" du cours, ce qui sera particulièrement précieux en fin d'année, voire le jour de l'examen, où il s'agira de "retrouver" dans sa mémoire les parties du cours où la question a été traitée ; 3) apprendre également par cœur une phrase par paragraphe, soit une phrase de synthèse rédigée par vous, soit une citation d'auteur, soit une phrase vous paraissant particulièrement claire et représentative du sujet abordé dans le paragraphe ; 4) ensuite vous revenez sur les éventuelles difficultés soulignées au début, et vous tentez de mieux les comprendre. Si décidément vous n'y "comprenez rien", posez la question au professeur au début de la séance suivante (lequel ne demande pas mieux que de vous aider).
Evaluation liée au cours. - 1) Les leçons donnent lieu régulièrement (2 ou 3 par trimestre) à des interrogations écrites ou "contrôles" (coef. 1). En une heure, il faut être capable de restituer de mémoire certaines définitions, citations courtes, titres et sous-titres de la leçon, et d'autre part on posera des questions de compréhension simples, directement en rapport avec le cours. - D'autres part, durant ces contrôles écrits, le professeur en profite pour jeter un œil sur les cahiers des élèves (avantage entre autres : vous n'avez plus la tentation de les ouvrir pendant l'exercice !) : un cahier ou classeur bien tenu vaut 2 points de bonus ajoutés la note du contrôle, un cahier mal tenu vaut 2 point en moins, un cahier laissant une impression mitigée n'apporte ni ne retire aucun point, enfin un cahier oublié ou non tenu vaut 5 points en moins ! – 2) Le cours donne lieu également à une note d'oral par trimestre (coef. 2) : celle-ci se subdivise en une note sur 10 pour la fréquence et la qualité des interventions orales (capacité de l'élève à questionner ou à discuter correctement pendant la leçon, mais aussi sa capacité à répondre aux questions sur la séance précédente ou sur les textes distribués), et une note sur 10 sanctionnant l'attitude en classe. Exemple 1 : l'élève effacé qu'"on n'entend jamais" (aucune participation malgré une attitude irréprochable : aucun bavardage, aucun retard…) obtiendra 0/10 (participation) + 10/10 (attitude) = 10/20. Exemple 2 : l'élève occasionnellement bavard ("perturbateur" involontaire mais non "provocateur" volontaire) mais qui répond aussi de temps en temps aux questions obtiendra, par exemple : 5/10 + 5/10 = 10/20. - Important : nous tenons à ce que cette note d'oral soit élaborée collectivement (afin d'éviter tout "dérapage" de la part du prof et tout sentiment d'injustice de la part de l'élève : la moitié de la note est attribuée par l'élève lui-même (auto-évaluation), l'autre moitié est donnée par le professeur. Conseil : pour que l'auto-évaluation soit la plus juste et la plus précise possible et ne se réduise pas à une impression générale, chaque élève se note à l'issue de chaque séance (en fonction de son comportement, ses interventions, etc.) : en fin de période, il ne lui restera plus qu'à faire la moyenne ! < |