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Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
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LIENS
Comment une connaissance du vivant est-elle possible ?
Commentaire Descartes : le corps est une machine déterminée
Documents
TEXTES
DESCARTES Je sais bien que les bêtes font beaucoup
de choses mieux que nous, mais je ne m'en étonne pas; car cela même sert à
prouver qu'elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu'une
horloge, laquelle montre bien mieux l'heure qu'il est, que notre jugement ne
nous l'enseigne. Et sans doute que, lorsque les hirondelles viennent au
printemps, elles agissent en cela comme des horloges. Tout ce que font les
mouches à miel est de même nature, et l'ordre que tiennent les grues en
volant, et celui qu'observent les singes en se battant, s'il est vrai qu'ils
en observent quelqu'un, et enfin l'instinct d'ensevelir leurs morts, n'est
pas plus étrange que celui des chiens et des chats, qui grattent la terre
pour ensevelir leurs excréments bien qu'ils ne les ensevelissent presque
jamais : ce qui montre qu'ils ne le font que par instinct, et sans y penser.
On peut seulement dire que, bien que les bêtes ne fassent aucune action qui
nous assure qu'elles pensent, toutefois, à cause que les organes de leurs
corps ne sont pas fort différents des nôtres, on peut conjecturer qu'il y a
quelque pensée jointe à ces organes, ainsi que nous expérimentons en nous,
bien que la leur soit beaucoup moins parfaite. quoi je n'ai rien à répondre,
sinon que, si elles pensaient ainsi que nous, elles auraient une âme
immortelle aussi bien que nous ; ce qui n'est pas vraisemblable, à cause
qu'il n'y a point de raison pour le croire de quelques animaux, sans le
croire de tous, et qu'il y en a plusieurs trop imparfaits pour pouvoir
croire cela d'eux, comme sont les huîtres, les éponges, etc. BERNARD (Claude) S'il fallait définir la vie d'un seul mot, qui, en exprimant bien ma pensée, mît en relief le seul caractère qui, suivant moi, distingue nettement la science biologique, je dirais: la vie, c'est la création. En effet, l'organisme créé est une machine qui fonctionne nécessairement en vertu des propriétés physico-chimiques de ses éléments constituants. Nous distinguons aujourd'hui trois ordres de propriétés manifestées dans les phénomènes des êtres vivants: propriétés physiques, propriétés chimiques et propriétés vitales. Cette dernière dénomination de propriété vitale n'est, ellemême, que provisoire; car nous appelons vitales les propriétés organiques que nous n'avons encore pu réduire à des considérations physico-chimiques; mais il n'est pas douteux qu'on y arrivera un jour. De sorte que ce qui caractérise la machine vivante, ce n'est pas la nature de ses propriétés physico-chimiques, si complexes qu'elles soient, mais bien la création d'une machine qui se développe sous nos yeux dans les conditions qui lui sont propres et d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie. Introduction à l'étude de la Médecine expérimentale.
COMTE
L'idée de vie suppose constamment la
corrélation nécessaire de deux éléments indispensables, un organisme
approprié et un milieu convenable. C'est de l'action réciproque de ces deux
éléments que résultent inévitablement tous les divers phénomènes vitaux, non
seulement animaux, comme on le pense d'ordinaire, mais aussi organiques. Il
s'ensuit aussitôt que le grand problème permanent de la biologie positive
doit consister à établir, pour tous les cas, d'après le moindre nombre
possible de lois invariables, une exacte harmonie scientifique entre ces
deux inséparables puissances du conflit vital et l'acte même qui le
constitue, préalablement analysé ; en un mot, à lier constamment, d'une
manière non seulement générale, mais aussi spéciale, la double idée d'organe
et de milieu avec l'idée de fonction. Cours de philosophie
positive (1830-1842), « Quarantième leçon » . CANGUILHEM
Un rationalisme raisonnable doit savoir
reconnaître ses limites et intégrer ses conditions d'exercice.
L'intelligence ne peut s'appliquer à la vie qu'en reconnaissant
l'originalité de la vie. La pensée du vivant doit tenir du vivant l'idée du
vivant. (...) Dans l'Electre, de Jean Giraudoux, le mendiant, l'homme du
trimard qui heurte du pied sur la route les hérissons écrasés, médite sur
cette faute originelle du hérisson qui le pousse à la traversée des routes.
Si cette question a un sens philosophique, car elle pose le problème du
destin et de la mort, elle a en revanche beaucoup moins de sens biologique. La Connaissance de
la vie, Paris, Ed. Vrin, 1965, pp 12-13, 39 JACOB (François)
Il a sans cesse fallu lutter, dans les
sciences de la nature, pour se débarrasser de l'anthropomorphisme, pour
éviter d'attribuer des qualités humaines à des entités variées. En
particulier, la finalité qui caractérise beaucoup d'activités humaines a
longtemps servi de modèle universel pour expliquer tout ce qui, dans la
nature, paraît orienté vers un but. C'est le cas notamment des êtres vivants
dont toutes les structures, les propriétés, le comportement semblent à
l'évidence répondre à un dessein. Le monde vivant a donc constitué la cible
favorite des causes finales. De fait, la principale « preuve » de
l'existence de Dieu a longtemps été « l'argument d'intention ». Développé
notamment par Paley dans sa Théologie naturelle, publiée quelques années
seulement avant l'origine des Espèces, cet argument est le suivant. Si vous
trouvez une montre, vous ne doutez pas qu'elle a été fabriquée par un
horloger. De même, si vous considérez un organisme un peu complexe, avec
l'évidente finalité de tous ses organes, comment ne pas conclure qu'il a été
produit par la volonté d'un Créateur ? Car il serait simplement absurde, dit
Paley, de supposer que l' il d'un mammifère, par exemple, avec la précision
de son optique et sa géométrie, aurait pu se former par pur hasard. Le jeu des
possibles, pp. 32 sq., Fayard. |