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Commentaire d'un texte de Nietzsche sur la science
Commentaire d'un texte de Bachelard sur la science

Documents

Duhem, La théorie physique

 

 

TEXTES

 

 

Platon

Remarque donc, repris-je, si tu veux bien regarder, que, 523b parmi les objets qui frappent nos sens, les uns n'invitent pas l'intelligence à la réflexion, parce que les sens suffisent à en juger, que les autres au contraire l'engagent instamment à les examiner, parce que la sensation qu'ils produisent ne donne rien de sain.
Tu veux évidemment parler, dit-il, des objets vus dans le lointain et des dessins en perspective ?

Tu n'as pas du tout saisi, répliquai-je, ce que je veux dire.

Que veux-tu donc dire ? demanda-t-il.

Les objets qui n'excitent pas à la réflexion, répondis-je, sont ceux qui ne produisent pas à la fois deux impressions opposées; 523c s'ils les produisent au contraire, je les range parmi ceux qui invitent à la réflexion, et c'est le cas lorsque l'impression qui nous arrive, soit de près, soit de loin, ne laisse pas discerner que l'objet soit ceci plutôt que cela. Donnons un exemple qui te fera saisir plus nettement ce que je veux dire. Voici, dis-je, trois doigts: le pouce, l'index et le majeur.

Bien, dit-il.

Conçois en outre que je les suppose vus de près, puis fais avec moi cette observation sur eux.

Laquelle ?

Chacun d'eux parait également un doigt; et peu importe à cet égard 523d qu'on le voie au milieu ou à l'extrémité, blanc ou noir, gros ou menu, et ainsi de toutes les qualités du même genre; car en tout cela l'âme chez la plupart des hommes1 n'est pas obligée de demander à l'entendement ce que c'est qu'un doigt, parce qu'en aucun cas la vue ne lui a témoigné en même temps qu'un doigt fut autre chose qu'un doigt.

Non certes, dit-il.

Il est donc naturel, repris-je, qu'une telle sensation n'excite ni ne réveille l'entendement. 523e

C'est naturel.

Mais s'il s'agit de la grandeur ou de la petitesse des doigts, la vue les discerne-t-elle suffisamment, et lui est-il indifférent que l'un d'eux soit au milieu ou à l'extrémité ? et pareillement le toucher sent-il suffisamment l'épaisseur et la minceur, la mollesse et la dureté? et en général les sens ne sont-ils pas insuffisants à juger de telles qualités ? N'est-ce pas ainsi que chacun d'eux procède? D'abord le sens qui est chargé de percevoir 524a ce qui est dur a été nécessairement chargé aussi de percevoir ce qui est mou, et il rapporte à l'âme que le même objet lui donne une sensation de dureté et de mollesse.

Il en est ainsi, dit-il.

N'est-il pas inévitable, repris-je, qu'en pareil cas l'âme, de son coté, soit perplexe2 et se demande ce que signifie une sensation qui signale dans le même objet la dureté et la mollesse ? De même pour la sensation du léger et du lourd, que faut-il entendre par ce léger et ce lourd, lorsque la sensation signale que le lourd est léger, et que le léger est lourd? 524b

En effet, dit-il, ce sont là pour l'âme des témoignages étranges et qui réclament l'examen.

Il est donc naturel, repris-je, que l'âme en cette perplexité appelle à son secours l'entendement et la réflexion et tâche d'abord de se rendre compte si chacun de ces témoignages porte sur une seule chose ou sur deux.

Sans doute.

Si elle juge qu'il y en a deux, chacune d'elles ne paraît-elle pas une et distincte de l'autre ?

Si.

Si donc chacune d'elles lui paraît une, et l'une et l'autre, deux, elle les concevra toutes deux comme séparées; autrement, 524c elle ne les concevrait pas comme deux choses, mais comme une seule 3.

Fort bien.

Or la vue, disons-nous, a perçu la grandeur et la petitesse non comme séparées, mais comme confondues ensemble, n'est-ce pas ?

Oui.

Et pour débrouiller cette confusion, l'entendement est forcé de voir alors la grandeur et la petitesse, non plus confondues, mais séparées, au rebours de ce que fait la vue.

C'est vrai.

De là nous vient d'abord l'idée de rechercher ce que peut être la grandeur et la petitesse.

Oui.

C'est de la même manière que nous avons distingué ce qui est intelligible et ce qui est visible.

524d C'est très exact, dit-il.

VIII Eh bien, voila ce que je voulais faire entendre tout à l'heure, quand je disais que certains objets excitent à penser, et que d'autres ne le font point, et que je rangeais parmi les premiers ceux qui affectent les sens en produisant deux impressions opposées, et ceux qui n'offrent point cette contradiction parmi ceux qui n'éveillent pas la pensée.

République VII, 523bc

 

DESCARTES

Par là on voit clairement pourquoi l'arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres sciences : c'est que seules elles traitent d'un objet assez pur et simple pour n'admettre absolument rien que l'expérience ait rendu incertain, et qu'elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par raisonnement. Elles sont donc les plus faciles et les plus claires de toutes, et leur objet est tel que nous le désirons, puisque, sauf par inattention, il semble impossible à l'homme d'y commettre des erreurs. Et cependant il ne faut pas s'étonner si spontanément beaucoup d'esprits s'appliquent plutôt à d'autres études ou à la philosophie : cela vient, en effet, de ce que chacun se donne plus hardiment la liberté d'affirmer des choses par divination dans une question obscure que dans une question évidente, et qu'il est bien plus facile de faire des conjectures sur une question quelconque que de parvenir à la vérité même sur une question, si facile qu'elle soit.
De tout cela on doit conclure, non pas, en vérité, qu'il ne faut apprendre que l'arithmétique et la géométrie, mais seulement que ceux qui cherchent le droit chemin de la vérité ne doivent s'occuper d'aucun objet, dont ils ne puissent avoir une certitude égale à celle des démonstrations de l'arithmétique et de la géométrie. (Règles, II )

 

Spinoza

Il y a une perception acquise par expérience vague, c'est-à-dire par une expérience qui n'est pas déterminée par l'entendement; (...) Je sais par expérience vague que je mourrai; si je l'affirme, en effet, c'est que j'ai vu d'autres êtres semblables à moi rencontrer la mort, bien que tous n'aient pas vécu le même espace de temps que moi et ne soient pas morts de la même maladie. (...) Et ainsi ai-je appris tout ce qui ou presque se fait pour l'usage de la vie. (...)
Soient donnés trois nombres, on en cherche un quatrième qui soit au troisième comme le second est au premier. Des marchands diront ici maintes fois qu'ils savent ce qu'il faut faire pour trouver ce quatrième nombre parce qu'ils n'ont pas encore oublié le procédé que sans démonstration ils ont appris de leurs maîtres. D'autres de l'expérience des cas simples tirent un principe universel: il arrive que le quatrième nombre soit connu comme dans la proportion 2,4,3,6 et l'expérience montre qu'en divisant par le premier le produit du second et du troisième, on a comme quotient le nombre 6; en obtenant par cette opération le même nombre qu'ils savaient déjà être le quatrième proportionnel demandé, ils en concluent que cette opération permet toujours de trouver un quatrième proportionnel (...) Outre que cette connaissance est fort incertaine, et n'est jamais définitive, on ne percevra jamais par expérience vague autre chose que des accidents dans les choses de la nature, et de ces derniers nous n'avons d'idée claire que si les essences nous sont d'abord connues. Il faut donc (...) rejeter l'expérience vague.

Traité de la réforme de l'entendement (1661), §12,15,16, 23



MALEBRANCHE

Les erreurs où l'on tombe (...) dans toutes les sciences auxquelles on applique la géométrie, ne viennent point de la géométrie, qui est une science incontestable, mais de la fausse application qu'on en fait. On suppose par exemple que les planètes décrivent par leur mouvement des cercles et des ellipses parfaitement régulières ; ce qui n'est point vrai. On fait bien de le supposer, afin de raisonner, et aussi parce qu'il s'en faut peu que cela ne soit vrai, mais on doit toujours se souvenir que le principe sur lequel on raisonne est une supposition. De même, dans les mécaniques on suppose que les roues et les leviers sont parfaitement durs et semblables à des lignes et à des cercles mathématiques, sans pesanteur, et sans frottement ; ou plutôt on ne considère pas assez leur pesanteur, leur matière ni le rapport que ces choses ont entre elles : que la dureté ou la grandeur augmente la pesanteur, que la pesanteur augmente le frottement, que le frottement diminue la force, qu'elle rompt ou use en peu de temps la machine, et qu'ainsi ce qui réussit presque toujours en petit ne
réussit presque jamais en grand. »

De la recherche de la vérité, Livre VI, 1ère partie, c, IV, in Oeuvres, Bibl. de la Pléiade, t. 1, p. 618.
 


HUME

Tout ce qui est peut ne pas être. Il n 'y a pas de fait dont la négation implique contradiction. L'inexistence d'un être, sans exception, est une idée aussi claire et aussi distincte que son existence. La proposition, qui affirme qu'il n'existe pas, même si elle est fausse, ne se conçoit et ne s'entend pas moins que celle qui affirme qu'il existe. Le cas est différent pour les sciences proprement dites. Toute proposition qui n'est pas vraie y est confuse et inintelligible. La racine cubique de 64 est égale à la moitié de 10, c'est une proposition fausse et l'on ne peut jamais la concevoir distinctement. Mais César n'a jamais existé, ou l'ange Gabriel, ou un être quelconque n'ont jamais existé, ce sont peut-être des propositions fausses, mais on peut pourtant les concevoir parfaitement et elles n'impliquent aucune contradiction. On peut donc seulement prouver l'existence d'un être par des arguments tirés de sa cause ou de son effet; et ces arguments se fondent entièrement sur l'expérience. Si nous raisonnons a priori, n'importe quoi peut paraître capable de produire n'importe quoi. La chute d'un galet peut, pour autant que nous le sachions, éteindre le soleil; ou le désir d'un homme gouverner les planètes dans leurs orbites. C'est seulement l'expérience qui nous apprend la nature et les limites de la cause et de l'effet et nous rend capables d'inférer l'existence d'un objet de celle d'un autre.

Enquête sur l'entendement humain

Tous les raisonnements sur les faits paraissent se fonder sur la relation de la cause à l'effet. (...) J'oserai affirmer, comme une proposition générale qui n'admet pas d'exception que la connaissance de cette relation ne s'obtient, en aucun cas, par des raisonnements a priori; mais qu'elle naît entièrement de l'expérience quand nous trouvons que des objets particuliers sont en conjonction constante l'un avec l'autre. (...) Pour nous convaincre que toutes les lois de la nature et toutes les opérations des corps sans exception se connaissent seulement par l'expérience, les réflexions suivantes peuvent sans doute suffire. (...) L'esprit ne peut sans doute jamais trouver l'effet dans la cause supposée par la recherche et l'examen les plus précis. Car l'effet est totalement différent de la cause et, par suite, on ne peut jamais l'y découvrir. (...) Une pierre ou un morceau de métal élevés en l'air et laissés sans support tombent immédiatement; mais, à considérer la question a priori, découvrons-nous rien dans cette situation qui puisse engendrer l'idée d'une chute, plutôt que d'une élévation ou de tout autre mouvement, dans la pierre ou le morceau de métal ?

Enquête sur l'entendement humain (1748) , p. 72

 

Kant

Si toute notre connaissance débute AVEC l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle dérive toute DE l'expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fût un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles) produit de lui-même: addition que nous ne distinguons pas de la matière première jusqu'à ce que notre attention y ait été portée par un long exercice qui nous ait appris à l'en séparer. (...)
Par connaissance a priori nous entendrons désormais non point celles qui ne dérivent pas de telle ou telle expérience, mais bien celles qui sont absolument indépendantes de toute expérience. A ces connaissances a priori sont opposées les connaissances empiriques ou celles qui ne sont possibles qu'a posteriori, c'est-à-dire par expérience. Mais parmi les connaissances a priori celles-là sont appelées pures auxquelles n'est mêlé absolument rien d'empirique. Par exemple, cette proposition: Tout changement a une cause, est bien a priori, mais n'est point pure cependant, puisque le changement est un concept qu'on ne peut tirer que de I 'expérience.

Il nous faut maintenant un critérium qui permette de distinguer sûrement une connaissance pure de la connaissance empirique. L'expérience nous apprend bien que quelque chose est de telle ou telle manière, mais non point que cela ne peut être autrement. Si donc, PREMIEREMENT, on trouve une proposition dont la pensée implique la nécessité on a un jugement a priori; si cette proposition n'est, en outre, dérivée d'aucune autre qui vaut elle-même, à son tour, à titre de proposition nécessaire, elle est absolument a priori. SECONDEMENT, l'expérience ne donne jamais à ses jugements une véritable et stricte universalité, mais seulement une universalité supposée et relative (par induction), qui n'a pas d'autre sens que celui-ci: nos observations, pour nombreuses qu'elles aient été jusqu'ici, n'ont jamais trouvé d'exception à telle ou telle règle.

Par conséquent, un jugement pensé avec une stricte universalité, c'est-à-dire de telle sorte qu'aucune exception n'est admise comme possible, ne dérive point de l'expérience, mais est valable absolument a priori L'universalité empirique n'est donc qu'une élévation arbitraire de la valeur; on fait d'une règle valable dans la plupart des cas, une loi qui s'applique à tous, comme par exemple dans la proposition: Tous les corps sont pesants. Quand au contraire un jugement possède essentiellement une stricte universalité, on connaît à cela qu'il provient d'une source particulière de la connaissance, d'un pouvoir de connaissance a priori. (...)

Critique de la raison pure (1781), Introduction à la 2e éd. (1787) pp. 31-33

 

HEGEL

La source première de notre connaissance est l'expérience. Pour qu'il y ait expérience, il faut, absolument parlant, que nous ayons perçu une chose elle-même. Mais on doit, en outre, distinguer perception et expérience. D'entrée de jeu la perception ne contient qu'un unique objet qui est maintenant, de façon fortuite, ainsi constituée, mais qui, une autre fois, peut être autrement constituée. Or, si je répète la perception et que, dans cette perception répétée, je remarque et retienne fermement ce qui reste égal à soi-même en toutes ces perceptions, c'est là une expérience. L'expérience contient avant tout des lois, c'est-à-dire une liaison entre deux phénomènes tels que, si l'un est présent, l'autre aussi suit toujours. Mais l'expérience ne contient que l'universalité d'un tel phénomène, non la nécessité de la corrélation. L'expérience enseigne seulement qu'une chose est ainsi, c'est-à-dire comme elle se trouve, ou donnée, mais non encore les fondements ou le pourquoi.
(...)
Si l'on veut connaître ce qu'est véritablement une rose, un œillet, un chêne etc., c'est-à-dire en saisir le concept, il faut tout d'abord saisir le concept supérieur sur lequel se fondent ces êtres, ici par conséquent le concept de plante ; et, pour saisir le concept de plante, il faut derechef saisir le concept plus élevé d'où dépend le concept de plante, c'est-à-dire le concept de corps organisé. - Pour avoir la représentation de corps, de surface, de lignes et de points, il est nécessaire d'abord qu'on ait la représentation de l'espace, car l'espace est l'universel tandis que les corps, les surfaces, etc., ne sont que des déterminations particulières dans l'espace. De même l'avenir, le passé et le présent présupposent le temps comme leur fondement universel, et la même règle vaut aussi pour le droit, pour le devoir et pour la religion, déterminations particulières de la conscience qui en est le fondement universel."

Propédeutique Philosophique, Hegel, Ed. de Minuit, Paris, 1963, Premier cours : Introduction, page 20, 23.

 

Bernard

L'observateur (...) constate purement et simplement le phénomène qu'il a sous les yeux (...). L'observateur doit être le photographe des phénomènes, son observation doit représenter exactement la nature. Il faut observer sans idée préconçue; l'esprit de l'observateur doit être passif, c'est-à-dire se taire; il écoute la nature et écrit sous sa dictée. Mais une fois le fait constaté et le phénomène bien observé, l'idée arrive, le raisonnement intervient et l'expérimentateur apparaît pour interpréter le phénomène. L'expérimentateur (...) est celui qui, en vertu d'une interprétation plus ou moins probable, mais anticipée, des phénomènes observés, institue l'expérience de manière que, dans l'ordre logique de ses prévisions, elle fournisse un résultat qui serve de contrôle à l'hypothèse ou à l'idée préconçue. (...) Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique expérimentale. 1) Il constate un fait; 2) à propos de ce fait une idée naît dans son esprit; 3) en vue de cette idée, il raisonne, institue une expérience, en imagine et en réalise les conditions matérielles. (...Il suffira de retenir en principe que l'idée a priori ou mieux l'hypothèse est le stimulus de l'expérience.

Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865)

 

BACHELARD

Il suffit que nous parlions d'un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l'objet nous désigne plus que nous le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde, ne sont que des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu ; nous accumulons les hypothèses et les rêveries ; nous formons ainsi des convictions qui ont l'apparence d'un savoir. Mais la source initiale est impure : l'évidence première n'est pas une vérité fondamentale. En fait, l'objectivité scientifique n'est possible que si on a d'abord rompu avec l'objet immédiat, si on a refusé la séduction du premier choix, si l'on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objectivité, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l'objet. Elle doit d'abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique même la plus constante, l'étymologie, enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s'émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude objective.

La Psychanalyse du feu, chap. 1, p. 9, Gallimard, collection « Idées ».

 

POPPER

1) Si ce sont des affirmations que l'on recherche, il n'est pas difficile de trouver, pour la grande majorité des théories, des confirmations ou des vérifications.
2) Il convient de ne tenir réellement compte de ces confirmations que si elles sont le résultat de prédictions qui assument un certain risque ; autrement dit, si, en l'absence de la théorie en question, nous n'avions dû escompter un événement qui n'aurait pas été compatible avec celle-ci - un événement qui l'eût réfutée.
3) Toute "bonne" théorie scientifique consiste à proscrire : à interdire à certains faits de se produire. Sa valeur est proportionnelle à l'envergure de l'interdiction.
4) Une théorie qui n'est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. Pour les théories, l'irréfutable n'est pas (comme on l'imagine souvent) vertu mais défaut.
5) Toute mise à l'épreuve véritable d'une théorie par des tests constitue une tentative pour en démontrer la fausseté (to falsify) ou pour la réfuter. Pouvoir être testée c'est pouvoir être réfutée ; mais cette propriété comporte des degrés : certaines théories se prêtent plus aux tests, s'exposent davantage à la réfutation que les autres, elles prennent, en quelque sorte, de plus grands risques.
6) On ne devrait prendre en considération les preuves qui apportent confirmation que dans les cas où elles procèdent de tests authentiques subis par la théorie en question ; on peut donc définir celles-ci comme des tentatives sérieuses, quoique infructueuses, pour invalider telle théorie (...).
7) Certaines théories, qui se prêtent véritablement à être testées, continuent, après qu'elles se sont révélées fausses, d'être soutenues par leurs partisans - ceux-ci leur adjoignent une quelconque hypothèse auxiliaire, à caractère ad hoc, ou bien en donnent une nouvelle interprétation ad hoc permettant de soustraire la théorie à la réfutation. Une telle démarche demeure toujours possible, mais cette opération de sauvetage a pour contrepartie de ruiner ou, dans le meilleur des cas, d'oblitérer partiellement la scientificité de la théorie (...).
On pourrait considérer ces considérations ainsi : le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter ou encore de la tester.

Conjectures et réfutations

 

 

 

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