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Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
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LIENS
A quoi servent les sciences ? L'expérience est-elle la seule source de nos connaissances ? Notre connaissance du réel se limite-t-elle au savoir scientifique ? La philosophie peut-elle se passer d'une réflexion sur les sciences ? L’expérience peut-elle démontrer quelque chose ?
Commentaire d'un texte de Bachelard sur la science Documents
TEXTES
Platon Remarque donc, repris-je, si tu veux bien
regarder, que, 523b parmi les objets qui frappent nos sens, les uns
n'invitent pas l'intelligence à la réflexion, parce que les sens suffisent à
en juger, que les autres au contraire l'engagent instamment à les examiner,
parce que la sensation qu'ils produisent ne donne rien de sain. République VII, 523bc
DESCARTES Par là on voit clairement pourquoi
l'arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres
sciences : c'est que seules elles traitent d'un objet assez pur et simple
pour n'admettre absolument rien que l'expérience ait rendu incertain, et
qu'elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par
raisonnement. Elles sont donc les plus faciles et les plus claires de
toutes, et leur objet est tel que nous le désirons, puisque, sauf par
inattention, il semble impossible à l'homme d'y commettre des erreurs. Et
cependant il ne faut pas s'étonner si spontanément beaucoup d'esprits
s'appliquent plutôt à d'autres études ou à la philosophie : cela vient, en
effet, de ce que chacun se donne plus hardiment la liberté d'affirmer des
choses par divination dans une question obscure que dans une question
évidente, et qu'il est bien plus facile de faire des conjectures sur une
question quelconque que de parvenir à la vérité même sur une question, si
facile qu'elle soit.
Spinoza Il y a une perception acquise par
expérience vague, c'est-à-dire par une expérience qui n'est pas déterminée
par l'entendement; (...) Je sais par expérience vague que je mourrai; si je
l'affirme, en effet, c'est que j'ai vu d'autres êtres semblables à moi
rencontrer la mort, bien que tous n'aient pas vécu le même espace de temps
que moi et ne soient pas morts de la même maladie. (...) Et ainsi ai-je
appris tout ce qui ou presque se fait pour l'usage de la vie. (...) Traité de la réforme de l'entendement (1661), §12,15,16, 23
Les erreurs où l'on tombe (...) dans
toutes les sciences auxquelles on applique la géométrie, ne viennent point
de la géométrie, qui est une science incontestable, mais de la fausse
application qu'on en fait. On suppose par exemple que les planètes décrivent
par leur mouvement des cercles et des ellipses parfaitement régulières ; ce
qui n'est point vrai. On fait bien de le supposer, afin de raisonner, et
aussi parce qu'il s'en faut peu que cela ne soit vrai, mais on doit toujours
se souvenir que le principe sur lequel on raisonne est une supposition. De
même, dans les mécaniques on suppose que les roues et les leviers sont
parfaitement durs et semblables à des lignes et à des cercles mathématiques,
sans pesanteur, et sans frottement ; ou plutôt on ne considère pas assez
leur pesanteur, leur matière ni le rapport que ces choses ont entre elles :
que la dureté ou la grandeur augmente la pesanteur, que la pesanteur
augmente le frottement, que le frottement diminue la force, qu'elle rompt ou
use en peu de temps la machine, et qu'ainsi ce qui réussit presque toujours
en petit ne De la recherche de la vérité, Livre
VI, 1ère partie, c, IV, in Oeuvres, Bibl. de la Pléiade, t. 1, p. 618.
Tout ce qui est peut ne pas être. Il n 'y a pas de fait dont la négation implique contradiction. L'inexistence d'un être, sans exception, est une idée aussi claire et aussi distincte que son existence. La proposition, qui affirme qu'il n'existe pas, même si elle est fausse, ne se conçoit et ne s'entend pas moins que celle qui affirme qu'il existe. Le cas est différent pour les sciences proprement dites. Toute proposition qui n'est pas vraie y est confuse et inintelligible. La racine cubique de 64 est égale à la moitié de 10, c'est une proposition fausse et l'on ne peut jamais la concevoir distinctement. Mais César n'a jamais existé, ou l'ange Gabriel, ou un être quelconque n'ont jamais existé, ce sont peut-être des propositions fausses, mais on peut pourtant les concevoir parfaitement et elles n'impliquent aucune contradiction. On peut donc seulement prouver l'existence d'un être par des arguments tirés de sa cause ou de son effet; et ces arguments se fondent entièrement sur l'expérience. Si nous raisonnons a priori, n'importe quoi peut paraître capable de produire n'importe quoi. La chute d'un galet peut, pour autant que nous le sachions, éteindre le soleil; ou le désir d'un homme gouverner les planètes dans leurs orbites. C'est seulement l'expérience qui nous apprend la nature et les limites de la cause et de l'effet et nous rend capables d'inférer l'existence d'un objet de celle d'un autre. Enquête sur l'entendement humain Tous les raisonnements sur les faits paraissent se fonder sur la relation de la cause à l'effet. (...) J'oserai affirmer, comme une proposition générale qui n'admet pas d'exception que la connaissance de cette relation ne s'obtient, en aucun cas, par des raisonnements a priori; mais qu'elle naît entièrement de l'expérience quand nous trouvons que des objets particuliers sont en conjonction constante l'un avec l'autre. (...) Pour nous convaincre que toutes les lois de la nature et toutes les opérations des corps sans exception se connaissent seulement par l'expérience, les réflexions suivantes peuvent sans doute suffire. (...) L'esprit ne peut sans doute jamais trouver l'effet dans la cause supposée par la recherche et l'examen les plus précis. Car l'effet est totalement différent de la cause et, par suite, on ne peut jamais l'y découvrir. (...) Une pierre ou un morceau de métal élevés en l'air et laissés sans support tombent immédiatement; mais, à considérer la question a priori, découvrons-nous rien dans cette situation qui puisse engendrer l'idée d'une chute, plutôt que d'une élévation ou de tout autre mouvement, dans la pierre ou le morceau de métal ? Enquête sur l'entendement humain (1748) ,
p. 72 Kant Si toute notre connaissance débute AVEC
l'expérience, cela ne prouve pas qu'elle dérive toute DE l'expérience, car
il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fût un
composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre
propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions
sensibles) produit de lui-même: addition que nous ne distinguons pas de la
matière première jusqu'à ce que notre attention y ait été portée par un long
exercice qui nous ait appris à l'en séparer. (...) Critique de la raison pure (1781),
Introduction à la 2e éd. (1787) pp. 31-33 HEGEL La source première de notre connaissance
est l'expérience. Pour qu'il y ait expérience, il faut,
absolument parlant, que nous ayons perçu une chose elle-même. Mais on
doit, en outre, distinguer perception et expérience. D'entrée de jeu la
perception ne contient qu'un unique objet qui est maintenant, de façon
fortuite, ainsi constituée, mais qui, une autre fois, peut être autrement
constituée. Or, si je répète la perception et que, dans cette
perception répétée, je remarque et retienne fermement ce qui reste égal à
soi-même en toutes ces perceptions, c'est là une expérience. L'expérience
contient avant tout des lois, c'est-à-dire une liaison entre deux
phénomènes tels que, si l'un est présent, l'autre aussi suit toujours. Mais
l'expérience ne contient que l'universalité d'un tel phénomène, non la
nécessité de la corrélation. L'expérience enseigne seulement qu'une chose
est ainsi, c'est-à-dire comme elle se trouve, ou donnée, mais non encore les
fondements ou le pourquoi. Propédeutique Philosophique, Hegel, Ed. de Minuit, Paris, 1963, Premier cours : Introduction, page 20, 23.
Bernard L'observateur (...) constate purement et simplement le phénomène qu'il a sous les yeux (...). L'observateur doit être le photographe des phénomènes, son observation doit représenter exactement la nature. Il faut observer sans idée préconçue; l'esprit de l'observateur doit être passif, c'est-à-dire se taire; il écoute la nature et écrit sous sa dictée. Mais une fois le fait constaté et le phénomène bien observé, l'idée arrive, le raisonnement intervient et l'expérimentateur apparaît pour interpréter le phénomène. L'expérimentateur (...) est celui qui, en vertu d'une interprétation plus ou moins probable, mais anticipée, des phénomènes observés, institue l'expérience de manière que, dans l'ordre logique de ses prévisions, elle fournisse un résultat qui serve de contrôle à l'hypothèse ou à l'idée préconçue. (...) Le savant complet est celui qui embrasse à la fois la théorie et la pratique expérimentale. 1) Il constate un fait; 2) à propos de ce fait une idée naît dans son esprit; 3) en vue de cette idée, il raisonne, institue une expérience, en imagine et en réalise les conditions matérielles. (...Il suffira de retenir en principe que l'idée a priori ou mieux l'hypothèse est le stimulus de l'expérience. Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865)
BACHELARD Il suffit que nous parlions d'un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l'objet nous désigne plus que nous le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde, ne sont que des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu ; nous accumulons les hypothèses et les rêveries ; nous formons ainsi des convictions qui ont l'apparence d'un savoir. Mais la source initiale est impure : l'évidence première n'est pas une vérité fondamentale. En fait, l'objectivité scientifique n'est possible que si on a d'abord rompu avec l'objet immédiat, si on a refusé la séduction du premier choix, si l'on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objectivité, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l'objet. Elle doit d'abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique même la plus constante, l'étymologie, enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s'émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude objective. La Psychanalyse du feu, chap. 1, p. 9, Gallimard, collection « Idées ».
POPPER 1) Si ce sont des affirmations que l'on
recherche, il n'est pas difficile de trouver, pour la grande majorité des
théories, des confirmations ou des vérifications. Conjectures et réfutations
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