|
Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
![]() |
|
|
|
|
LIENS
HUME : qu'est-ce qui est à l'origine de la société?
TEXTES
PLATON La cité
qu'il faut placer au premier rang, la cité dont la constitution et les lois
sont les meilleures, est celle où régnera le plus complètement possible dans
la vie sociale sous toutes ses formes l'antique maxime d'après laquelle tout
doit être réellement commun entre amis. Ainsi, que cette cité existe
actuellement quelque part ou qu'elle vienne à exister quelque part un jour,
il faut qu'il y ait communauté des femmes, communauté des enfants,
communauté de tous les biens sans exception ; tout doit être mis en oeuvre
pour éliminer de notre existence, sous toutes ses formes, ce qu'on appelle
propriété privée ; on doit y travailler, autant que faire se peut, à rendre
commun, d'une manière ou d'une autre, même ce qui est naturellement
personnel à chacun de nous, si bien que, par exemple, tous les yeux, toutes
les oreilles et toutes les mains croiront voir, entendre et faire les mêmes
choses et que, dans l'éloge comme dans le blâme, tous ensemble soient comme
un seul homme, tous joyeux ou tous affligés à propos des mêmes objets. ARISTOTE Il ne peut exister de
communauté de rapports entre deux médecins; en revanche, la chose est
possible entre un médecin et un laboureur, et, d'une façon générale, entre
gens différents et de situation dissemblable. Toutefois, il est
indispensable, auparavant, de les rendre égaux. Aussi faut-il que toutes
choses soient en quelque façon comparables, quand on veut les échanger.
C'est pourquoi on a recours à la monnaie qui est, pour ainsi dire, un
intermédiaire. Elle mesure tout, la valeur supérieure d'un objet et la
valeur inférieure d'un autre, par exemple, combien il faut de chaussures
THOMAS D'AQUIN A l'égard des biens extérieurs, l'homme possède deux privilèges. Le premier est de pouvoir les acquérir pour les utiliser. Et il est légitime que l'homme possède des biens, car cette possession est nécessaire à la vie humaine, pour trois raisons. D'abord, on prend plus de soin de ce que l'on possède en propre que de ce qui est commun à tous ou à plusieurs ; dans de dernier cas, chacun évite la peine et se décharge sur autrui de qui intéresse la communauté, comme il arrive là où il y a beaucoup de serviteurs. Ensuite, il y a plus d'ordre dans les affaires lorsque chacun est spécialement chargé d'une oeuvre déterminée, mais c'est la confusion générale lorsque n'importe qui s'occupe de n'importe quoi. Enfin, la propriété individuelle favorise la concorde entre les hommes, chacun étant content de ce qu'il possède ; au contraire, on voit de fréquentes dissensions entre ceux qui possèdent des biens en commun ou en propriété indivise (1). Et l'homme a non seulement le privilège de posséder des biens extérieurs, mais aussi celui d'en user. Il ne soit cependant les garder pour lui, mais les considérer comme appartenant à tous, afin d'être disposé à les mettre au service de tous en cas de besoin. Somme théologique, II,
II, q. 66, a. 2. ROUSSEAU N'est-ce pas indignement traiter la raison de l'homme, et la mettre en parallèle avec l'instinct des animaux, puisqu'on en ôte la principale différence, qui consiste en ce que les effets du raisonnement augmentent sans cesse, au lieu que les autres demeurent toujours dans un état égal ? Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu'aujourd'hui, et chacune d'elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière. Il en est de même de tout ce que les animaux produisent par ce mouvement occulte. La nature les instruit à mesure que la nécessité les presse; mais cette science fragile se perd avec les besoins qu'elles en ont. Comme ils la reçoivent sans étude, ils n'ont pas le bonheur de la conserver; et toutes les fois qu'elle leur est donnée, elle leur est nouvelle, puisque, la nature n'ayant pour objet que de maintenir les animaux dans un ordre de perfection bornée, elle leur inspire cette science nécessaire toujours égale, de peur qu'ils ne tombent dans le dépérissement, et ne permet pas qu'ils y ajoutent, de peur qu'ils ne passent les limites qu'elle leur a prescrites. Il n'en est pas de même de l'homme, qui n'est produit que pour l'infinité. Il est dans l'ignorance au premier âge de sa vie; mais il s'instruit sans cesse dans son progrès : car il tire avantage non seulement de sa propre expérience, mais encore de celle de ses prédécesseurs, parce qu'il conserve toujours dans sa mémoire les connaissances qu'il s'est une fois acquises, et que celles des anciens lui sont toujours présentes dans les livres qu'ils en ont laissés. Et comme il conserve ces connaissances, il peut aussi les augmenter facilement; de sorte que les hommes sont aujourd'hui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient ces anciens philosophes, s'ils pouvaient avoir vieilli jusques à présent, en ajoutant aux connaissances qu'ils avaient celles que leurs études leur auraient pu acquérir à la faveur de tant de siècles. De là vient que, par une prérogative particulière, non seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement. Préface pour le Traité du vide (1663), extrait.
SMITH Dans presque toutes les
espèces d'animaux, chaque individu, quand il est parvenu à sa pleine
croissance, est tout à fait indépendant, et, tant qu'il reste dans son état
naturel, il peut se passer de l'aide de toute autre créature vivante. Mais
l'homme a presque continuellement besoin du secours de ses semblables, et
c'est en vain qu'il l'attendrait de leur seule bienveillance. Il sera bien
plus sûr de réussir, s'il s'adresse à leur intérêt personnel et s'il leur
persuade que leur propre avantage leur commande de faire ce qu'il souhaite
d'eux. C'est ce que fait celui qui propose à un autre un marché quelconque;
le sens de sa proposition est ceci: Donnez-moi ce dont j'ai besoin, et vous
aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même; et la plus grande partie de
ces bons offices qui nous sont si nécessaires, s'obtient de cette façon. MILL
Dans une société coopérative de production,
est-il juste ou non que le talent ou l'habileté donnent droit à une
rémunération plus élevée ? Ceux qui répondent négativement à la question
font valoir l'argument suivant : celui qui fait ce qu'il peut a le même
mérite et ne doit pas, en toute justice, être placé dans une position
d'infériorité s'il n'y a pas faute de sa part ; les aptitudes supérieures
constituent déjà des avantages plus que suffisants, par l'admiration
qu'elles excitent, par l'influence personnelle qu'elles procurent, par les
sources intimes de satisfaction qu'elles réservent, sans qu'il faille y
ajouter une part supérieure des biens de ce monde ; et la société est tenue,
en toute justice, d'accorder une compensation aux moins favorisés, en raison
de cette inégalité injustifiée d'avantages plutôt que de l'aggraver encore. L'utilitarisme MARX
En produisant, les hommes ne sont pas seulement
en rapport avec la nature. Ils ne produisent que s'ils collaborent d'une
certaine façon et font échange de leurs activités. Pour produire, ils
établissent entre eux des liens et des rapports bien déterminés : leur
contact avec la nature, autrement dit la production, s'effectue uniquement
dans le cadre de ces liens et de ces rapports sociaux. Travail salarié et capital,
Pléiade, T. 1, p. 212. |