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Commentaire

Commentaire d'un texte de Bergson sur l'intuition de la réalité

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Le cerveau et l´intelligence artificielle

 

 

 

TEXTES

 

 

PLATON

SOCRATE. — [...] Tant que nous aurons notre corps et que notre âme sera embourbée dans cette corruption, jamais nous ne posséderons l'objet de nos désirs, c'est-à-dire la vérité. Car le corps nous oppose mille obstacles par la nécessité où nous sommes de l'entretenir, et avec cela les maladies qui surviennent troublent nos recherches. D'ailleurs, il nous remplit d'amours, de désirs, de craintes, de mille imaginations et de toutes sortes de sottises, de manière qu'il n'y a rien de plus vrai que ce qu'on dit ordinairement : que le corps ne nous mène jamais à la sagesse. Car qui est-ce qui fait naître les guerres, les séditions et les combats ? Ce n'est que le corps avec toutes ses passions. En effet, toutes les guerres ne viennent que du désir d'amasser des richesses, et nous sommes forcés d'en amasser à cause du corps, pour servir, comme des esclaves, à ses besoins.

Voilà pourquoi nous n'avons pas le loisir de penser à la philosophie; et le plus grand de nos maux encore, c'est que, lors même qu'il nous laisse quelque loisir et que nous nous mettons à méditer, il intervient tout d'un coup au milieu de nos recherches, nous embarrasse, nous trouble et nous empêche de discerner la vérité. Il est donc démontré que si nous voulons savoir véritablement quelque chose, il faut que nous abandonnions le corps et que l'âme seule examine les objets qu'elle veut connaître. C'est alors seulement que nous jouirons de la sagesse dont nous nous disons amoureux, c'est-à-dire après notre mort, et point du tout pendant cette vie.

Et la raison même le dit; car s'il est impossible de rien connaître purement pendant que nous sommes avec le corps, il faut de deux choses l'une : ou que l'on ne connaisse jamais la vérité, ou qu'on la connaisse après la mort; parce qu'alors l'âme s'appartiendra elle-même, délivrée de ce fardeau, et point du tout auparavant. Pendant que nous serons dans cette vie, nous n'approcherons de la vérité qu'autant que nous nous éloignerons du corps, que nous renoncerons à tout commerce avec lui, si ce n'est pour la nécessité seule, que nous ne lui permettrons point de nous remplir de sa corruption naturelle, et que nous nous conserverons purs de toutes ses souillures jusqu'à ce que Dieu lui-même vienne nous délivrer. Par ce moyen, libres et affranchis de la folie du corps, nous converserons, comme cela est vraisemblable, avec des hommes qui jouiront de la même liberté, et nous connaîtrons par nous-mêmes l'essence pure des choses, et peut-être la vérité n'est que cela.

Phédon, 66b-67a
 

DAMASCENE

Autrefois, Dieu, incorporel et sans contours, n'était absolument pas représenté. Mais aujourd'hui, puisque Dieu a été vu dans la chair et qu'il a vécu parmi les hommes, je représente ce qui est visible de Dieu.

La sainteté du corps matériel du Fils de Dieu

Ce n'est pas devant la matière que je me prosterne, mais devant le créateur de la matière, qui est devenu matière pour moi, qui a accepté de vivre dans la matière et qui a fait mon salut par la matière. Je ne cesserai pas de respecter la matière, par laquelle mon salut a été fait. Mais je ne la vénère pas comme un dieu allons donc ! Comment, en effet, ce qui a reçu l'existence du néant pourrait-il être dieu ? même si le corps de Dieu est Dieu, étant devenu par l'union selon l'hypostase, sans changement, ce qui lui a donné l'onction, mais tout en demeurant tel qu'il était par nature, une chair animée d'une âme raisonnable et intellectuelle, faite et non pas incréée.

La matière sanctifiée par le contact avec le Christ

Je vénère aussi et je respecte les autres parties de la matière par lesquelles est advenu mon salut, en tant qu'elles sont remplies d'énergie divine et de grâce. N'est-ce pas matière que le bois de la croix, trois fois béni et trois fois heureux ? N'est-ce pas matière que la montagne sainte et vénérée, le lieu du Calvaire ? N'est-ce pas matière que la pierre nourricière et porteuse de vie, le Saint-Sépulcre, la source de notre résurrection ? N'est-ce pas matière que l'encre noire et le très saint livre des Évangiles ? N'est-ce pas matière que la table porteuse de vie qui nous offre le pain de la vie ? N'est-ce pas matière que l'or et l'argent dont sont faits les croix, les patènes et les calices ? Et surtout, n'est-ce pas matière que le corps de mon Seigneur et son sang ? Supprime le culte et la prosternation devant tout cela, ou bien obéis à la tradition de l'Église et admets que l'on se prosterne devant les images sanctifiées par le nom de Dieu et des amis de Dieu, et qui sont pour cette raison recouvertes de la grâce de l'Esprit Saint.

La matière n'est pas indigne

N'insulte pas la matière, car elle n'est pas indigne. Rien en effet n'est indigne, qui vient de Dieu. C'est là l'opinion des Manichéens'. N'est indigne que ce qui ne tient pas sa cause de Dieu, mais que nous avons inventé en glissant volontairement de ce qui est conforme à la nature vers ce qui est contre nature, et en laissant dévier notre volonté : c'est-à-dire le péché.

Discours apologétique de notre père saint Jean Damascène contre ceux qui rejettent les images, I 16 sqq, Migne p. 46 sqq.

 

DESCARTES

Et premièrement, il n'y a point de doute que tout ce que la nature m'enseigne contient quelque vérité; car par la nature, considérée en général, je n'entends maintenant autre chose que Dieu même, ou bien l'ordre et la disposition que Dieu a établie dans les choses créées. Et par ma nature en particulier, je n'entends autre chose que la complexion ou l'assemblage de toutes les choses que Dieu m'a données.

Or il n'y a rien que cette nature m'enseigne plus expressément, ni plus sensiblement, sinon que j'ai un corps qui est mal disposé quand je sens de la douleur, qui a besoin de manger ou de boire quand j'ai les sentiments de la faim ou de la soif, etc. Et partant, je ne dois aucunement douter qu'il n'y ait en cela quelque vérité.

La nature m'enseigne aussi, par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu'un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement, et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui. Car si cela n'était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu'une chose qui pense, mais j'apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau. Et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de soif. Car en effet tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l'union et comme du mélange de l'esprit avec le corps.

Méditations métaphysiques (1641), Méditation sixième
 

HEGEL

Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. On tient souvent la philosophie pour un savoir formel et vide de contenu. Cependant, on ne se rend pas assez compte que ce qui est Vérité selon le contenu, dans quelque connaissance ou science que ce soit, peut seulement mériter le nom de Yérité si la philosophie l'a engendré ; que les autres sciences cherchent autant qu'elles veulent par la ratiocination à faire des progrès en se passant de la philosophie il ne peut y avoir en elles sans cette philosophie ni vie, ni esprit, ni vérité.

Phénoménologie de l'esprit, introduction, ed. Aubier-Montaigne, p.58.

 

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