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LIENS

 

 
 
Dissertations

 

Faut-il lire aussi entre les lignes ?
Puis je faire confiance à mes sens ?
Peut on dire que la perception est une connaissance ?

 

Commentaires

 

 

 

 

TEXTES

 

 

 

NIETZSCHE

Qui suit pas à pas l'histoire d'une science particulière y trouve une ligne générale qui lui permettra de comprendre les procédés les plus anciens et les plus communs de tout « savoir » et de toute « connaissance ». Dans l'un et l'autre cas, on rencontre d'abord des hypothèses hâtives, des inventions fantaisistes, la bonne et sotte volonté de « croire », le défaut de méfiance et de patience ; ce n'est que sur le tard que nos sens apprennent, et ils n'apprennent jamais tout à fait, à être les organes subtils, fidèles et circonspects de la connaissance. Notre il trouve plus commode, à l'occasion d'un objet donné, de former à nouveau une image qu'il a maintes fois formée, que de retenir ce qui fait la différence et la nouveauté d'une impression : il y faudrait plus de force, plus de « moralité ». Notre oreille souffre d'entendre des sons nouveaux : nous saisissons mal une musique étrangère. Involontairement, quand nous entendons une langue étrangère, nous essayons de transposer les sons propres en mots qui nous soient plus familiers, en mots de chez nous. C'est ainsi par exemple, que les Allemands, ayant entendu le mot arcuballista, en ont fait Armbrust. La nouveauté trouve nos sens hostiles et rebelles, et même dans les processus sensoriels les plus « simples » « règnent » déjà les passions : la crainte, l'amour, la haine, sans oublier la passion passive de la paresse. De même qu'un lecteur ne lit pas aujourd'hui tous les mots (et encore moins toutes les syllabes) d'une page, mais de vingt mots en prend quatre ou cinq au hasard et « devine » le sens qu'il présume leur convenir, de même nous ne voyons jamais un arbre exactement et complètement, avec ses feuilles, ses branches, sa couleur, sa forme ; il nous est tellement plus facile de laisser notre imagination former un à peu près d'arbre ! Même en présence des événements les plus étranges, nous ne procédons pas autrement ; nous imaginons la plus grande partie de l'événement et nous sommes à peine capables de ne pas assister en « inventeurs » à n'importe quel phénomène. En d'autres termes, nous sommes par nature et depuis toujours habitués à mentir. Ou pour le dire avec plus de politesse et d'hypocrisie, et aussi de façon plus agréable à l'oreille, chacun est beaucoup plus artiste qu'il ne pense. Au cours d'une conversation animée, je vois souvent le visage de mon interlocuteur, selon la pensée qu'il exprime ou que je crois avoir éveillée en lui, si nettement et avec une telle minutie dans le détail, que ce degré de netteté dépasse de beaucoup l'acuité de-mes facultés visuelles : il faut donc que le jeu des muscles et l'expression des yeux aient été, dans le détail, ajoutés par mon imagination. Le visage de mon interlocuteur avait probablement une tout autre expression, ou n'en avait aucune.

Par delà bien & mal, V, Remarques sur l'histoire naturelle de la morale, § 192, Bouquins, T. II, p. 637.
 

DILTHEY

Le motif d'où est né l'habitude de séparer ces sciences [les sciences de l'esprit], considérées comme une unité, de celles de la nature s'enracine dans ce qui donne à la conscience que l'homme a de lui-même sa profondeur et sa dimension de totalité. Avant même qu'il éprouve le besoin de rechercher l'origine du spirituel, l'homme trouve dans cette conscience de lui-même le sentiment que sa volonté est souveraine, qu'il est responsable de ses actes, qu'il peut tout soumettre à sa pensée et résister à tout en se réfugiant dans la citadelle que constitue la liberté de sa personne, grâce à laquelle il se distingue de la nature entière. En effet, il se découvre au milieu de cette nature, pour reprendre une expression de Spinoza, comme " imperium in imperio ". Et, puisque n'existe pour lui que ce qui est un fait de sa conscience, chaque valeur, chaque fin de la vie s'inscrit dans ce monde spirituel qui agit en lui de façon autonome, le but de chacun de ses actes réside dans la création de faits spirituels. Ainsi s'établit-il une distinction entre le règne de la nature et un règne de l'histoire dans lequel, au milieu de l'ensemble soumis à une nécessité objective, et qui est la nature, la liberté jaillit, en d'innombrables points de ce tout, comme un éclair ; ici, les actes de la volonté - au contraire des changements qui s'opèrent dans la nature selon un cours mécanique contenant déjà en germe, dès l'origine, tout ce qui suivra - produisent réellement quelque chose grâce à une dépense d'énergie et à des sacrifices dont l'individu, dans son expérience, garde présente la signification ; ces actes finissent par provoquer une évolution, de la personne aussi bien que de l'humanité : ainsi se trouve dépassée, dans la conscience, cette répétition vide et monotone du cycle naturel dont se grisent, en y voyant un idéal du progrès historique, les adorateurs de l'évolution intellectuelle.

Introduction aux sciences de l'esprit
 

GADAMER

Se mettre dans la tradition et se tenir dans la tradition, tel est manifestement le chemin de la vérité qu'il s'agit de trouver en sciences humaines. Et toute critique que nous pouvons faire de la tradition en tant qu'historiens ne sert finalement qu'à nous rattacher à la véritable tradition dans laquelle nous nous tenons. Le fait d'être conditionné n'est donc pas un empêchement de la connaissance historique, mais un moment de la vérité elle-même. Elle doit elle-même être pensée si l'on ne veut pas y succomber de manière arbitraire. Ce qui compte ici d'un point de vue " scientifique ", c'est justement de détruire le fantôme d'une vérité qui serait indépendante du point de vue de celui qui connaît. C'est là la marque de notre finitude, dont il est indispensable de prendre conscience si l'on veut se prémunir contre l'illusion. La foi naïve en l'objectivité de la méthode historique était une telle illusion. Mais ce qui vient la remplacer, ce n'est pas un relativisme las, car ce que nous sommes et ce que nous pouvons entendre du passé n'est ni arbitraire ni aléatoire.
Ce que nous connaissons par l'histoire, c'est en fin de compte nous-mêmes. La connaissance en sciences humaines a toujours quelque chose d'une connaissance de soi. Nulle part la tromperie n'est-elle plus facile et plus naturelle que dans la connaissance de soi, mais nulle part ne signifie-t-elle autant pour l'être de l'homme, cette connaissance de soi, que lorsqu'elle réussit. En sciences humaines, ce qu'il s'agit d'apprendre de la tradition historique, ce n'est pas seulement ce que nous sommes tels que nous nous connaissons déjà, mais justement quelque chose d'autre, notamment recevoir d'elle une impulsion qui nous transporte au-delà de nous-mêmes. Ici, ce n'est pas ce qui ne fait pas problème et ce qui vient seulement satisfaire les attentes de notre recherche qu'il faut encourager. Il faut plutôt découvrir, et contre nous-mêmes, d'où peuvent provenir de nouvelles impulsions.

La vérité dans les sciences humaines
 

 

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