|
Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
![]() |
|
|
|
|
LIENS
Dissertations
Documents
Site : Julien Dutant Site : Philosophie, Informatique, Mathématiques (Patrick Peccatte) Qu'est-ce que la vérité mathématique ? [extrait] par Hilary PUTNAM Philosophie et mathématiques : sur le quasi-empirisme, par Patrick Peccatte Sens et nouveauté de la démonstration, par Jean-Michel Salanskis Définitions et exemples de Sophismes
TEXTES (17)
ROUGIER Les premières démonstrations [d'Euclide] sont presque toutes des pseudodémonstrations qui masquent l'appel à des postulats implicites dissimulés dans des recours à l'intuition. C'est ainsi que Bertrand Russell, ayant analysé les vingt-six premières démonstrations des Éléments, y révèle presque autant de cercles vicieux. Ceux-ci commencent dès la première proposition à démontrer : "sur une base donnée, construire un triangle équilatéral". Pour résoudre ce problème, qui est un théorème d'existence adjoint à la définition nominale du triangle équilatéral, Euclide, de chacune des extrémités de la base, décrit un cercle ayant pour rayon la longueur même de cette base. Il suit alors, à l'inspection de la figure, que les deux cercles intersectent. Comme, en vertu du premier postulat des Éléments, deux points déterminent une droite, on peut joindre l'un des points d'intersection aux extrémités de la droite donnée, de façon à obtenir un triangle qui satisfasse aux conditions du problème. Le vice de cette démonstration consiste en ce qu'il n'est nullement nécessaire que les deux cercles intersectent.
Traité de la connaissance, Gauthiers-Villars, 1955, p.
87.
WITTGENSTEIN, Ludwig
337 - On ne peut pas procéder à des expérimentations s'il n'y
a pas nombre de choses qu'on ne met pas en doute. Mais cela ne veut pas dire
que l'on admet certaines présuppositions de confiance. Si je poste une
lettre que j'ai écrite, je tiens qu'elle va arriver, je m'y attends.
De la certitude, § 337-343, © Gallimard, «Idées», trad. Fauve, 1976,
p. 88-90.
ARISTOTE Nous en avons assez dit pour établir que la plus ferme de toutes les croyances, c’est que les propositions opposées ne sont pas vraies en même temps (…). Mais, puisqu’il est impossible que les contradictoires soient vraies, en même temps, du même sujet, il est évident qu'il n'est pas possible non plus que les contraires coexistent dans le même sujet. En effet, des deux contraires l'un est privation non moins que contraire, à savoir privation de l'essence; or la privation est une négation de quelque chose dans un genre déterminé. Si donc il est impossible que l'affirmation et la négation soient vraies en même temps, il est impossible aussi que les contraires coexistent dans le même sujet, à moins qu'ils ne soient affirmés, l'un et l'autre, d'une certaine manière, ou encore que l’un ne soit affirmé que d’une certaine manière, et l’autre, absolument.
Métaphysique, 1011 b 13-23, trad. J.
Tricot.
DESCARTES, René Par suite on peut se demander pourquoi, en plus de l'intuition, nous avons ajouté ici un autre mode de connaissance qui se fait par déduction; par laquelle nous entendons tout ce qui conclut nécessairement d'autres choses connues avec certitude, bien qu'elles ne soient pas elles-mêmes évidentes, du moment qu'elles sont déduites de principes vrais et connus, par un mouvement continu et ininterrompu de la pensée qui a l'intuition de chaque terme d'une manière distincte. C'est ainsi que nous savons que le dernier anneau de quelque longue chaîne est connecté au premier, même si nous ne voyons d'un seul et même coup d'œil tous les intermédiaires dont dépend ce lien. Il suffit que nous les ayons parcourus un à un, et que nous nous souvenions que, du premier au dernier, chacun tient au précédent et au suivant. Nous distinguons donc ici l'intuition intellectuelle d'une déduction certaine en ce que l'on conçoit en celle-ci un mouvement ou une certaine succession, et pas dans l'autre ; et que de plus, pour la déduction une évidence actuelle n'est pas exigée comme pour l'intuition, mais plutôt qu'elle tire sa certitude de la mémoire. D'où il s'ensuit, concernant les propositions qui sont la conséquence immédiate des premiers principes, qu'on peut dire, selon la manière de les considérer, tantôt qu'on les connaît au moyen de l'intuition, tantôt qu'on les connaît au moyen de la déduction; mais les premiers principes eux:-mêmes ne sont connus que par intuition ; et, à l'inverse, les conclusions éloignées ne peuvent être connues que par déduction. Règles pour la
direction de l'esprit (trad. originale François
Deviers-Jonlon)
SPINOZA, Baruch Cette idée qui exprime l'essence du Corps sous une espèce d'éternité est, comme nous l'avons dit, une manière de penser précise, qui appartient à l'essence de l'Esprit, et qui nécessairement est éternelle. Et pourtant il ne peut se faire que nous nous souvenions d'avoir existé avant le Corps puisqu'il ne peut y en avoir de traces dans le Corps, et puisque l'éternité ne peut ni se définir par le temps ni avoir aucun rapport au temps. Et néanmoins nous sentons et savons d'expérience que nous sommes éternels. Car l'Esprit ne sent pas moins les choses qu'il conçoit en comprenant, que celles qu'il a en mémoire. En effet, les yeux de l'Esprit, par le moyen desquels il voit les choses et les observe, ce sont les démonstrations elles-mêmes. Quoique donc nous ne nous souvenions pas d'avoir existé avant le Corps, nous sentons pourtant que notre Esprit, en tant qu'il enveloppe l'essence du corps sous une espèce d'éternité, est éternel, et que cette existence qui est la sienne ne peut se définir par le temps, autrement dit s'expliquer par la durée. Notre Esprit ne peut donc être dit durer, et son existence ne peut se définir par un temps précis, qu'en tant qu'il enveloppe l'existence actuelle du Corps, et ce n'est qu'en cela qu'il a la puissance de déterminer par le temps l'existence des choses, et de les concevoir sous la durée. Éthique
(1675), Livre V, Proposition XXIII, Scolie, trad. B. Pautrat, Éd. du Seuil,
coll. «Points Essais », 1999, pp. 515-517.
DESCARTES, René Or maintenant, si de
cela seul que je puis tirer de ma pensée l'idée de quelque chose, il s'ensuit
que tout ce que je reconnais clairement et distinctement appartenir à cette
chose, lui appartient en effet, ne puis-je pas tirer de ceci un argument et une
preuve démonstrative de l'existence de Dieu? Il est certain que je ne trouve pas
moins en moi son idée, c'est-à-dire l'idée d'un être souverainement parfait, que
celle de quelque figure ou de quelque nombre que ce soit. Et je ne connais pas
moins clairement et distinctement qu'une actuelle et éternelle existence
appartient à sa nature, que je connais que tout ce que ce je puis démontrer de
quelque figure ou quelque nombre, appartient véritablement à la nature de cette
figure ou de ce nombre. Et partant, encore que tout ce que j'ai conclu dans les
Méditations précédentes ne se trouvât pas véritable, l'existence de Dieu doit
passer en mon esprit au moins pour aussi certaine, que j'ai estimé jusques ici
toutes les vérités des mathématiques, qui ne regardent que les nombres et les
figures: bien qu'à la vérité cela ne paraisse pas d'abord entièrement manifeste,
mais semble avoir quelque apparence de sophisme. Car, ayant accoutumé dans
toutes les autres choses de faire distinction entre l'existence et l'essence, je
me persuade aisément que l'existence peut être séparée de l'essence de Dieu, et
qu'ainsi on peut concevoir Dieu comme n'étant pas actuellement. Mais néanmoins,
lorsque j'y pense avec plus d'attention, je trouve manifestement que l'existence
ne peut non plus être séparée de l'essence de Dieu, que de l'essence d'un
triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien
de l'idée d'une montagne l'idée d'une vallée; en sorte qu'il n'y a pas moins de
répugnance de concevoir un Dieu (c'est-à-dire un être souverainement parfait)
auquel manque l'existence (c'est-à-dire auquel manque quelque perfection), que
de concevoir une montagne qui n'ait point de vallée. Méditations
métaphysiques, "Cinquième Méditation", dans Œuvres de
Descartes, éditions Ferdinand Alquié, Garnier t. II, p.472. HUME, David Une proposition
comme celle-ci : le soleil ne se lèvera pas demain, n'est pas moins
intelligible et n'implique pas davantage contradiction que cette autre
affirmation : il se lèvera. C'est donc en vain que nous tenterions d'en
démontrer la fausseté. Si elle était fausse démonstrativement, elle impliquerait
contradiction, et jamais l'esprit ne pourrait la concevoir distinctement. Enquête sur
l'entendement humain (1748), Le Livre de Poche, coll. «Classiques de la
philosophie »,1999, p. 83-86.
LEIBNIZ
Nouveaux Essais sur l'entendement humain, IV, 17, GF-Flammarion,
1990, p. 377.
DESCARTES, René Règles pour la direction de l'esprit, III, Vrin KANT, Emmanuel Seule une preuve apodictique, en tant qu'elle est intuitive, peut s'appeler démonstration. L'expérience nous apprend bien ce qui est, mais non que ce qui est ne puisse pas être autrement. Aussi les arguments empiriques ne peuvent-ils fournir aucune preuve apodictique. Mais la certitude intuitive, c'est-à-dire l'évidence, ne peut jamais résulter de concepts a priori (dans la connaissance discursive), quelque apodictiquement certain que puisse être, d'ailleurs, le jugement. Il n'y a donc que la mathématique qui contienne des démonstrations, parce qu'elle ne dérive pas sa connaissance de concepts, mais de la construction de concepts, c'est-à-dire de l'intuition qui peut être donnée a priori comme correspondante aux concepts. Critique de la Raison pure, « Quadrige », Puf, 1984, p. 505.
ARISTOTE Ce que nous appelons ici savoir c'est connaître par le moyen de la démonstration. Par démonstration j'entends syllogisme scientifique, et j'appelle scientifique un syllogisme dont la possession même constitue pour nous la science - Si donc la connaissance scientifique consiste bien en ce que nous avons posé, il est nécessaire aussi que la science démonstrative parte de prémisses qui soient vraies, premières, immédiates, plus connues que la conclusion, antérieures à elles, et dont elles sont les causes. C'est à ces conditions, en effet, que les principes de ce qui est démontré seront ainsi appropriés à la conclusion (…). Les prémisses doivent être vraies, car on ne peut pas connaître ce qui n'est pas, comme la commensurabilité de la diagonale. Elles doivent être premières et indémontrables, puisque la science des choses qui sont démontrables, s'il ne s'agit pas d'une science accidentelle, n'est pas autre chose que d'en posséder la démonstration. Organon, IV, trad. J. Tricot.
FREGE, Gottlob
Des formules numériques telles que 7 + 5 = 12 et des lois
telles que celles de l'associativité ont été si souvent confirmées par
d'innombrables applications quotidiennes qu'il peut sembler ridicule de
les soumettre au doute et d'en réclamer une preuve. Mais il est inscrit
dans l'essence des mathématiques que partout où l'on peut donner une
preuve, elle est préférable à une confirmation inductive. Euclide prouve
ce qu'on lui aurait bien volontiers accordé. Et quand la rigueur
euclidienne a paru ne plus suffire, ont commencé les recherches qui se
sont greffées sur l'axiome des parallèles.
Les Fondements de l'arithmétique,
trad. Claude Imbert, © Éditions du Seuil, 1970, Paris, p. 126.
ALAIN Par la géométrie, je reconnais mon semblable ; et Socrate fit une grande chose le jour où il proposa le carré et la diagonale, tracée sur le sable, non point à Alcibiade ni à Ménon1 ni à quelqu'un de ces brillants messieurs, mais à l'esclave qui portait les manteaux. Ainsi Socrate cherchait son semblable, et l'appelait dans cette solitude des êtres que la société accomplit. Il formait donc cette autre société, de ses semblables; il les invitait, il les poursuivait, mais il ne pouvait les forcer; il ne pouvait ni ne voulait. Celui qui imite par force m'est aussi étranger qu'un singe; celui qui imite pour plaire ne vaut guère mieux. Ce qu'attend Socrate, c'est que l'autre soit enfin lui-même, par intérieur gouvernement, et ne croie personne, et ne flatte personne, attentif seulement à l'idée universelle. À ce point, ils se reconnaissent et se décrètent égaux. Une autre société se montre.
Saisons de l'esprit (1937),
NRF, Gallimard, p. 229.
BLANCHé, Robert La géométrie classique, sous la forme que lui a donnée Euclide dans ses Éléments, a longtemps passé pour un modèle insurpassable, et même difficilement égalable, de théorie déductive. Les termes propres à la théorie n'y sont jamais introduits sans être définis; les propositions n'y sont jamais avancées sans être démontrées, à l'exception d'un petit nombre d'entre elles qui sont énoncées d'abord à titre de principes: la démonstration ne peut en effet remonter à l'infini et doit bien reposer sur quelques propositions premières, mais on a pris soin de les choisir telles qu'aucun doute ne subsiste à leur égard dans un esprit sain. Bien que tout ce qu'on affirme soit empiriquement vrai, l'expérience n'est pas invoquée comme justification: le géomètre ne procède que par voie démonstrative, il ne fonde ses preuves que sur ce qui a été antérieurement établi, en se conformant aux seules lois de la logique. Chaque théorème se trouve ainsi relié, par un rapport nécessaire, aux propositions dont il se déduit comme conséquence, de sorte que, de proche en proche, se constitue un réseau serré où, directement ou indirectement, toutes les propositions communiquent entre elles. L'ensemble forme un système dont on ne pourrait distraire ou modifier une partie sans compromettre le tout. Ainsi, "les Grecs ont raisonné avec toute la justesse possible dans les mathématiques, et ils ont laissé au genre humain des modèles de l'art de démontrer". Avec eux, la géométrie a cessé d'être un recueil de recettes pratiques ou, au mieux, d'énoncés empiriques, pour devenir une science rationnelle.
L'Axiomatique, § 1, Introduction générale, Éd. des
PUF, 1955, pp. 1-2.
ARISTOTE
Les Premiers Analytiques, Livre 1. chap. 1. trad. I. Tricot. Librairie ohilosophique J. Vrin, 1970, pp. 1-5.
VERITE Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir, pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m'avaient donné l'occasion de m'imaginer que toutes choses, qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s'entre-suivent en même façon et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les déduire les unes des autres, il n'y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre. Et je ne fus pas beaucoup en peine de chercher par lesquelles il était besoin de commencer : car je savais déjà que c'était par les plus simples et les plus aisées à connaître ; et considérant qu'entre tous ceux qui ont ci-devant recherché la vérité dans les sciences, il n'y a eu que les seuls mathématiciens qui ont pu trouver quelques démonstrations, c'est-à-dire quelques raisons certaines et évidentes, je ne doutais point que ce ne fût par les mêmes qu'ils ont examinées.
PASCAL, Blaise Je ne puis faire mieux entendre la conduite qu'on doit garder pour rendre les démonstrations convaincantes, qu'en expliquant celle que la géométrie observe. Mais il faut auparavant que je donne l'idée d'une méthode encore plus éminente et plus accomplie, mais où les hommes ne sauraient jamais arriver : car ce qui passe la géométrie nous surpasse; et néanmoins il est nécessaire d'en dire quelque chose, quoiqu'il soit impossible de le pratiquer. Cette véritable méthode, qui formerait les démonstrations dans la plus haute excellence, s'il était possible d'y arriver, consisterait en deux choses principales : l'une, de n'employer aucun terme dont on n'eût auparavant expliqué nettement le sens; l'autre, de n'avancer jamais aucune proposition qu'on ne démontrât par des vérités déjà connues; c'est-à-dire, en un mot, à définir tous les termes et à prouver toutes les propositions. [...] Certainement cette méthode serait belle, mais elle est absolument impossible : car il est évident que les premiers termes qu'on voudrait définir en supposeraient de précédents pour servir à leur explication, et que de même les premières propositions qu'on voudrait prouver en supposeraient d'autres qui les précédassent; et ainsi il est clair qu'on n'arriverait jamais aux premières. Aussi, en poussant les recherches de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots primitifs qu'on ne peut plus définir, et à des principes si clairs qu'on n'en trouve plus qui le soient davantage pour servir à leur preuve. D'où il paraît que les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soit dans un ordre absolument accompli. De l'esprit géométrique, section I.
20/12/2007 |