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L'exercice du doute est-il le monopole du philosophe ?

(plan détaillé)
Analyse du suiet
Philosophe : Celui qui exerce une réflexion
essentiellement libre, quoique informée et rigoureuse. Il faudra se demander
si cette définition s'applique indifféremment au « peuple » et au «
professionnel » de la philosophie. D'où la question du ...
Monopole : l'exclusivité d'une pratique, d'un commerce. Domination
sans partage. Cela pose le problème du « pouvoir » de la philosophie:
peut-elle revendiquer un monopole, si elle est libre 7 Un monopole devrait
apporter l'assurance d'une domination, or le philosophe ...
Doute. On peut à tout le moins distinguer deux sortes de doute: 1) le
doute naturel et spontané: hésitation due à l'incertitude d'une assertion ou
à la non-prépondérance de raisons d'agir ; 2) le doute philosophique: il
repose sur la résolution de douter. Il présente lui-même deux figures, le
doute sceptique et le doute méthodique. Le premier, qui peut aller jusqu'au
trouble informulé, semble plutôt passif, tandis que le second, prenant
l'aspect formel de l'interrogation, semble en effet le nerf de la
philosophie.
Le terme « exercice » apporte un présupposé : le doute est précisément une
activité, positive et volontaire.
Problématisation
Or le sujet semble remettre en cause ces définitions, ainsi que le clivage
(déjà philosophique) entre deux formes de doute.
Si l'on ressaisit l'intégralité de la question « L'exercice du doute est-il
le monopole du philosophe ? », on s'aperçoit que la question porte avant
tout sur le sens de la philosophie elle-même. L'énoncé présuppose que
l'exercice du doute concerne déjà la philosophie. Néanmoins il faudra bien
préciser ce qu'on entend par « philosophie », quels sont les pouvoirs et les
limites de cette discipline (de cet état d'esprit ?).
S'il est avéré que tout philosophe pratique couramment le doute, tout homme
entrain de douter serait-il un philosophe en puissance ? Ou bien le doute
philosophique (le «vrai» doute) est-il décidément spécifique, comme réservé
? Mais alors, de quelle espèce de doute parle-on exactement ? Pourquoi
douter ? L'enjeu est-il la connaissance ou l'existence elle-même ? Le doute
n'est-il pas finalement une chose trop sérieuse pour la laisser aux seuls
philosophes ?
PLAN
l - Les formes communes ou « pré-philosophiques »
du doute
1) Les formes psychologiques et affectives du doute : a) Je doute de
mes capacités ou de la valeur de mes actions lorsque j'a. peur (éprouver le
«trac» quand on se donne en représentation). b) Je peux douter de mes
pensées, de mes souvenirs, de mes paroles: l'inconscient se manifeste dans
ces troubles que seul le vaniteux semble ignorer (un spécialiste du doute
existentiel : le névrosé « obsessionnel »).
2) Les formes idéologiques et sceptiques du doute : a) l'incrédulité,
qui consiste à refuser systématiquement toute pensée autre et revient à une
croyance intenable ("j'ai toujours raison"), et le relativisme vulgaire ("à
chacun son opinion"), intolérant en fait puisqu'il veut rendre l'opinion (la
sienne) inattaquable. b) Le scepticisme universel ou « pyrrhonien », du nom
de Pyrrhon d'Elis : s'inspirant du relativisme du sophiste Protagoras, les
pyrrhoniens reconnaissent l'impossibilité de distinguer le vrai et du faux
et opposent leur méthode chercheuse ou « zézétique » à l'attitude dogmatique
(reconnaissance d'une vérité absolue). Bien qu'elle émane de philosophes,
cette doctrine est impraticable philosophiquement, c'est pourquoi elle prend
place dans cette 1ère partie.
> Nous avons démontré qu'un doute non-philosophique ou
pré-philosophique était possible. Mais ne risque-t-on pas de réduire ainsi
le doute à une forme caricaturale ?
II - Le doute philosophique, critique et
interrogatif
1) Le doute méthodique. a) Il a sa première manifestation dans l'«
aporie » des dialogues socratiques de Platon. Même si la recherche de la
vérité reste « en plan », elle reste bien la finalité de toute « suspension
du jugement ». b) Il apparaît exemplairement dans la philosophie de
Descartes : révoquer en doute toutes mes opinions « si je voulais établir
quelque chose de ferme et de constant dans les sciences ». Ce doute possède,
chez Descartes, les caractéristiques suivantes : il est provisoire et non
constant, rationnel car motivé par des raisons de douter, volontaire car
reposant sur une pure décision de douter, radical et même « hyperbolique »
dans la fiction du « Malin Génie », où l'impossibilité réelle de la
tromperie conduit à la certitude du Cogito.
2) Le scepticisme philosophique et méthodologique. Un scepticisme
modéré apparaît avec le philosophe Hume (18ème), lequel met en question les
fondements qui garantissent la sûreté du savoir. Pour autant il n'est pas
impossible de philosopher, ni surtout de mener à bien la recherche
scientifique.
> Le doute est donc compatible avec la philosophie, et fait même partie
intégrante de sa démarche. Mais pourquoi devrions-nous le réserver aux
philosophes ?
III - Généralisation du doute philosophique
1) L'exercice du doute dans les sciences. Contrairement à ce que l'on
pourrait croire, les sciences positives ne sont nullement pré-philosophiques
ou extra-philosophiques : elles supposent au contraire la philosophie, et
pratiquent un scepticisme méthodologique. Elles font osciller en permanence
pratique et théorie (expérience et formalisation) de telle manière que l'une
soit toujours la critique de l'autre. Par rapport au Cogito (qui constitue
pourtant l'assise de toute la science moderne), la science substitue
simplement au doute « subjectif » de la philosophie un doute « objectif ».
Le caractère non-vulgaire de ce doute n'est pas à démontrer.
2) L'exercice du doute dans l'existence. Le doute existentiel n'est
pas forcément passif, compulsif ou irresponsable. Pour autant il échappe à
la vocation critique et interrogative de la philosophie. Par exemple, je
peux douter de la valeur sociale, morale ou émancipatrice du « travail » ou
de la « vie de famille » ; je peux lui préférer d'autres expériences
("douteuses" pour certains) dont rien ne prouve qu'elles soient «
philosophables » (voyager, créer, écrire ... ), d'autant qu'elles ne sont
pas toujours « volontaires ». Toute révolte constitue un doute, une mise à
distance radicale.
Conclusiion : L'exercice du doute n'est pas le monopole du
philosophe, car la philosophie est cette pensée qui rend possible d'autres
formes de pensée, une manière spécifique de douter qui en appelle d'autres.
Est-il sage de chercher à se connaître ?


Texte de Hegel : Socrate

Avec Socrate, au début de la guerre du Péloponnèse, le
principe de l'intériorité, l'indépendance absolue de la pensée en soi, est
parvenu à s'exprimer librement. n enseignait que l'homme devait trouver et
reconnaître en lui-même ce qui est juste et bien et que par sa nature ce
juste et ce bien est universel. Socrate est célèbre comme maître de morale ;
mais bien plus, il a inventé la morale. Les Grecs ont eu de la moralité,
mais les vertus, les devoirs moraux, voilà ce que voulait leur enseigner
Socrate. L'homme moral n'est pas celui qui veut et qui fait le bien, ce
n'est pas seulement l'homme innocent (3), mais celui qui a conscience de son
action.
En appelant Sagesse la conviction qui détermine l'homme à agir, Socrate a
attribué au sujet, à l'encontre de la patrie et de la coutume, la décision
finale, se faisant ainsi oracle, au sens grec. Il disait qu'il avait en lui
un "daimon" qui lui conseillait ce qu'il devait faire et qui lui révélait ce
qui était utile à ses amis. Le monde intérieur de la subjectivité en
paraissant a provoqué la rupture avec la réalité. Si Socrate lui-même, il
est vrai, accomplissait encore ses devoirs de citoyen, la vraie patrie pour
lui n'était pas cet État actuellement existant et la religion de celui-ci,
mais le monde de la pensée. Alors fut soulevée la question de l'existence
des dieux et de leur nature.
