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Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
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Vouloir retourner à une vie naturelle a-t-il un sens pour l’Homme ?
Introduction On parle souvent d’un « retour » à la nature, comme si l’on s’était éloigné de la nature, comme si l’on présupposait que la nature a été « perdue » ou souillée avec la civilisation moderne. Mais vouloir retourner à une vie naturelle a-t-il un sens pour l’Homme ? Par « vie naturelle » on entend d’abord vivre « dans » la nature. La Nature, c’est l’ensemble des choses qui existent indépendamment de l’homme ; mais l’on parle aussi d’une « nature des choses », en signifiant par là ce qui les caractérise essentiellement. De sorte que « vie naturelle » peut aussi s’entendre de deux manières : d’abord cela évoque la vie « sauvage » ou la vie « dans » la nature, mais aussi cela signifie une vie plus essentielle, plus pure, plus simple, peut-être plus libre… De la même manière, il ne faut peut-être pas prendre le verbe « retourner » au pied de la lettre ; au figuré, on « revient » à quelque chose lorsque l’on s’y intéresse à nouveau, lorsque cette chose redevient une valeur ou un bien, bref lorsque nous décidons de lui redonner un sens. Le problème est donc se savoir si la nature peut à nouveau servir de référence, si elle a une valeur suffisante dans l’existence de l’homme civilisée. Celui-ci peut-il continuer à ignorer la nature, c’est-à-dire son environnement, et prétendre la dominer ? Inversement, est-il bien raisonnable de prétendre « revenir » à un « état de nature » qui n’a peut-être jamais existé pour l’homme, en tant qu’être essentiellement culturel ? Cependant, après avoir éliminé les solutions de facilité, il restera à montrer que le « retour à la vie naturelle », loin d’être une utopie négative, prend aujourd’hui la forme d’une préoccupation très sérieuse : rien moins qu’un « retour » au respect de la nature.
PLAN DU DEVELOPPEMENT I – L’homme peut-il continuer à détruire la nature extérieure et à bafouer la nature qui est en lui ? La civilisation a-t-elle corrompu l’homme ? 1) Dès le 18è siècle, la méfiance envers l’idéologie du « progrès » s’est manifestée. Rousseau par exemple, considère que le « progrès » accroît inutilement nos besoins et nous fait perdre le goût pour les choses simples et naturelles. Il ne cesse de rappeler que l’homme dispose d’un trésor de qualités (bonté, conscience, intelligence) placé en lui par la nature, qui s’est trouvé obscurci et recouvert par la civilisation. 2) Aujourd’hui, de nombreux signes sociaux témoignent d’un besoin de retrouver la nature : ce n’est pas seulement la campagne par opposition à la ville, mais surtout la vie simple et paisible par opposition au stress et au travail. - Autre exemple, la science fiction nous donne une image souvent pessimiste du monde de demain, où l’homme sera aliéné au machines, ce qui montre au moins une inquiétude. D’où l’idée qu’il faudrait « freiner » le train du progrès avant… la catastrophe. II – Mais ne faudrait-il pas plutôt aller de l’avant ? La vie naturelle n’est-elle pas un mythe, un danger, et le signe inquiétant d’ une perte de confiance en l’homme ? 1) C’est un fait que l’ « état de nature » de l’humanité n’est qu’un mythe. L’homme se définit comme un être culturel (cf. Lévi-Strauss : la définition de la Culture) ; et même s’il comporte encore une part naturelle (innée), la nature ne peut plus lui servir de guide. Il ne doit se laisser guider que par son intelligence, sa culture et son génie propre. 2) D’une façon générale, il n’y a aucun retour possible : le progrès est irréversible. De plus il faut se méfier des « idéologies » du retour à la nature : bien des défenseurs de la nature sont en réalité fascinés par elle, par son « ordre » qui est une fausse harmonie, et par sa « loi » qui n’est pas une vraie justice. (Exemple : les idéologies dites « fascistes »). III – Peut-être faut-il comprendre la « vie naturelle » autrement : non pas comme un « état », mais comme un devenir, un projet, voire une utopie nécessaire ? 1) D’abord la « nature » a toujours été une valeur pour la pensée philosophique : rien moins que le symbole de l’égalité et de la liberté. On le sait, le Mal est le plus souvent conçu et perpétré par l’homme ; d’où l’idée de chercher en dehors de l’homme, « avant » le monde construit par lui, une certaine idée de paix. Même si « dans » la nature, règne la loi du plus fort ou « la guerre de tous contre tous » (Hobbes), la nature reste le symbole de ce qui n’est pas encore souillé ou dégradé. 2) D’autre part la « vie naturelle » évoque la simplicité (beaucoup plus que la vie sauvage, qui n’offre effectivement pas grand intérêt.) ; elle désigne ce que nous nous efforçons pourtant d’acquérir sans y parvenir au moyen de la civilisation matérialiste : la paix et la tranquillité de l’âme. 3) Enfin c’est une question de survie pour l’humanité : revenir à la nature signifie avant tout, d’un point de vue politique et économique, qu’il faut se soucier de la nature et préserver l’environnement, réduire les nuisances industrielles que nous lui faisons subir. L’Ecologie est un « retour à la nature » au sens où elle s’en préoccupe à nouveau, rappelle le respect dû à la nature ainsi qu’à nous-mêmes en tant qu’êtres aussi bien issus de la nature. Conclusion Finalement, la vie naturelle n’est pas « derrière » nous comme un mythe dépassé et dangereux, mais plutôt devant nous comme une utopie nécessaire. Cela a bien un sens de vouloir retourner à une vie naturelle : c’est le fait de le vouloir, plus que le fait d’y parvenir, qui compte et qui donne un sens. La vie naturelle, après réflexion, ne désigne rien d’autre que notre survie collective, notre liberté individuelle, et notre bonheur.
Peut-on dire que toutes les cultures se valent ?
Introduction Amener le sujet (= pourquoi cette question ?) – Si tous les hommes et tous les peuples possèdent une culture, il est évident que toutes les cultures ne se ressemblent pas ; elles sont multiples et non identiques. Pourtant, malgré leurs différences, les cultures sont-elles également respectables et bonnes pour l’homme ? Sous cet angle qualitatif, peut-on dire que toutes les cultures se valent ? Analyser le sujet et problématique (= que signifie cette question, quel est son enjeu ?) – Le terme principal est la « culture ». Sa signification varie sensiblement selon qu’on l’emploie au singulier ou au pluriel. « La » Culture représente l’édification humaine en général, ce qui « élève » un individu et fait de lui un homme à part entière. « Une » culture (particulière) représente plus précisément l’ensemble des mœurs, des conduites, des valeurs, des croyances (mythiques ou religieuses), des caractéristiques sociales, économiques, techniques, linguistiques, inventées par les hommes et propres à un groupe humain donné à un moment donné. Ce dernier sens est manifestement celui qui prévaut dans notre sujet, lequel nous invite à questionner non seulement « les » cultures mais « toutes » les cultures, sans exception : peut-on dire qu’une culture en vaut une autre, comme on dirait "un homme en vaut un autre" ? Pour autant nous sommes bien obligés de convoquer "la" Culture en général. En effet selon quelle essence commune, quels critères communs à toutes les cultures, pourrions-nous énoncer pareille équivalence ? Annoncer le plan (= comment va t-on traiter le problème, en confrontant quels points de vue, et dans quel ordre ?) Pour comparer les cultures et pouvoir préciser éventuellement en quoi elles se valent, il faut dans un premier temps dégager ce qu’elles possèdent en commun, soit l’ « essence » même de la Culture. La culture doit alors nous apparaître comme un phénomène humain universel rendant, de ce point de vue, toutes les cultures équivalentes. Mais dans un second temps, il faudra bien en venir à ce que chacun peut observer, sur un plan accidentel et non plus essentiel, à savoir les différences flagrantes entre les cultures : dès lors, comment résister à la tentation de « juger » ou d’ « évaluer » les cultures étrangères en utilisant ses propres critères culturels comme référence absolue ? Cependant, si l’ethnocentrisme s’avère inacceptable, devons-nous céder pour autant au relativisme lâche du « tout se vaut » ? Nous devrons bien chercher, dans un troisième temps, des critères universels de « civilisation » (s’ajoutant à ceux de la « culture » proprement dite) ou plus simplement des « principes » permettant de condamner certaines pratiques et certains actes, commis souvent « au nom » des particularités culturelles, mais indignes de l’homme et de toute culture véritable.
Développement (plan détaillé)
I – Qu’est-ce que « la » Culture et quelles sont les caractéristiques communes à toutes les cultures ? - La culture est la marque de l’humanité. L’homme modifie le donné naturel en le niant, aussi bien autour de lui (transformation de l’environnement par la technique et le travail) qu’en lui : culture au sens d’artificialisation du comportement et des rapports interhumains (structures de parenté, structures sociales, échanges économiques), des modes de pensée (croyances religieuses, structuration de la « vision du monde » par la langue), etc. - Parmi toutes les règles et les normes édictées par culture, on peut citer la prohibition de l’inceste comme étant la plus universelle. Toutes les cultures rejettent cette pratique d’essence animale pour lui substituer une codification des échanges (amoureux aussi qu’économiques).permettant à la communauté de se développer. - Le trait commun à toute les culture est la présence d’une Tradition. Intégrer la mémoire d’un peuple, pérenniser son identité, transmettre les symboles et les savoirs-faires : telles sont les que l’on peut assigner à la culture en tant que Tradition. > Du point de vue leur essence (« la » culture), toutes les cultures se valent. Mais en les observant dans leurs particularités ? II – Pourquoi les cultures paraissent-elles si différentes et parfois même incompatibles ? Peut-on se permettre de les juger ? - Il est normal que les cultures se différencient puisqu’elles reflètent l’expérience vécue de peuples séparés géographiquement, n’ayant pas les mêmes besoins et impératifs de survie. Ainsi l’ethnologie révèle des différences notables dans les structures de parenté (monogamie, polygamie…), dans les rites de politesse ou l’expression des sentiments amoureux, etc. Cette diversité n’est pas un hasard : les cultures « cultivent » leurs différences. Lévi-Strauss a révélé que plus la proximité géographique est grande, plus la différenciation culturelle augmente : affirmation d’une identité collective qui passe par la rupture avec le modèle culturel voisin… - Ces différences peuvent apparaître comme des « inégalités » si l’on prend comme système de référence le caractère propre d’une culture pour « évaluer » les cultures étrangères. Du point de vue de la culture technicienne propre au monde occidental, il est évident que certains pays d’Orient ou du continent africain paraîtront sous-développés et donc culturellement moins riches. Mais un tel jugement s’inverse si l’on prend pour référence le traitement de la folie (chamanisme) ou de la vieillesse, la maîtrise du corps par la danse et la transe : dans ce cas, « notre » culture intellectuelle et abstraite semblera en retard et infirme par rapport aux cultures dites « archaïques » ou « primitives ». - Dans tous les cas un tel jugement relève de l’ethnocentrisme, ce préjugé commun consistant à ériger sa culture en norme ou référence absolue. Nous avons pourtant démontré (1ère partie) que toute culture est une expression authentique de l’humain, précisément dans la rupture de cet ordre humain avec l’ordre purement naturel et notamment animal. De quel droit, donc, pourrions-nous juger la culture des autres ? Si la culture en général révèle l’humanité d’un peuple, si chaque culture particulière révèle plus précisément son identité, on ne peut pas plus juger l’identité d’un peuple que l’on ne peut juger l’être d’une personne. Il est temps de distinguer formellement deux instances fort différentes : les représentations et les actes. Seuls les actes ou les pratiques peuvent être soumis à des jugements de valeur. Or la culture relève d’un système de représentations qui, au même titre que la pensée personnelle, réclame une liberté et donc un respect sans condition. Il reste à expliquer pourquoi certains actes sont commis au nom de certaines représentations de la culture, et pourquoi nous ne pouvons que les condamner. III – Peut-on fixer des critères universels de « civilisation » supérieurs aux critères propres à chaque culture ? - Tout d’abord, évitons un piège lié à ce terme de « civilisation ». Si on ne le distingue pas formellement du terme de culture, on se rendra coupable du pire ethnocentrisme en laissant entendre qu’il existe des cultures plus raffinées ou plus civilisées que d’autres : nous sous-entendrions immanquablement une supériorité (technique, morale, philosophique) de la culture/civilisation occidentale (voire européenne). - Par « civilisation » il faut entendre un degré élevé de « civilité » au sens le plus général du terme, soit un ensemble de normes, universelles autant que positives (= écrites, réelles) susceptibles d’interdire certains actes et certaines pratiques que nous pourrions qualifier à juste titre de « barbares ». En effet le cannibalisme, l’excision, les sacrifices sanglants, pour ne citer que ces exemples, ne sont pas condamnables en tant qu’éléments d’une culture donnée (au contraire cet aspect culturel les rend plutôt compréhensibles) ; ils le sont en tant que pratiques sociales qui tentent de se justifier sous des alibis culturels, alors que leurs motifs réels apparaissent bien plus triviaux (politiques la plupart du temps). Il ne faut donc pas hésiter à invoquer des principes universels que la philosophie et la conscience de l’Histoire ont permis d’élaborer (les Droits de l’homme… pour ne pas les citer) afin de condamner sans ambiguïtés des actes criminels et barbares (d’ailleurs qualifiés comme tels par la loi). Conclusion Par définition il n’y a pas de culture « bonne » ou « mauvaise ». La culture d’un peuple est toujours bonne pour lui ! Il n’existe pas de culture qui prenne le contre-pied des intérêts moraux et même matériels d’un peuple. Même si la Tradition peut sembler rétrograde et freiner parfois le « progrès », il faut toujours répondre à ceci qu’un peuple privé de culture n’existerait plus – conséquence bien plus grave ! Toutes les cultures se valent bien, mais on ne peut s’empêcher d’admirer davantage les cultures – ou plutôt les aspects d’une culture – qui favorisent l’échange, le mélange, l’ouverture aux autres cultures, en application du principe d’équivalence qui nous venons d’énoncer. Il en va alors d’un degré de civilisation, qui régimente les actes et les pratiques sociales, et plus seulement les représentations culturelles.
Texte de Jean-Jacques ROUSSEAU
Le désir naturel de savoir
TEXTE " Le même instinct anime les diverses facultés de l'homme. À l'activité du corps. qui cherche à se développer, succède l'activité de l'esprit, qui cherche à s'instruire. D'abord les enfants ne sont que remuants, ensuite ils sont curieux ; et cette curiosité bien dirigée est le mobile de l'âge où nous voilà parvenus. Distinguons toujours les penchants qui viennent de la nature de ceux qui viennent de l'opinion. Il est une ardeur du savoir qui n'est fondée que sur le désir d'être estimé savant ; il en est une autre qui naît d'une curiosité naturelle à l'homme pour tout ce qui peut l'intéresser de près ou de loin. Le désir inné du bien-être et l'impossibilité de contenter pleinement ce désir lui font rechercher sans cesse de nouveaux moyens d'y contribuer. Tel est le premier principe de la curiosité ; principe naturel au cœur humain, mais dont le développement ne se fait qu'en proportion de nos passions et de nos lumières. Supposez un philosophe relégué dans une île déserte avec des instruments et des livres, sûr d'y passer seul le reste de ses jours ; il ne s'embarrassera plus guère du système du monde, des lois de l'attraction, du calcul différentiel : il n'ouvrira peut-être de sa vie un seul livre, mais jamais il ne s'abstiendra de visiter son île jusqu'au dernier recoin. quelque grande qu'elle puisse être. Rejetons donc encore de nos premières études les connaissances dont le goût n'est point naturel à l'homme, et bornons-nous à celles que l'instinct nous porte à chercher. "
QUESTIONS a. Dégagez l'idée générale du texte et les étapes de son articulation
b. Expliquez c. Discutez (en fournissant des exemples) la dernière phrase du texte
CORRIGE d'explication (plan) - classes : STT
Une double négation
TEXTE
"Je pose en principe un fait peu contestable : que l'homme est l'animal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallèlement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l'animal n'apportait pas de réserve. Il est nécessaire encore d'accorder que les deux négations, que, d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part travail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme."
QUESTIONS
a) Dégagez la thèse et les principales articulations du texte. b) Expliquez les expressions : « donné naturel », « monde humain », « les deux négations », « mutation morale ». c) Expliquez et appréciez pourquoi l’auteur lie nécessairement travail et éducation (dernière phrase du texte).
CORRIGE (plan détaillé) - Classes : STT 1) Dégagez la thèse et les principales articulations du texte
Le problème : quel
rapport spécifique l'homme, en tant qu'être de culture, entretient-il avec
la nature ?
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