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Philosophie-en-france un site de Didier Moulinier |
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I . L'inventeur et le génie
" Inventer est tout autre chose que
découvrir. Car ce qu'on découvre est considéré comme déjà existant sans être
révélé, par exemple l'Amérique avant Colomb; mais ce qu'on invente, la
poudre à canon par exemple, n'était pas connu avant l'artisan qui l'a
fabriqué. Les deux choses peuvent avoir leur mérite. On peut trouver quelque
II - L'agréable et le beau
" En ce qui
concerne l'agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu'il fonde sur
un sentiment personnel et privé, et en vertu duquel il dit d'un objet qu'il
lui plaît, soit du même coup restreint à sa seule personne. C'est pourquoi,
s'il dit : "Le vin des Canaries est agréable", il admettra volontiers qu'un
autre le reprenne et lui rappelle qu'il doit plutôt dire : "cela est
agréable pour moi" ; et ce, non seulement pour ce qui est du goût de la
langue, du palais et du gosier, mais aussi pour ce qui peut être agréable
aux yeux ou à l'oreille de chacun. La couleur violette sera douce et aimable
pour l'un, morte et sans vie pour l'autre. L'un aimera le son des
instruments à vent, l'autre leur préférera celui des instruments à corde. Ce
serait folie d'en disputer pour récuser comme inexact le jugement d'autrui
qui diffère du nôtre, tout comme s'il s'opposait à lui de façon logique ; en
ce qui concerne l'agréable, c'est donc le principe suivant qui est valable :
A chacun son goût (pour ce qui est du goût des sens).
III - De la beauté idéale à l'art abstrait
Texte de Platon (Le Banquet) Celui qu'on aura guidé jusqu'ici sur le chemin de l'amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, verra soudain une beauté d'une nature merveilleuse, celle-là même, Socrate, qui était le but de tous ses travaux antérieurs, beauté éternelle qui ne connaît ni la naissance ni la mort, qui ne souffre ni accroissement ni diminution, beauté qui n'est point belle par un côté, laide par un autre, belle en un temps, laide en un autre, belle sous un rapport, laide sous un autre, belle en tel lieu, laide en tel autre, belle pour ceux-ci, laide pour ceux-là ; beauté qui ne se présentera pas à ses yeux comme un visage, ni comme des mains, ni comme une forme corporelle, ni comme un raisonnement, ni comme une science, ni comme une chose qui existe en autrui, par exemple dans un animal, dans la terre, dans le ciel ou dans telle autre chose ; beauté qui, au contraire, existe en elle-même et par elle-même, simple et éternelle, de laquelle participent toutes les autres belles choses, de telle manière que leur naissance ou leur mort ne lui apporte ni augmentation, ni amoindrissement, ni altération d'aucune sorte. Quand on s'est élevé des choses sensibles par un amour bien entendu des jeunes gens jusqu'à cette beauté et qu'on commence à l'apercevoir, on est bien près de toucher au but ; car la vraie voie de l'amour, qu'on s'y engage de soi-même ou qu'on s'y laisse conduire, c'est de partir des beautés sensibles et de monter sans cesse vers cette beauté surnaturelle en passant comme par échelons d'un beau corps à deux, de deux à tous, puis des beaux corps aux belles actions, puis des belles actions aux belles sciences, pour aboutir des sciences à cette science qui n'est autre chose que la science de la beauté absolue et pour connaître enfin le beau tel qu'il est en soi. Si la vie vaut jamais la peine d'être vécue, cher Socrate, dit l'étrangère de Mantinée [Diotime], c'est à ce moment où l'homme contemple la beauté en soi. 1. En vous aidant des passages soulignés en gras, comment pourriez-vous définir cette beauté absolue qu'évoque le personnage de Platon, Diotime ? Pourquoi la beauté et l'amour sont-ils étroitement associés dans le texte ? De quelle science Platon parle-t-il, finalement ?
*
Malevitch, "Carré blanc sur fond
blanc", 1918
Dans cette oeuvre, le peintre Kasimir Malevitch affirme avoir exprimé " le monde blanc de l'absence d'objet qui est la manifestation du rien dévoilé ".
2. Que pensez-vous de cette toile, de
l'ambition de son créateur, et pensez-vous qu'elle puisse illustrer la
conception du Beau livrée par Diotime sous la plume de Platon (texte
ci-dessus) ? *
Fait divers... (Extrait de l'hebdomadaire l'Express du 16 août 2007)
" Indy Sam, jeune française d’origine
cambodgienne, a-t-elle commis un crime ? Saisie par la beauté d’une œuvre du
peintre américain Cy Twombly exposée à la Collection Lambert, à Avignon,
elle a embrassé la toile, laissant sur elle la trace de son rouge à lèvres.
Il s’agit de "viol", de "vandalisme", selon le directeur de la collection,
Eric Mézil. Mais selon la jeune femme, qui se dit elle-même artiste, il
s’agit d’un "témoignage du pouvoir de l’art". Et "le tableau est encore plus
beau" marqué de cette "tache rouge sur l’écume blanche". 3. Le directeur de la collection a t-il raison de parler de "viol" et de "vandalisme" ? Les explications d'Indy Sam pour justifier son geste sont-elles acceptables ?
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