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« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. » Robert Filliou

dissertation

 

 

Introduction

 

On pense ordinairement que l’art est une représentation, une abstraction, voire une « illusion unilatérale » (Hegel), mais comment séparer la création artistique de l’existence singulière d’un sujet, de ce que l’on appelle « la vie ». ? En écrivant « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », Robert Filliou nous donne sa définition de l’art et, dans le même temps, dévoile sa philosophie de la vie. Il s’agit de préciser quelle est la valeur de l’art, son intérêt ou son importance au regard simplement de la « vie ». Robert Filliou a illustré, par la singularité de son parcours à la fois artistique et personnel, le bien-fondé d’une articulation telle que Vie et Art.

Le redoublement du mot « art » dans la phrase indique une double signification, comme si l’art était partagé entre une intention et une réalisation, ou encore entre un processus et un résultat, les deux occurrences du mot correspondant à cette dualité. L’art en tant qu’action ou création permanente, en tant que vécu, compterait plus que l’art en tant que production d’objets reconnus officiellement comme « artistiques ». Il y a toutefois une ambiguïté : l’Art comme création est-il équivalent à la « vraie » Vie, ou bien n’est-il qu’un encouragement, par un ensemble de représentations ironiques et auto-dérisoires, à vivre « vraiment » la Vie ? Autrement dit, l’art est-il une fin en soi ou simplement un moyen, et à quelle nécessité existentielle ou vitale correspond ce dernier ? Faut-il considérer la vie comme une expérience artistique ? Faut-il être un artiste pour enfin se considérer comme « vivant » ?

Nous devrons d'abord examiner les caractéristiques d’un « art vivant » selon les propres expériences de Robert Filliou, qui ne correspondent pas tout à fait aux critères esthétiques traditionnels. Mais jusqu’où peut-on pousser la démocratisation de l’art ? La conception de Filliou ne consiste-t-elle pas finalement à critiquer, voire à condamner toute possibilité de création artistique en terme de « beauté » ou d’esthétique ? Enfin nous recentrerons le débat sur la notion même d'artiste en tant que "vivant", seule manière de dépasser l'opposition problématique de l'art et de la vie.

 

Plan du développement

 

I. L’art "comme" la vie : la pratique artistique de Filliou

1) Prééminence du projet ou de l'intention sur la création : le "principe d'équivalence" entre le "bien fait" (oeuvre), le "mal fait" (sa transgression), le "non fait" (le simple concept). Le désir de créer est plus important que l'exécution matérielle d'un objet.

2) Prééminence du processus de création sur le résultat : le "principe de création permanente" ou la création en tant qu'infinie, imprévisible. L'"autrisme" : quoi que tu penses pense autre chose, quoi que tu fasses, fais autre chose !

3) L'art concret et populaire : l'art de Filliou s'apparente plus à un "bricolage" ironique qu'à une représentation esthétique. Une démarche à la fois plus concrète que le réalisme prenant la réalité pour modèle, et plus fantasque que le surréalisme qui prétend s'affranchir de la réalité conventionnelle.

 

II. L'art classiquement défini comme représentation : critique du non-art de Filliou

1) Rappel des principes de la création artistique (cf. le cours, I) : l'art se fonde sur une création originale, subjective, imaginative, de sorte qu'il est impossible de confondre l'oeuvre (a fortiori le chef d'oeuvre) avec l'objet quelconque, ni l'acte de créer avec l'action ordinaire. La création n'est pas un jeu.

2) Hegel (cf. sujet 2) a bien montré que l'art correspond à une sublimation, à une spiritualisation de la vie, c'est-à-dire les réalité naturelles ou sociales : comment celles-ci pourraient-elles devenir plus "intéressantes" que l'art?

3) Rappel des principes de l'esthétique (cf. le cours, II) : le jugement de goût et le "bon goût". Comment universaliser la beauté si celle-ci n'est plus la finalité de l'art, comme chez R. Filliou ?

> Transition : il s'agit de démocratiser plutôt que d'universaliser au sens classique du mot

 

III. L'artiste, un "génie sans talent" et un "vivant"

1) "Le talent" : une qualité superflue selon Filliou, qui n'a de valeur que conventionnelle et faussement naturelle.

2) "Le génie" : renversement de la conception traditionnelle. Le génie n'est plus l'artiste inspiré, doué, l'esprit à travers lequel "la nature donne ses règles à 'art" (Kant), mais l'homme ordinaire dans sa naïveté et son innocence. Extrême démocratisation de l'art.

3) Un art collectif : le public est invité à participer, de sorte que la distinction artiste/public est abolie. (Cf le "Poïpoïdrome" (1963) en même temps que la distinction création/action.

 

Conclusion - L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art au sens où l'art n'est plus défini comme une simple représentation du réel (objectif ou subjectif) mais une participation à la vie. L'artiste est celui qui se dit simplement "vivant". L'art n'est pas une fin en soi, mais un moyen ou un passage nécessaire pour mieux "goûter" la vie.

 

 

 

 

 

L'oeuvre d'art vient de l'esprit...

explication d'un texte de Hegel (plan détaillé)

 

 

" L'œuvre d'art vient donc de l'esprit et existe pour l'esprit, et sa supériorité consiste en ce que si le produit naturel est un produit doué de vie, il est périssable, tandis qu'une oeuvre d'art est une oeuvre qui dure. La durée présente un intérêt plus grand. Les événements arrivent, mais, aussitôt arrivés, ils s'évanouissent; I'œuvre d'art leur confère de la durée, les représente dans leur vérité impérissable. L'intérêt humain, la valeur spirituelle d'un événement, d'un caractère individuel, d'une action, dans leur évolution et leurs aboutissements, sont saisis par l'œuvre d'art qui les fait ressortir d'une façon plus pure et transparente que dans la réalité ordinaire, non artistique. C'est pourquoi l'œuvre d'art est supérieure à tout produit de la nature qui n'a pas effectué ce passage par l'esprit. C'est ainsi que le sentiment et l'idée qui, en peinture, ont inspiré un paysage confèrent à cette oeuvre de l'esprit un rang plus élevé que celui du paysage tel qu'il existe dans la nature. "

 

 

 

Introduction

 

Amener le sujet : on ne peut qu'être frappé par la pérennité et le succès intemporel de nombreux chef d'oeuvres

Thème : l'oeuvre d'art

Thèse : parce qu'elle est spirituelle et en un sens immortelle, l'oeuvre d'art est supérieure aux données de la nature.

Problème : il s'agit de savoir si l'art est une imitation de la nature ou au contraire un dépassement de la nature. L'essence et la finalité de l'oeuvre d'art ne sont-elles pas avant tout spirituelles ? Faut-il en déduire une "supériorité" absolue de l'art sur la nature ?

Plan (du texte et du commentaire) : 1) Du début jusqu'à "impérissable" : en tant que spirituelle, l'oeuvre immortalise la réalité qu'elle représente. 2) De "'l'intérêt humain" jusqu'à "non artistique"  : en tant que spirituelle, l'oeuvre saisit les choses et les évènements dans leur vérité. 3) Jusqu'à la fin : donc il y a une hiérarchie, une supériorité de l'oeuvre par rapport à la réalité naturelle.

 

Plan du développement

 

1) La durée et le caractère impérissable de l'oeuvre d'art

- "L'oeuvre vient de l'esprit et existe pour l'esprit". En effet l'oeuvre est humaine et s'adresse à l'homme, plus précisément elle est le produit de l'esprit humain et ne s'apprécie qu'au moyen de l'esprit. Il faut se souvenir ici de la distinction kantienne des différentes satisfactions : la satisfaction esthétique (c'est beau) est spirituelle et non physique (c'est bon). D'autre part l'oeuvre est l'expression d'un savoir-faire, d'une "technique" et donc d'une pensée pratique. Enfin elle traduit l'effort de l'imagination qui est bien une faculté de l'esprit ; plus précisément, la création nécessite un accord, une symbiose entre différentes facultés sensitives, imaginatives, rationnelles.

- "une oeuvre d'art est une oeuvre qui dure". Par définition les données naturelles appartiennent au temps et sont périssables. Les créations artistiques, au contraire, sont immortelles en tant que symboliques (cad abstraites) et pas seulement matérielles : par exemple une oeuvre musicale n'a rien à craindre du temps puisqu'on peut toujours la rejouer à l'infini. Les oeuvres sont transmises de génération en génération et survivent de cette manière. Certes, les êtres naturels vivants se reproduisent, cependant ce ne sont plus les mêmes individus.

 

2) L'oeuvre saisit les choses et les évènements dans leur vérité

- Qu'est-ce que cette vérité révélée par l'oeuvre ? Il s'agit de l'essence des choses, telle que 'esprit humain peut la saisir, c'est-à-dire ce qu'il en reste justement après leur simple passage, après leur fin temporelle. Les choses ou les évènements ne sont pas intemporels en eux-mêmes, bien au contraire ; mais justement leur représentation artistique leur confère cette durée et cette immortalité ou les gravant dans la mémoire humaine, de façon sensible et esthétique (belle) pour qu'ils demeurent plus longtemps (le simple récit objectif d'un événement ne suffit pas : il faut le dramatiser). D'autre part seule la représentation abstraite d'une chose permet d"établir des relations intelligentes avec d'autres réalités, naturelles ou historiques. L'art est donc une forme de pensée ; ou du moins l'oeuvre donne à penser.

- "l'intérêt humain" : cette formule résume ce que l'on attend d'un "belle" ou d'une "grande" oeuvre. La beauté d'une oeuvre est universelle - ou : l'oeuvre a une dimension spirituelle - lorsque qu'elle rend la dimension humaine d'une chose et, ce faisant, elle s'adresse à tous les hommes.

 

3) Peut-on en déduire une "supériorité" de l'oeuvre sur les produits de la nature ?

- « le passage par l’esprit » est, pour Hegel, la marque d’une supériorité. Pour ce philosophe, l’opposition de l’esprit et de la nature n’est pas simple mais « dialectique », c’est-à-dire que la supériorité de l’esprit n’est pas une domination mais un dépassement. Les œuvres de l’esprit ne se font pas « ex nihilo », il leur faut une matière sur laquelle agir (c’est la nature) ; l’œuvre opère alors une transformation, une spiritualisation de l’élément naturel qui, certes, n’a rien d’une  imitation, mais ne revient pas non plus à un simple effacement.

- La position de Hegel peut sembler exagérément « idéaliste ». Il est bien vrai que la production naturelle et la création artistique (consciente, intentionnelle, libre, etc.) ne coïncident jamais. Cependant il est aussi réducteur de considérer la nature comme un simple matériau transformable. La nature peut aussi bien apparaître comme le symbole d’une réalité énigmatique et finalement inspiratrice pour les artistes…

 

Conclusion

 

Si l’œuvre d’art venait uniquement de l’esprit et n’existait que pour lui, le parfait chef d’œuvre ne serait-il pas alors lui-même une sorte d’esprit dépourvu de toute matière ? Si les distinctions proposées par l’auteur entre la nature et l’art paraissent incontournables, elles ne doivent pas faire oublier que l’art reste avant tout une pratique et non une pensée abstraite.

 

 

 

 

 

 

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